LE PLATONISME ET L\ LITTERATURE E\ FRANCE
Ion est proclamé le dieu des philosophes : u Plalo quem philosophorum Deum prœdicant omncs ». L'indice n'est pas à néglig-er : à ce moment, le philosophe de l'Académie est cité partout comme le philosophe par excellence, et l'épithète de divin jointe à son nom, chez les auteurs les plus graves, atteste que les temps approchent où les hommes se tourneront vers lui, comme vers le maître des choses divines et éternelles.
Si j'ajoute qu'on publia en i538 une traduction latine des Lois, en ioSq une édition grecque de l'^lpologie de Socrate, en i5/io des fragments du Timéc avec des rapprochements de textes (plusieurs rééditions au cours des années suivantes), et une édition grecque de la célèbre comparaison de Platon et d'Aristole de Gémiste Pléthon, j'aurai terminé l'énumération des publications proprement platoniciennes qui furent faites avant la fin de lo/jo, c'esl-à dire antérieurement à la péiiode d'environ dix années qui vit le mouvement dont nous nous occupons prendre une extension soudaine, grâce à de multiples éditions, traductions ou commentaires, et surtout à tout un ensemble de productions poétiques qui se succédèrent avec une étonnante rapidité. ,[usquc-là, le goût et la compréhension de cette philosophie étaient restés l'apanage d'une élite d'érudits et de penseurs isolés. Par le fait même qu'il demeurait confiné dans un cercle restreint d'initiés, ce culte discret n'en offrait que plus de charme. Mais son action n'était pas assez apparente ; elle dépendait trop exclusivement d'affinités personnelles pour qu'il y ait lieu de l'exposer à cette place.
"j8 OHANDS ÉCRIVAINS DK L\ Hi:>AISSANCE
Eu ce moment, nous ne voulons prendre ce courant d'idées qu'à l'époque où il entre dans la circnlatidn génrralo, jiour pénétrer dans les milieux instruits, ilonncr aux lettrés un idéal dii^ne de leurs aspirations et agir, d'une manière immédiate, sur le développement de la haute culture et, en particulier, de la littérature.
Toutefois, si, entre i53o et îô![0, malgré les progrès généraux de l'hellénisme, le divin philosophe ne semble pas avoir rencontré une faveur, sinon supérieure, au moins égale à celle dont jouissaient quelques auteurs de moins haute envergure, le motif doit en être cheiché dans les querelles religieuses qui absorbaient l'attention de la plupart des hommes cultivés. L'apparition de la Réforme, survenue, en France, à une époque où les intelligences commençaient à s'ouvrir et à s'affiner, et où, d'autre part, personne ne se désintéressait des problèmes de la vie religieuse, devait nuire nécessairement à la fortune du platonisme. En attirant à elle, à des degrés divers, un si grand nombre d'esprits élevés, la Réforme les confisqua momentanément au pn^udice du spiritualisme proprement philosophique. Les progrès de ce dernier furent rendus ditriciles jusqu'à l'heure où les premières désillusions se produisirent, et où ceilaines de ces âmes délicates, chofjuées de ce que la nouvelle religion avait de dogmatique et d'exclusif, se tournèrent vers un credo plus large, vers un idéal plus souriant. 11 est Juste d'observer qu'elles ne rompirent point pour cela, d'une façon absolue, avec leurs anciennes sympathies religieuses. Toutes appartenaient à ce grand parti des modérés, dont le nMe fut si impor-