‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 52 sur 95 · I. Ibid., p · texte numérisé non relu

I. Ibid., p

l'i'l r.R\>DS ECRIVAINS DE L\ RENAISSANCE

délicats ouvrages de l'aiguille, dans l'art de la broderie comme dans celui de la tapisserie.

Quoi qu'il en soit, Sainte-Marthe revient avec une complaisance visible sur les études philosophiques suivies par la jeune princesse au cours de son éducalion. Il faut donc que ces études aient véritablement tenu une large place dans les leçons qu'elle reçut de ses premiers maîtres. L ne telle culture, alors si exceptionnelle, expliquerait })lus d'un aspect resté presque énigmatique de l'infinie curiosité de la reine de Navarre. Sans doute, le désir insatiable qu'elle eut toute sa vie d'étendre ses connaissances dans les directions les plus diverses était inné chez elle. 11 est cependant vraisemblable, à s'en tenir au témoignage si explicite qui vienl d'être cité, qu'une impulsion éclairée contribua de bonne heure à orienter, d'une façon particulière, la réflexion de Marguerite dans le sens de la spéculation philosophique.

Pour en terminer tout de suite avec les autres données fournies par le même panégyriste à propos de ces études, je ferai observer qu'il ne néglige aucune occasion d'insister sur la place considérable qu'elle occupèrent, jusqu'à la fin, dans la vie intellectuelle de sa souveraine. A tout instant, au cours des 122 pages que comprend son œuvre, il fait valoir le c(Mé excellemment grave et original des mé dilations par lesquelles elle marqua sonjictivité dans le domaine de la pensée pure ; il la représente comme <( souverainement perfecte en poésie, docte en philosophie, consummée en l'Escripture saincte, voire jusques à en rendre les plus sçavants fort émerveillés », faisant ainsi de sa science philoso-

pliique l'une (les trois manifestations caractéristiques de ses hautes f acuités ^ . Le poème des Prisons nous expliquera comment la reine a pu rester ainsi, jusqu'à ses derniers jours, fidèle à la lecture u des livres des philosophes et autres ethniques. »> de Platon, en première ligne, sans jamais cesser de fréquenter les saints livres ni de les aimer.

Ce point de départ admis, sur l'autorité formelle d'un contemporain véridique, il reste à fixer avec quelque précision les origines moins lointaines, plus immédiates, du goût profond (jui porta la sœur de François I" vers l'auteur du Pfuklon, et de la préférence évidente qu'elle lui témoigna entre tous les autres écrivains de l'antiquité. A vrai dire, une sympathie ardente ne pouvait manquer de s'établir entre cette noble femme, si violemment éprise d'idéal, et le penseur qui a fait entendre sur les plus hauts problèmesqui préoccupent l'humanité tant d'enseignements sublimes. Aux yeux de quiconque a un peu pénétré l'âme de Marguerite, une telle rencontre n'avait rien que de naturel. Encore fallait-il cependant qu'un intermédiaire l'eut rapprochée du maître dont les doctrines et les œuvres, si injustement oubliées et dédaignées pendant la plus grande partie du moyen âge, venaient d'être rendues au monde éclairé, au prix d'une continuité d'efforts vraiment admirables, par les Pléthon, les Bessarion, les Marsile Ficin, pour ne citer que les plus illustres parmi les promoteurs de ce qu'on a pu appeler avec raison la résurrection du platonisme. La plupart des âmes supérieures de

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