oy. le drhiit de l'étude précédente
MARGUERITE DE >AVAUUE 1^7
(le son union avec le duc d'.Vlençon. Je veux parler de l'influence exercée par les ouvrages du célèbre Nicolas de Guse (i4oi-i464), à la fois théologien, philosophe, naturaliste, astronome et mathématicien, l'auteur de tant de hardis et curieux traités : De dodu ignonuiUa, De Uco abscondUo, De visione Dei, De concordantia caiholica. De ludo globi, etc.
Ce grand esprit, que l'on a souvent considéré comme un homme de génie, et dont un historien de notre époque ^ écrivait naguère qu'il apparaît comme un géant intellectuel au déclin du moyen âge, a sûrement exercé sur Marguerite et sur son entourage, — en particulier sur le petit cénacle de Meaux, qui communiqua à la reine le goût des doctrines évangéliques, — une action qui, pour n'avoir jamais été signalée, n'en est pas moins à la fois très certaine et très importante. On sait quel a été le rôle admirablement fécond et bienfaisant de lillustre cardinal. « Nicolas de Guse, disait à la fin du siècle son compatriote l'abbé Jean Tri thème, apparut en
1. Janssen, Uisl. du peuple allemand, t. I, p. 2 à G. L'historien allemand, écrivain remarquable, malp:ré la fâclieusc partialité qui le distin<,Mie, commence son grand ouvrage par un éloge enthousiaste de Nicolas de Cuse. Mais, naturellement, il insiste fort peu sur les côtés audacieux do la pensée du cardinal et sur son attitude si courageuse, malgré quelques faiblesses peu explicables, dans toutes les questions relatives au pape, à la suprématie des conciles, à la réforme de l'Église, etc. — Le véritable nom de ce personnage était Nicolas Creps, qu'on trouve aussi sous les formes Cl.rypfTs et Krebs. On l'appela plus tard Cusanus ou de Cues, du nom de son village natal, Cues, situé sur les bords de la Moselle, près de Trêves.
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Allemajinc. au milieu de la perturbation et des ténèbres, comme un ange dehimière et de paix. Ilré- ])andil avee abondance des semences de vie nouvelle, l ne partie de ces semences n'a pu germer à cause de l'endurcissement des cœurs, une autre |)artie a [)orté des fleurs, il est vrai, mais elles ont j)iomptement péri à cause de la négligence et de la lâcheté des hommes. Enfin, une bonne partie a porté des fruits abondants que nous récoltons encore aujourd'hui. I) Si quel([u'un mérite ajuste titre le nom, dont on a parfois abusé, de précurseur, c'est bien le penseur éminenl ([ui, devançant hardiment la science et les idées de son temps, entrevit, dès le milieu du XV' siècle, quelques-unes des découvertes les plus suprenantes du siècle suivant ; qui, cent ans avant Copernic, devina le double mouvement de la terre sur elle-même et autour du soleil, démontra la nécessité de la réforme du calendrier julien, posa pour l'étude des sciences naturelles et astronomiques plusieurs des règles essentielles dont s'inspirent encore aujourd'hui les méthodes modernes, et enfin, exerçant sa prodigieuse activité dans les branches les plus diverses, sut, avant Ficin et l'Académie de Florence, comprendre et aimer le divin Platon.
Et il ne s'agit pas ici d'une admiration vague et générale à l'égard du philosophe athénien ; l'homme qui eut le mérite de la concevoir à une époque où il était encore si difficile, sinon dangereux, d'étudier les œuvres de l'auteur du Banquet, à plus forte raison de se proclamer à bon escient son disciple, n'était pas seulement une intelligence puissamment originale, un dialecticien rompu à toutes les subtilités, un métaphysicien d'une rare ampleur, il avait encore.
MARGUEUITE DE NAVARRE l/JO
et à un degré où n'atteignit peut-être aucun do ses contemporains, l'esprit éminemment critique '. Son goût pour le platonisme était donc le résultat d'une enquête sérieuse, d'une comparaison éclairée ; il n'en a. pour ce motif, que plus de prix pour nous.
Le cardinal, en qui il y avait, dit A. Weber -, l'étoffe d'un Bruno et d'un Descartes, ose critiquer ouvertement les erreurs de la scolastique et recommander, comme préférable de tout point au système régnant, la philosophie de Platon, qui, dans sa pensée, se combine avec la théorie pythagoricienne des nombres. Il a préparé la voie, autant que Bessarion et que Pléthon, au groupe des platonisanlsde l'époque de Laurent le Magnifique, qui firent de la propagande des théories académiques l'objet exclusif de leurs efforts et le but de leur existence. Profondément chrétien, il rêva, comme devait le faire Ficin un peu plus tard, de fusionner en un harmonieux ensemble les principes de sa croyance religieuse avec ceux de la doctrine philosophique qui s'était si fortement emparée de son intelligence. Cette préoccupation contribua à communiquer à son langage une grâce et une noblesse singulières, où se retrouve manifestement l'empreinte du Phédon et du Banquet ^.
1. La meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est que Nicolas (le Cuse, avant Laurent Valla. a démontré dans le De Concordanlia la fausseté de la donation supposée de Constantin et la nullité de celles de Pépin el de Cliarleniagne après les restitutions laites par Léon VII à Ottion 1". Ses jugements sur certaines prétentions de la papauté et s^ir les réformes nécessaires de l'Église témoignent également, sans parler de bien d'autres arguments, en faveur de la perspicacité et de la sincérité de sa criticjue.