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LE PLATONISME ET LV LITTERATURE EN FRANCE

part, à la femme supérieure dont l'influence s'est lait sentir, sous des formes si diverses, sur la civilisation tout entière de l'époque, à Marg^uerite de Navarre. Quelque surprenante que la chose puisse paraître, elle n'en est pas moins certaine. Platon a été surtout révélé au public lettré de notre pays par l'intermédiaire^de l'auteur de VHeplaméron. Les compositions inconnues que j'ai eu l'occasion de publier ^ pourront faire comprendre de quelle manière s'est faite l'initiation de la sœur de François I" aux doctrines du philosophe de l' académie. Mais avant d'aborder l'étude du délicat problème de la propagation du platonisme, au cours de la période où elle fut plus spécialement active et féconde, il importe d'en rechercher les oiigines et d'examiner rapidement les circonstances qui préparèrent son succès-.

I. Les Dernières Poésies de Manjucrile de Navarre, publiées pour la première fois avec une introduction et des notes par A!)cl Lelranc (Paris, 189O, A Colin).

■!. La question abordée ici n'a lait l'objet jusqu'à présent d'aucun travail d'ensemble. Deux auteurs en ont traité incidemment : M. Bourcie/, dans son excellente thèse intitulée : Les Mœurs polies et In litléraliire de Cour sous Henri II ([^aris, i88(5, p. 100 et suiv.), et M. Birch-Hirschfeld, dans sa docte Geschichle der Franzosischen Lilleratur (Stuttn:ard, 1889, t. I. [). il')3); mais ils se sont abstenus d'entrer dans le détail des faits, n'ayant point, du reste, à présenter un exposé complet du problème. Personne ne s'est encore occupé de délinir les origines et les sources du mouvement platonicien en France, d'en discerner les promoteurs, ni d'en reconstituer les manifestations successives. 11 n'existait aucune bibliographie des. éditions ni des traductions des œuvres de Platon parues en France, durant la iiériode de la Renaissance. L'action de la reine de Navarre dans ce domaine n'avait pas non plus été signalée. L'intluence de Léo Hebra-us et celle de l'école lyonnaise avaient seules été indiquées : l'une et l'autre, on le verra par la suite, doivent être sensiblement réduites.

On sait kl fortune exlraordinaiic que le platonisme avait rcnconlire, au siècle j)rctcdent, à la cour des Médicis. La rénovation philosophique, commencée par Plélhon et par Bessarion, poursuivie el achevée par Marsilc Ficin, au prix d'une continuité d'efforts vraiment adniirahles, exerça sur la direction de la pensée italienne, pendant la seconde moitié du xv*" siècle, une inlluencc ])rofonde. Les sublimes entretiens auxquels prirent part les Cavalcanli, les Politien, les Accolti, les Pic de la Mirandole, pressés autour de leur maître et de Laurent de Médicis, sous la belle loggia de la villa Careggi ou dans les chemins ombreux de la foret des Camaldules, trouvèrent un écho prolongé dans toute l'étendue de la y)rninsule. La bonne parole, répandue avec autant de charme que de science par le docte chanoine de Saint-Laurent, fut accueillie par toutes les âmes supérieures avec un véritable ravissement. Les plus grands, parmi les artistes et les écrivains de cette heureuse époque, se sentirent saisis d'enthousiasme pour la doctrine que les derniers siècles du moyen âge avaient si injustement dédaignée, voire même tenue en suspicion, et dont un ardent apôtre venait apporter la révélation au monde éclairé. C'est ainsi, j)our ne citer que quelques noms, qu'un Bramante, un Michel-Ange et un Raphaël, profondément pénétrés des théories platoniciennes, durent au maître de l'Académie plusieurs de leurs plus ma;niifi(|uf'< inspirations, disons mieux, certains élé-

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