‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 79 sur 95 · Corpus lii'J'ormnlormii. Cahini Opern, III, p. mx · texte numérisé non relu

Corpus lii'J'ormnlormii. Cahini Opern, III, p. mx

OlC) GU\>DS KCRIVAINS DE LA RENAISSANCE

en public avec les réformateurs allemands et, d'autre part. Télectcur de Saxe ne permit point à Mélanchthon de se rendre à l'invitation royale. Une occasion unique de tenter un essai de concorde s'évanouit par suite de cet échec. « S'il est vrai, observent deux Jiistoriens judicieux, que jusqu'en i5o8, jusqu'à l'entrevue de Nice, François P", bien qu'il y inclinât, ne soit pas tombé irrévocablement et sans retour dans le parti de la réaction, il est non moins vrai qu'à partir de i535 il n'y avait plus autour du roi un groupe assez nombreux, assez cohérent, assez uni pour essayer de le ramener à ses vues. Le divorce entre les humanistes et les novateurs religieux, entre les adeptes de la Renaissance des Belles-Lettres seules et les partisans de la Réforme religieuse se produit et va s'accentuant de plus en plus ^. » Il fallait une ligne de démarcation : ce fut Calvin qui se chargea de la tracer devant le monde chrétien, attentif et surpris.

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BUT ET PLAN DE l' « INSTITUTION » DE l53G.

Voilà ce que Ton peut apprendre touchant la cause occasionnelle de la publication de i536. Mais il est bien évident que le premier but du Réformateur français, celui qui l'avait incité à entreprendre précédemment son livre, était d'un ordre plus général. Il s'agissait essentiellement de mettre en lumière

1. Bourrilly et VVeiss, op. rit., p. ii3-ii'i. Voy. aussi Hauser, Etudes sur la néfortnc française (Paris, l'jofj, in-12), p. /i:! et sniv.

JEAN CALVIN Siy

l'ciisoififncinoiit scriplurairc cl d'expliquer aux fidMes la doctrine des Livres saiiUs. Le jeune réformé se ooiisliluail comiiie l'inlerprèle de la parole de Dieu. D'après sa propre déclaralion, les Kcrilures coulicunenl une doclrin»' paiHiite à laquelle on ne peut rien ajouter ; loutelois, à son sens, une personne (jui ne sera pas fort exercée à son élude, a bon besoin de quelque conduite cl direction pour savoir ce qu'elle y doit chercher. Or, cela ne se peut mieux faire qu'en traitant les matières principales et de conséquence, lesquelles sont comprises en la Philosophie chrétienne. Car celui (jui en aura rintclligence sera |)iéparé à prolitci- en l'école de Dieu en un jour, plus (pi iiîi autre imi trois mois. C'est à celle lin (piil a composé Vlnstihilkm chrétienne.

Continuons notre enquête sur les orij^incs de ce livre et appelons-en au léuioip^nage de lautcur luimême. Au uioiueiil où il entre|)rit la lé'daction de son (eu\re, très piobabienient en h'rance, le futur Réformateur ne songeait pointa sadiesser au souverain ; il ^ oulait seulement écrire un livre de piété pour les Français. C'est dans ce dessein, déclare-t-il, qu'il accommoda la première Inslilntion à la plus simple foruie d'enseigner (pi'il lui h\t possible de réaliser. Mais (( la fureur d'aucuns iniques » s'étant élevée, il lui parut expédient, dit-il au roi. de faire servir ce présent livre, u tant d'instruction à ceux, que premièrement j'avoye délibéré d'enseigner, que aussi de confession de foy envers toy : dont tu congnoisses quelle est la doctrine, contre laquelle, d'une telle rage, furieusement sont enllambez ceux qui par feu et par glaive troublent aujourd'huy ton Royaume ».

3l8 GRANDS ECRIVAINS DE LA RENAISSANCE

Ecoutons maintenant la déclaration décisive de la Préface mise par Calvin en tète de son (Joinmenlaire sur les Psaumes, publié en i558 : « ...Cependant que je demouroye à Basic, estant là comme caché et cognu de peu de gens, on brusla en France plusieurs fidèles et saincts personnages, et... le bruit en estant venu aux nations estranges, ces bruslcmens furent trouvez fort mauvais par une grande parlic des Allemans, tellement qu'ils conceurent un despit contre les autheurs de telle tyrannie : pour lappaiser on feit courir certains petits livres mal-heureux et pleins de mensonges, qu'on ne traitoil ainsi cruellement autres qu'anabaptistes et gens séditieux, qui par leurs resverics et fausses opinions renversoyent non seulement la religion, mais aussi tout ordre politique. Lors moy, voyant que ces pratliqueurs de Cours par leurs desguisemens taschoyent de faire non seulement que l'indignité de ceste effusion du sang innocent demeurast ensevelie par les faux blasmes et calomnies desquelles ils chargeoyent les saincts martyrs après leur mort, mais aussi que par après il y eusl moyen de procéder à toute extrémité de meurtrir les povrcs fidèles, sans que personne en peust avoir compassion, il me sembla que sinon que je m'y opposasse vertueusement, en tant qu'en moy estoit, je ne pouvoye m'excuser qu'en me taisant je ne fusse trouvé lasche et desloyal. Et ce fut la cause qui m'incita à publier mon Institution de la religion chrétienne : premièrement à fin de respondre à ces meschans blasmes que les autres semoyent, et en purger mes frères, desquels la moit estoit précieuse en la présence du Seigneur : puis après afin que dautant que les mesmes cruautez

JEAN r\L\IN OI(>

pouvoYcnl bien losl après estie exercées contre beaucoup de povres personnes, les nations eslrangics fussent pour le moins toucliées de rpielque compassion et solieilude pour iceux. Car je ne mis pas lors en lumière le livre tel qu'il est niaiiilenanl, copieux cl de grand labeur, mais c'esloit seulement un petit livret {brève enchiridion) contenant sommairement les principales matières: et non à autre intention, sinon alin qu'où fust adverti quelle foye tenoienl ceux lesquels je voyoye que ces mescbans et desloyaux flatteurs diftamoient vilenement et mal-beureusement '. »

Ainsi, donner aux fidèles un traité de l'hilosopliie chrétienne qui distinguai la croyance protestante de tout ce qui n'était pas elle, et en même temps défendre ces mêmes fidèles en prouvant la dignité de leur caractère et la légilimilé de leur foi, tel fut finiilcincnl le doulile but de la (première Institution. L'un dérivait d'un dessein prémédité, l'autre de circonstances qui se rattachaient à la ])olitique intérieure et extérieure du gouvernement royal.

Fail remarquable, qui prouve éloquemment la continuité de la pensée religieuse du Réformateur français : de lôliG à i.'iO^i, date île sa mort, la doctrine de Vfns/i/iilion n'a guère changé. « De pelile ébauche qu'il avait été d'abord, le chef-d'œuvre de Calvin a fini par devenir un gros volume. L'esquisse toute populaire se changea en savant système et pourtant à Irtivers toutes ces métamorphoses, qui ne laissèrent pas une seule page absolument intacte, l'idée, la conc«'ption Ihéologique est restée la même»

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