LE PLATOMSME ET LA LITTERATURE E\ FRANCE II
de prosélytes. Cupidon s'en émeut et entreprend contre son rival une si rude guerre qu'il réussit à le chasser de la surface de la terre :
Et par cela les bons et vrays aniys Feurent encor à Cupido soubzinis :
Voyla comment l'Amour se retira Là hault es ciculx, où depuis demoura.
Cupidon coalinua de régner en maître incontesté, jusqu'au jour où quelqu'un entreprit d'aventure de faire revivre l'ancienne peinture du bon Platon et montra les vrais amis
Mieulx que jamais polys etacousirés ; Si quedesja mieulx que jamais aussi On le cognoisl et le cherist icy.
Le culte de Marguerite et de sa petite cour à l'égard du fondateur de l'Académie est ici affirmé en termes explicites. Le témoignage est utile à enregistrer. Le succès de la tentative de cet apôtre — il s'agit évidemment de Ficin — engagea le véritable Amour à redescendre ici-bas :
Mais approchant ceste terre cruelle, Il eut encor quelque crainte nouvelle ; Tant qu'il ne sceut en quel lieu se poser Pour seurcment se povoir reposer, Jusques à tant qu'enfin il est venu Sur voz Jardins, où soubdain a cogneu Que son image et semblance formée Des Jardiniers estoit fort estimée.
Lors, fort joyeux brandist son aeslo gayc. Et doulcement se mis* sur une Haye, Où quelque temps son repos il a pris.
Et puis après d'ung désir feut espris
Îl8 GRANDS ÉCRIVAINS DE LA RENAISSANCE
D'aller vers vous', ayant bien cognoissaiicc Quil seroit là en plus grande assevirancc; i;t Miienlx Iraicté d'une vrayc Princesse, Que (]upido d'une feincte Déesse :
11 y va donq. Je croy jà qu'il y est : Non pour ung peu, mais pour y faire arest. Et y durer tant que vous régnerez.
Et y régner tant que vous durerez.
Le rôle joué par Marguerite dans la renaissance plalonicienne en France ne pouvait être indiqué avec plus dhabilcté. Dans celte petite pièce circule, d'un bout à l'autre, le même souille auquel les poètes de la Pléiade, })lus maîtres de la langue, devront, quelques années plus tard, de si séduisantes inspirations. L'ouvrage de Silvius est, comme son titre l'annonce, la traduction intégrale du commentaire de Ficin. Le style en est soigné, parfois même dune précision et d'une clarté remarquables. L'auteur avait à triompher de nombreuses difficultés, pour arriver à exprimer, à l'aide d'un instrument encore, insulfisamment formé, des idées souvent subtiles et abstraites. A cet égard, sa tentative a dû marquer un progrès sérieux dans l'histoire du développement de notre langue. Il est même surprenant que les écrivains qui ont traité jusqu'à présent de l'histoire littéraire du xvi" siècle aient cru pouvoir négliger un ouvrage aussi caractéristique. De telles traductions ne tiennent-elles pas dans les fastes dune littérature une place plus importante que nombre d'œuvres réputées originales!* Marguerite avait été bien inspirée en choi-