LE PLATONISME ET LA LITTERATURE EX FRANCE
intitulée la Parjaicle Amye, u l'heureux illustrateur (lu haut sens de Platon », selon le mot d'un eontemporain. Le volume qui contenait ces œuvres, ainsi que des épigrammes et autres poésies légères, adressées à des amis, parut à Lyon, chez Dolet, au cours de l'année i5/i2 '. Celte double circonstance mérite d'appeler l'attention , puisqu'elle nous apprend que ce livre, instrument avéré de propagande platonicienne, et directement inspiré par l'auteur des Marguerites, fui imprimé dans la « h'iorence françoyse » par un autre de ses protégés, à un moment où aucune des compositions caractéristiques de l'école poétique lyonnaise n'avait encore paru -. N'y a-t-il pas là un indice, à ajouter à plusieurs autres, des liens qui unissent cette école locale au groupe des poètes de la cour de Navarre, et cela sans parler des nombreux rapports personnels entretenus par la reine avec la patrie de Maurice Scève, ni des séjours prolongés qu'elle y fit, ni enfin des marques d'estime et de respect que lui prodiguèrent les écrivains lyonnais ? Les femmes qui jouèrent parmi eux un rôle si glorieux, les Pernette du Guillet, les Jeanne Gaillarde, les Louise Labé, furent naturellement portées à regarder la sœur du Père des lettres, qui les avaient devancées toutes dans le culte des Muses, comme le modèle et le type accompli du poète féminin.
I. Une antre édition, que nous possédons, parut, presque aussitôt, à Troyes, chez Nicole Paris (lô.'ia), avec les atitres œuvres d'Héroët. U est à remarquef que la ParJ'airle Amye parut seule, quelques mois plus tard, également chez Pierre de Tours, à Lyon. Cette édition, qui dut être interrompue, porte la date de i.'j'ia- Voy. l'éd. donnée jiar M. Gohin, citée plus haut, et l'utile bil)Iioi,'raphie qui l'accompagne.
:!. Les Rymrs de P. du Guiilct parurent en i5'ir> ; la Délie de Maurice Scève en i34'i ; les Œuvres de Louise Labé eu 1 353, etc.
88 GRAM>S lOCniVAlNS DE LA RENAISSANCE
].(' \c\\c do VAndrogyne, nouvellement IraduUI de latin en franroys, ;ivait ôU' ])ics('nk'' au roi dès i53G ; il élail précédé d'une dédicace é<j:alenient en vers, aussi étendue que l'œuvre elle-même, et adressée à l'rançois 1". L'auteur y proclamait les titres du roi à la reconnaissance de la postérité, en raison des services rendus par lui à la cause des lettres. ^ul doute que cette dédicace ait été formulée à l'instifialion même de la reine de Navarre, ([ui préférait reporter sur son frère le mérite des entreprises quelle avait inspirées. Il en arriva de même, un ])eu plus tard, à propos des deux traductions de Dolet et de celle du Criton par Pierre Du Val. Voici quelques extraits de cette épître :
11,1, je vous doibs, Syro, bien davantage,
Et non moy seul, moy et tous ecuix qui sommes
En vos pays mys au nombre des hommes.
Ou qui sçavons, ou qui M)ulons sçavoir :
Plus vous dobvons que ne pensons debvoir.
De ce temps là ne se fault esbahir
Si noz voisins, qui nous souloyenl hayr
Gomme rompeurs de querelleuses testes.
Les Roys de France appelloyent Roys des besles.
Livres cstoyent par énormes delicts Auparavant morts et ensepveliz.
Doctes estoyent par ignorant/ tués :
De vostre règne on voyt restitués ("•rcc et liebricu (langages trop hays), El les bannys remys en leurs pays.
Sur ce propos ma langue ne peult taire Ce que vous doibt nostre langue vidgalre. Laquelle avez en Iclz termes reduicte Que par elle est la plus grand pari traduicte