LE PIATOMSME ET LA. LITTERATURE EN FRANCE
mcnls essentiels de leur cuUuic iiilcllecluelle el de leur génie.
A toutes les intelligences éprises d'idéal auxquelles le catholicisme, tel qu'il existait à la veille delà Réforme, ne suIFisait plus, quand il ne les licurtait point, la doctrine prcchée par l'Académie platonicienne de Laurent le Magnifique fournissait un aliment incomparable. Elle leur fut comme un refuge où ils recouvrèrent le repos et la sérénité. Pour Ficin, aussi bien que pour ses disciples, le platonisme est le résumé de la sagesse humaine, lajclef du christianisme et le seul moyen efficace de rajeunir et de spiritualiser la doctrine catholique. C'est une nouvelle religion, qui prétend synthétiser, coordonner les aspirations et les sentiments les plus nobles de l'âme humaine. Toutefois, chose importante à constater, la doctrine du philosophe grec ne se présentait pas, dans ses écrits, pure de tout alliage. Ficin avait étudié avec une conviction non moins aidente les théories de l'Ecole d'Alexandrie. Il avait traduit les ouvrages de Plotin, de Jamblique et de Proclus, en même temps que ceux de Platon ; il avait même étudié spécialement la vie de l'auteur des Enmkides, cl, s'il accorda toujours dans sa foi philosophique une place prépondérante au philosophe athénien, si, à tous égards, il n'a envisagé les spéculations néo-platoniciennes que comme des retlets ou des développements de la pensée du maître, il est avéré néanmoins que ces s])écnlatioiis ont exercé sur son esprit une action fâcheuse. 11 inclina même, à certains moments, vers les rêves de la théurgie, de l'alchimie et de l'astrologie et ne sut pas se défendre d'un mysticisme assez étrange qui
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lo poila à (léiialuivr plusieurs des doclrines do l'autrur (lu Haiiquet. Ce fait eut des conséqueuces d'autant |>lus jipiiivciablos que les ouvrages de Ficiii luiviit longtemps rinstrunient essentiel, et pour ainsi diio unique, de la propagation du système platonicien coiiimencée dans la seconde moitié du \^'■ siècle. Il en résulta que les exagérations de l'Ecole dAlexandrie se répandirent à la laveur de son nom et quelles pénétrèrent plus ou moins la plupart dos esprits distingués que \vs doctrines de la philosopliio socratique avaient attirés. C'est, nous le voirons, ce qui arriva précisément pour la reine de Navarre, et ce qui explique, de la façon la plus évidente, les subtilités et les rêveries vagues qui se mêlèrent chez elle au platonisme le plus sincère ^
Un antre phénomène non moins digne d'attention, c'est que le mouvomcnl d'idées inauguré par Ficin resta longtemps propre à l'Italie. Il s'écoula |)lns do soixante ans avant que les pays voisins se décidassent à le favoriser sérieusement. Jusque-là, les sympathies que le platonisme avait pu rencontrer on Allemagne, en France ou en Angleterre, furent tout à fait isolées et demeureront sans écho. Comme la nouvelle philosophie avait du son succès aux traductions et aux commentaires publiés en si grand nombie, dînant vingt-cinq années, par le chef de l'Académie florentine, on comprend que son
I. Sur la place de Ficin dans l'histoire inlclicctiiellc de la Ronaissance cl sur rinlliicnce exercée par ses doclrines, on peul consulter j'ouvraj^o d'Arnaldo délia Torre : Storia dclV Acadentia platonica di l''iren.:e. Florence, ifjoa, gr. in-8° ; et le récent ouvrage do l'abbé \. Iliimbcrt, Les Orif/ines de la Ihé'iloijie moderne, Paris, ii^ii, in-12, p. i:!8 et siiiv., et pnssim.
LE PLATONISME ET L\ LITTÉRATURE EN FRANCE Gt)
action soit demeurée quelque temps limitée à 1;» péninsule. Au reste, lu civilisation et la culture n'avaient point atteint en France, avant le règne de François I", à un degré de rarfincment assez élevé pour que ces doctrines si subtiles et si hardies eussent quelque chance de s'y implanter sérieusement. En dépit des exemples donnés par quelques hommes éminents, l'ignorante routine en même temps qu'une scolastique uniquement préoccupée de distinctions ridicules, de mots et de formules, dominaient encore dans les écoles.
C'est dans les dix ou douze dernières années du XV" siècle que l'on voit apparaître, dans l'entourage de riiumanisle parisien Germain de Ganay, les premières sympathies fiançaises à l'égard des doctrines platoniciennes. \\. Gaguin s'intéresse aux ouvrages élaborés par Bessarion pour la défense de Platon. A peu près vers le même temps, le médecin lyonnais
^yiîlPlm'JiiJI .Çl^'^'^'P*^'*' ^^- curieux et mobile esprit qui connut des enthousiasmes si touchants et dont le lole n'a peut-être pas été apprécié avec une équité sulïisante, se sentit attiré vers la philosophie de l'Académie. Dès i5oo, paraissait son Peri Archon, de principiis disciplinarum plalonicavum (Paris, 4"). Sept ou huit ans plus tard, il publie son exposé de la philosophie platonicienne : Platonicœ philosophie; libri sex, puis une étude sur la genèse des doctrines de Platon qu'il suppose empruntées à l'Egypte : De iheologiœ orphicx et platonicx invenlione atque origine. Champier mêle aux conceptions platoniciennes les rêveries orphiques et alexandrines qui en altèrent singulièrement le sens et la valeur. Plein d'admiration pour Ficin et pour Lefèvre, il compose,
-O (.UV>DS ECUIVAINS DE LA RENAISSANCE
à l'iinitalion du De iripUci vUa du premier, son Ih' quadrupUci viki. Il cherche à démontrer, lui aussi, ralliance possible do la doctrine du fondateur de l'Académie avec le christianisme ; il rêve une |)hilosophie chrétienne construite à l'aide de ces deux éléments. « Alors que tous les philosophes, observe-t-il, pensent que les dieux ne s'occupent que deux-mémes, que l'univers n'est régi, n'est gouverné que par la force inhérente à la nature, opinion criminelle qui peut être reprochée aux péripatéticiens, Platon, aussi bien que les docteurs de notre religion, a su parler de la Providence. » Seul, aussi, il a entrevu le dogme de la Trinité, la doctrine de la création, la conception de la véritable nature de l'âme. Nous renvoyons à son Duellnm episiolare (1019, Venise) et surtout à sa célèbre Symphonia PUdonis ciim Arlsiotele : ... Plalonica mrdicina de duplici mundo (i5i6, Paris) : ces deux ouvrages permcltronl de connaître mieux lensemble, parfois étrange et déconcertant, de ses idées et d'en dégager les vraies origines^.
Une intelligence supérieure, telle que celle d'un Lefèvre d'Etaples, quoique s'étant trouvée en contact, sur le sol italien, avec les adeptes les plus marquants du platonisme, ne paraît pas avoir salué sa résurrection avec ime sympathie marquée. Nous savons qu'il plaçait Ficin très haut, au premier rang des esprits remarquables de son siècle- ; nous constatons par ses commentaires sur Aristote et surtout
T. ^'oy. Elii'Ir... sur Symjjliorum Clinmfncr, jiiir Alliil (i^r)9, Lyon, 8°), et Iinbnrt de In Tour, Lrs Orifjinrs de la IlrJ'ormc (i'y>[), Paris), t. II, p. 3'|0-).