Parues en lyoO, réditées en i5ii, iSaO eti'j'iS
2. Par exemple, il traitera A^absurdes certaine* lois formulées par Platon ou par son maître ; je ne parle pas des discussions, dont les conclusions leur sont tout à fait contraires.
les j)laloiiiciens que parmi les péripaléliciens. Si LelVvrc dl-llaplos. dont le caractère présente cepenilanl certains cotés mystiques, reçut quelque empreinte (le doctrines se rapprochant de celles des Ficin ou des Landini, ce tut par lintermédiaire ;» la fois du néo-platonisme chrétien du pseudo-Denys TAréopagileet des étranges conceptions de l'Hermès Trisméffiste '.
I. Dcjuiis qvie CCS lignes ont clé ccriles, deux liisloriens uni n^pris la qucslion des rapports de Lefèvrc d'Elaples avec le Platonisme. M. Imbart do la Tour, dans son tome II des Origines de la Réforme, j). i58<j et suiv. (Paris, njof)), accentue singulièrement le platonisme de Lefcvre : « Fait remarquable ! au moment même où se propage l'aristotclisme — (restitué grâce à ses propres efforts) — , Lefèvrc va s'en délaclier, et, par lui encore, l'idéalisme platonicien va apparaître à l'horizon intellectuel de la France. Déjà les Dialogues sur la niélaphysii/uc trahissaient par la forme, par certaines idées même, cette inspiration nouvelle. Si Lefèvre continue à jjen-^er que le péripalétisme est plus conforme à la science et répond mieux aussi à la vérité chrétienne, il se laisse entraîner vers les doctrines et l'esprit de l'Académie. Est-ce sous l'influence directe de Platon ? Ne subit-il pas au contraire, et siirtout depuis son deuxième voyage en Italie, en iDOj, celle de Marsilc Ficin et de ses disciples de Florence. Kn tout cas s'il a lu Platon, qu'à plusieurs reprises il cite et commente, c'est surtout par Ficin qu'il l'interprète, et c'est à Ficin encore qu'il doit d'avoir, au-delà même de Platon, poussé jusqu'au néo-platonisme, à Plotin, à Proclus, jusqu'à ce singulier mélange d'idées helléniques et judéo chrétiennes dont les ouvrages attribués à Denis l'Aréopagile, à Trismégisle, à Asclépius avaient été les in ter prèles... » M. lienaudel, dans un arlicle de la Bévue d'histoire moderne el toiilemijoraiiie (juinjuillet if)'i'.i, p. 267), pense que les distinctions de périodes fixées par M. Imbart de la Tour ne se peuvent soutenir. Le second voyage de Lefèvre en llalie n"a pas tenu dans sa vie la place que lui attribue M. Imbart. Il no rencontra pas, comme cet auteur semble le dire, Marsile Ficin, car celui-ci était mort l'année précédente. Lefèvre connaissait déjà fort bien, non seulement la doctrine de Platon, mais aussi le néoplatonisme, comme il apparaît par l'édition qu'en itiQlt il avait donné du fJe poleslate el sapienlin l)ei attribué au Trismégisle. Dès lifji il avait étudié les maîtres de la vie intérieure avec Haymond Lulle. " D'autre part, après comme avant sa prétendue conversion au néo-platonisme, Lefèvre continue ses travaux sur Arislote sans trop se soucier des disciples de Platfm et de Proclus... Il imprime, en i.io8, la hiaUctique de Georges de Trcbizonde, l'ermemi acharné de Bessarion et de l'Académie. Et c'est à tort que M. I. de la T. clôt, en
LE rLATOMSMK LT LA LHTKHATLHE EX mANCE 7.)
Le seul exemple de ce remarquable esprit, le plus ciilique et le moindre timide de l'école française du commencement du xvi" siècle, sulTit à faire comprendre l'attilude de beaucoup d'autres lettrés en présence des deux écoles qui avaient divisé l'Italie. Les philologues du temps se contentèrent, pour la plupart, d'étudier Platon en érudils, sans songer à y admirer la manifestation la plus parfaite du génie grec, et sans tenter d'y puiser les éléments d'un renouvellement de la pensée philosophique. Durant la première partie du règne du Père des Lettres, celle-là même qui vit s'élaborer les divers projets de fondation d'un Collège royal, la cause des idées platoniciennes ne rencontra en France aucun champion résolu. L'étude des dialogues n'était pourlanl pas complètement négligée : la traduction du Timée par Chalcidius avait paru à Paris en i52o : ÏAxioehus fut édité en latin vers la même époque, et en 1527 l'imprimeur Gilles Gourmont publia le texte grec du Cratyle, la première édition donnée en France d'un dialogue de Platon dans sa langue originale.
