‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 58 sur 95 · Du Boulay, Ilist. univ, de Paris, t. VJ, p · texte numérisé non relu

Du Boulay, Ilist. univ, de Paris, t. VJ, p

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porte de le rappeler, le pseudo-Denys est une des autorités chères à Micolas de Guse, qui en a usé largomcnl pour rélaboralion de son système de philosophie religieuse. Ainsi, de quelque côté qu'on se tourne, se révèlent d'instructives concordances ; les origines se précisent et se simplifient, et l'on est tout surpris de lelrouver à chaque pas des indices qui éclairent ces problèmes qui paraissaient obscurs. On découvre dans des mouvenieiits d'idées qu'on croyait mullij)les et divers de surprenantes analogies qui en laissent apercevoir l'unité.

Chose singulière, entre le chef de l'Académie de Florence, le promoteur du platonisme moderne, Marsile Ficin, et Lefèvre d'Étaples, à qui la Renaissance française a dû de voir revivre la véritable pensée d'Aristote, défigurée partant de commentaires et de traducteurs peu sagaces, il existe, grâce au néoplatonisme, un véritable courant d'idées communes. Entre ces deux maîtres, que des dissemblances d'études, de milieu, de tournure d'esprit, semblaient devoir éloigner l'un de l'autre, un trait d'union s'est établi, que Plotin, Proclus, le Trismégiste cl. d'une manière générale, les mystiques alexandrins ont contribué à former. La même constatation s'impose en ce qui touche le cardinal de Guse. Or, en France du moins, — nous l'avons remarqué plus haut, — la Réforme religieuse est intimemoit liée, pendant sa période de début, à ces tendances philosophicomysliques. Lefèvre d'Etaples, Briçoimet, et après eux Marguerite de jNavarre, ont personnifié successivement ce moment, trop peu connu encore, de l'évolution intellectuelle du xvi" siècle, dans notre pays. On s'explique donc que le platonisme, agissant

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souvent, il csl vrai, par des exagérations qui en modifiaient sensiblement l'esprit, ne saurait être exclu (le celte histoire. Il en constitue, au contraire, l'un des éléments essentiels, que l'historien de la pensée française durant cette époque a le devoir de dégager avec soin et de mettre en pleine lumière.

Mais, pour eu revenir aux influences qui peuvent expliquer le développement intérieur de Tauleur des Marguerites, il est clair que l'action des enseignements de jNicolas de Guse, transmis par Briçonnet et par Lefèvre d'Elaples, ne pouvait se manifester chez elle de la môme manière que chez ses deux maîtres. Certaines conceptions devaient séduire plus aisément son intelligence de femme, pendant que d'autres, celles d'ontologie pure, par exemple, devaient la laisser assez indifférente. Tout ce qui avait trait à la nature, à l'essence, à la définition de la Divinité, intéressait, on le devine, la reine au premier chef; et c'est justement dans ce domaine qu'il est possible de relever, à travers son œuvre liltéiaire, plusieurs preuves frappantes d'une double influence philosophique exercée par les deux chefs du platonisme moderne, Nicolas de Cuse, d'une part, et Marsile Ficin, de l'autre. A la vérité, l'influence de chacnn de ces penseurs se mêle si étroitement à celle de l'autre, lorsqu'il s'agit de certaines questions parmi les plus graves de la théodicée, qu'il devient très ditricilc de faire la part de l'une et de l'autre. jNous allons donner de ce fait un exemple curieux et non soupçonné jusqu'à j)résent, (jui permettra du même coup d'éclaircir, à l'aide de matériaux nouveaux, riiistoire de la transmission dune formule célèbre, dont la critique littéraire et la critique philo-

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sophiqiio se sont plus dune fois occupées, el qui a toujours (Ml le ])rivilège d'intriguer les commenlatcnrs.

Sil y a eu un sentiment profond el permanent <laM> rùmede la reine de Navarre, sentiment qui a dominé et dans une large mesure dirigé son existence, c'est l'aspiration vers le divin. Connaître Dieu, s'élever jusqu'à lui : tel a été le but premier de ses pensées et de ses méditations. Le souci même des problèmes de l'amour, qui tint une place si importante dans les réflexions de Marguerite, dérive de cette aspiration. Uésolumenl platonicienne à ce point de vue, elle considérait l'amour humain comme une élajx' nécessaires vers l'amour divin. A ses yeux, l'amour de la créature conduisait à celui du Créateur. Klle confondait, unifiait en quelque sorte, dans ce dernier sentiment, toutes les autres ardeurs qui consument le cœur de l'homme. Ces paroles de l'étrangère de Mantinée dans le Banquet, le dialogue (|u"elle avait tant aimé et pratiqué, résument admirablement la doctrine de rauteur de VJlephiméron et en font comprendre l'unité' : « Quand des beautés inféiicuies on s'est élevé jusqu'à cette beauté parfaite eteju'on commence à l'entrevoir, on touche presque au but ; car le droit chemin de l'amour, c'est de commencer par les beautés d'ici-bas et de s'élever

I. On signalera plii« loin un commentaire poétique de Marguerite <>'ai>[)Iir{uant précisément à cette tliéorie platonicienne. Il y aiira lieu alors d'insister davantage sur ce point.

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jusqu'à la beaiilo suprême, en passant, pour ainsi dire, par tous les degrés de l'échelle. »

Ainsi, concevoir la Divinité, l'Ktre par excellence duquel procèdent tous les autres, et tenter de le définir : voilà, en somme, la préoccupation fondamentale qui se fait jour à travers les (ruvrcs spirituelles de notre reine, et qui lui a inspiré quelques-uns fie ses accents les plus houieux et les plus personnels, en lui faisant découvrir des veines de lyrisme encore inconnues dans notre littérature.

La plus Jurande })arlie du troisième chant des Prisons, celle-là même qui contient le double développement de la formule : Je suis Celui qui suis, et de l'antithèse de Tout (Dieu) et de liicn (la créature humaine) ', deux motifs qui tiennent dans les œuvres spirituelles do la reine une place importante, est imprégnée d un mysticisme de ferme allure et dun caractère logique, — si l'on peut user de ces expressions en parlant d'une matière par essence si subtile, — qui se rapproche par bien des côtés de celui de >icolas de Cuse^. Je ne parle pas seulement des

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