I. Uourciez, op. rit., p
-.'.. Voy. sur rc personnage l'articlf. de V. L. Bourrilly : B. de la Borderie et le Discours du voyage à Constanlinoplc (i 5.37-1 538), clans la Bévue des éludes rabelaisiennes, l'jii, p. i83 et suiv. et la bibliographie dans Goliin, op. cit.. p. xxiv, n. i.
Depuis tSç)!'). j'ai eu l'occasion d'étudier de plus près l'Amye de Court dans ma conférence de l'Ecole des Hautes-Etudes et d'en concevoir une impression sensiblement plus favorable qu'au moment où la présente étude a paru sous sa première forme.
q() CU^NOS KCHIV.VINS DR LA RENAISSANCE
on lama par la pubUcalioii de son Amye de Court (Paris. iô'i3) la longue polémique dont, à peine paru, le poème dlléioët devint le point de départ. Son œuvre est, certes, notoirement inférieure à celle qu'elle a pour but de combattre ; on y rencontre plusieurs des défauts de l'école poétique dont le déclin commençait. Toutefois, on ne saurait lui refuser une certaine aisance, de l'ingéniosité en même temps (pi'une analyse originale et curieuse de caractère. Il y a de la psychologie dans ces pages qui méritent d'être étudiées de près. Les nuances d'un caractère féminin, à certains égards nouveau dans la littérature, sont rendues avec quelque finesse et une verve parfois piquante. En revanche, nulle élévation, nulle recherche de fins morales. L'auteur ne montre aucun souci de la délicatesse des sentiments; la préoccupation de l'idéal lui est étrangère. Il me semble discerner dans ce i)elit poème un ton désabusé et sceptifpie, une absence d'illusion que l'on n'est pas encore habitué à noter chez les poètes.
Le type qu'il préconise est celui d'une coquette, d'une Célimène précieuse et galante, qui comprend l'amour comme une fantaisie, et ne veut y voir, à aucun prix, la source des nobles sentiments, du « désir de vertu », ni de la perfection. Elle raisonne exactement de la môme manière, et quelquefois dans les mêmes termes, que la Mondaine de la comédie de Marguerite, retrouvée dans le recueil dos Dernières Poésies. Elle accueille indistinclomcnt tous les hommages galants, évitant de se laisser entraîner trop loin et feignant, pour se défendre, de recourir aux prétextes les plus hono-
LE PLATOMSMF': ET LA LITTLllATURE EN FRANCE 97
rables, lesquels ne sont dans sa bouche qu'autan! de défaites hypocrites. Pour finir, lorsqu'il s'agit de se prononcer, c'est l'amoureux sot, mais riche, qu'elle préfère à celui qui n'a d'autre bien que son esprit. Forte de son sens pratique et de son habileté, elle triomphe dans les milieux mondains. En réalité, une telle conception, ou plutôt une telle nég«ition de la vie du cœur, pour cynique qu'elle puisse païaître, n'était pas tout à fait nouvelle: elle reproduisait sur plus d'un point les enseignements de la Iradilion dite « gauloise ». Toutefois, si elle en rappelle un peu trop le terre à terre et la vulgarité, elle en difl'ère par la notation beaucoup plus savante et experte des nuances et des complications sentimentales; elle s'en écaile aussi par l'absence de sincérité et par la coquetterie, conséquences de l'existence des cours ; elle n'en a conservé ni la grosse gaieté, ni la soumission à la nature.
L'attaque dirigée par La Borderie, contre l'amour dont Héroët venait de proclamer l'idéal, suscita à son tour une réponse. Un disciple parisien de Marot, Charles Fontaine, le traducteur d'Ovide et d'Ausone, dans la Contre-Amye de Court (Lyon, i543), protesta contre les théories utilitaires qui tendaient à transformer en un calcul étroit et égoïste le plus noble sentiment de l'âme humaine. Son œuvre est une apologie de l'amour désintéressé, uniquement fondé sur l'honneur, en opposition avec celui de l'amie
Trop enchantée et endormie
Aux honneurs et biens de ce monde.
Paul Angier, de Garentan, prit parti pour la thèse
(le \a\ Wordvr'w, pondant (jnc Papillon, autre ami de Marot, se ranj^ea dneoté de la (lotUve-Aniye. La polémique se prolongea plusieurs années encore, amenant peu à peu les poètes à prendre nettement parti dans le débat ^ les forçant à se rapprocher selon leurs alllnilés, et suscitant des professions de foi, dont Jes conclusions exclusives ollVaient du moins l'avantage de proposer «m chaque groupe un idéal certain et défini. Grâce à ces compositions contradictoires, les questions littéraires et philosophiques se précisèrent ; elles prirent corps, pour ainsi dire. I Dès lors, dégagées de toute abstraction, personnifiées par des types bien distincts, elles devinrent accessibles au grand public, qui commença à les discuter, et non sans passion. On note, vers le même temps, toute une série de pid)lications d'Opuscules d Amour, où les principales pièces de la polémique se trouvaient réunies et qui durent contribuer à lui donner une nouvelle vogue dans les milieux les plus divers -.
Bien que l'école poétique lyonnaise n'ait pas exercé, à mon avis, au cours do la période antérieure à ijjo, l'influence qu'on lui a souvent attribuée, faute d'avoir sulTisamment tenu compte des dates, il y a lieu de signaler cependant le rôle particulier d'un de ses membres les plus distingués, Maurice Scève, l'auteur des Blasons et de Délie, objet de plus haute vertu. Ce dernier poème, paru à Lyon dès î54/j, chez Antoine Constantin, reflète assurément une concep-
; I. Le Tuteur d" Amour du Beauvaisien Gilles d'Aurigny. paru en , 1047, se rattache à cette querelle. Il prend parti pour l'anaour vcr- ' tueux et honnête.
2. lâ^i'i ; i54:j; l'j^G; l'olt-^ ; i')if); i5.">o ; i55i ; id5G, etc. J'en possède plusieurs.