Chose digne de remarque, les propres ouvrages de Ficin obtinrent sensiblement plus tôt des maîtres de la typographie française les honneurs de l'impression. Son De Triplici vitu parut à Paris et à Rouen, chez Regnault, en l^S^) ; il eut depuis de fréquentes rééditions, sans parler d'une curieuse traduction donnée en i54i par l'avocat Jean Beaufdz, avec
I JoO, avec la publication de la Politique, la série de ses œuvres aristoléliciennes... Il demeure donc fidèle h la doctrine d'Aristote fort audelà des limites que M. I. de la T. a voulu marquer. » On le voit, ^L Renaudet conlirme, en 1909, les conclusions que nous avons émises en 189O.
l'éloquent proloiruc on Ficiii célèbre Platon, qui « par son ^onium et esperit, vit et vivra toujours, c'est assavoir tant comme le monde vivra ». En 1.^49^1, sa traduction du Trismégiste avait été publiée à Paris chez W. Hopyl, et, quatre ans plus tard, sa traduction d'Athénagoras et de Xénocratc. Son traité De la j'£li(jion chrclienne, resté jusqu'alors inédit, même en Italie, fut imprimé en i5io. En i5i8, Jean Petit avait entrepris et mené à bonne fin une édition de sa traduction complète de Platon : c'était là un efïbrt sérieux, dont les résultats allaient apparaître peu à peu. On reconnut bientôt que les temps commençaient à devenir propices, car, moins de quatre ans après, en i52'.>, le savant imi)rimcur Josse Bade publia à nouveau ce volume, véritable somme du platonisme. Il existait maintenant un public avide de se familiariser avec les idées nouvelles, et l'étudiant ergoteur et sordide que nous dépeint une lettre éloquente du temps, ne régnait plus en maître sur la montagne Sainte-Geneviève.
Un autre ouvrage, dont la publication dut contribuer, pour une large part, à la diflusion des doctrines platoniciennes en France, fui celui de Landini, l'un des membres les plus distingués du cénacle florentin : les Disputationes Camaldulenscs, que le même Jean Petit imprima en i5ii. Ce célèbre traité, dont le développement se poursuit au milieu d'un cadre charmant, et qui renferme, sous fojme de dialogues, un exposé aussi aimable qu'animé des plus hautes conceptions spirilualistes, était bien fait pour gagner des sympathies ù la cause de la moderne Académie, ou tout au moins pour préparer le tcirain en vue d'une propagande future. On
LE PLATONISME ET LA LITTEllATLRE EN FRANCE 7a
aura, du reste, dans un autre travail, l'occasion de préciser son inlluencc par un fait des plus caracléristiques.
Cependant l'esprit de la Renaissance commençait à se répandre dans le royaume : de rapides progrès s'y accomplissaient dans toutes les branches du savoir humain. Grâce au zèle des savants de l'entourage royal, Jean du Bellay, Budé, Cop, Colin, Guillaume Petit, Danès, et d'autres encore ; grâce aux dispositions bienveillantes d'un monarque épris d'art et de littérature, des mesures étaient prises en vue de répandre la connaissance des langues et des auteurs de l'antiquité. La création des lecteurs royaux, en i53o, marque une étape capitale dans l'histoire de la rénovation scientifique entreprise sous les auspices de François l". On n'ignore point le noble rôle que joua la reine de Navarre dans cette circonstance, comme dans toutes les entreprises où la rniis>> dos principes de la Renaissance était engagée.
L'établissement de la corporation de professeurs désignée par la suite sous le nom de Collège royal eut pour conséquence immédiate, comme je crois l'avoir montré ailleurs, de faciliter singulièrement l'extension des études grecques et latines. A partir de i53o, les éditions de textes originaux, jusque-là clairsemées, se multiplient. Platon ne semble pas profiter, tout d'abord, d'une manière, éclatante, de l'enthousiasme avec lequel les lettrés français se portent vers les chefs-d'œuvre de l'antiquité. Les lecteurs royaux du début ne l'abordent point dans leurs cours, léserve qui s'explique suOlsamment sj par ce fait que les deux premiers professeurs choisis
pour le grec, Danès et Toussaint, appartenaient, par leurs attaches et par leurs travaux antérieurs, à la cause du péripatétisme : le premier eut même plus tard l'occasion de se déclarer ouvertement — et non sans aigreur — contre les doctrines de l'Académie. Le premier lecteur en philosophie grecque et latine, F. Vicomercato, nommé en i5/j2, était également partisan d'Aristote dont il avait enseigné la philosophie, avec distinction, à Pavie et à Padoue.
Toutefois le succès des publications platoniciennes ne fait que satrirmer ; si le progrès paraît lent, il est sûr et continu. Sans parler du De Doctrina Platonis d'Alcinoiis (plusieurs éditions gr, etlat. à partir de i53i avec les Definitlones et le De morte de Xenocrate), ni du Commentaire de Prockis sur le Timée (plusieurs éditions après i53o), on voit se succéder : une édition latine (i53o), puis une édition grecque du Timée (i532), un Axiochus (i53o), la traduction latine du Charmide due à Politien (i533), une édition complète — la troisième donnée en France — delà traduction de Ficin, publiée, avec la collation de Grynée, chez Bade et Petit (i533). En i536, nouvelle édition de Timée, le dialogue qui, du reste, avait été le plus étudié et le plus commenté durant les siècles précédents, et, cette même année, apparition du Phédoii (traduction de Ficin) chez Jean Petit, qui se montre décidément tout disposé à travailler, selon ses moyens, à la rénovation philosophique qui se prépare.
Je signalerai seulement la dédicace de ce dernier volume écrite dès 1527, et plus particulièrement encore celle de l'édition de Ficin de ij33, où Pla-