‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 66 sur 95 · I . Les Idées religieuses de Marguerite de ]\'avarre · texte numérisé non relu

I . Les Idées religieuses de Marguerite de ]\'avarre

no sera pas moins fécond on rrsullals. Il nous révélera (les élémenls d'orif?ine platonicienne en si «jrand nombre, et si bien caraelérisés. qu'on s'étonnera seulement cpie l'on n'ait point encore songé à les dégager, ni à profiler des données multiples (|u'ils apporlenl sur les sources d'inspiration de notre lilléralure à rc-pocjuc de la Renaissance.

C'est par VllepLamé.ron que commencera notre enquête. Aussi bien les dialogiic^„jalïinés qui terminent cliacunc des nouvelles, en donnant à Marguerite une occasion natmelle de pjcjidre parli dans les discussions ouvertes et de laisser deviner ses préférences, vont-ils nous fournir des textes d'un exceptionnel intérêt. Nulle paît peut être, la reine n'a traité avec plus de complaisance des fins de l'ame, des mystères do la vie du cœur, des problèmes de l'amour et de la passion, ceux-là mêmes qui forment le sujet du Phèdre, du Banquet, du LysL'i et du Phé don. Nulle part elle n'a mieux montré les aspects variés de sa culture philosophique qu'au cours de ces entretiens tour à tour subtils, graves et pleins d'abandon, véritables joyaux de VHeptaméron, spéci mens charmants, et sans doute uniques, de la conversation fiançaise vers le milieu du xvi" siècle.

Or, parmi les devisants du célèbre recueil, il s'en renconlnî un, personnage discret et séduisant s'il en fut, (jui peut être précisément considéré comme le port<' parole du platonisme. C'est l'en igjmali que Dagoucin, le sentimental de la réunion, idéaliste impénilenl, qui entretient sans affectation ni fausse pruderie la flamme robuste de ses illusions. Sa conception de la vie est toute délicate, tout immatérielle, et la devisante Parlamente, — c'est-à-dire Margue-

M\RGLE1UT12 DE NAV.VKHE igO

rite, — est à peu près seule à le Ijicn coniprejidre et à l'approuver. Le seeptieisrne ne l'a pas elïleuré : il croit au\ ;;ens qui se laissent mourir par amour'. Il entre volontiers « en contemi)lalion -, o 11 adore les dames, les respecte et n'en voudrait jamais dire de mal, mais il respecte surtout l'amour, dont il a l'idée la plus haute comme aussi la plus désintéressée. Plusieurs des devisants de la réunion de Notre-Dame de Sarrance, notamment Safl'redent et Xomerfîde, essaient de se gausser de lui, mais ils y perdent leur temps et leur peine.

(( Vous vivez donc de foy et d'espérance, dist Nomerfide, comme le pluvier du vent? Vous estes bien aisé à nourrir ! — Je me contente, dist-il, de l'amour que je sens en moy et de l'espoir qu'il y a au cueur des dames ; mais, si je le sçavois, comme je l'espère, j au rois si extrême contentement que je ne le sçaurois porter sans mourir-'. »

Selon toute apparence, cette touchante figure de Dagoucin, non marié*, u moralisant et platonisant avec une sorte de dévotion quintessenciée, » n'est autre que celle d'un prélat, Nicolas Dangu, évêque de Séez, pasteur par conséquent du duché d'Alençon possédé par Marguerite. Ce n'est pas la moins jolie découverte de M. Frank que d'avoir proposé cette séduisante identification, que, nous semble-t-il, des indices nombreux et probants permettent d'accepter sans hésitation.

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