‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 83 sur 95 · Ibid., p. xLii · texte numérisé non relu

Ibid., p. xLii

rer à Bàle puis à Strasbourg. On n'a pas à raconter quels événements remplirent la \iv de l'exilé pendant son éloigncmenl ([ni dura jnsfjn'an i.'îsopleuibre i.')'!!. Ce fut durant cette période cjue le Uéformalcnr lit paraître à Strasbourg, au mois d'août ioSq, une seconde édition latine, revue avec soin et sensiblement augmentée, de son InstilatiouK Sans doute, ce nouveau texte, (pii maintenait les principes essentiels développés en i53(i, ne léalisait [)as encore la peiTection dans l'arrangement logicpic des matières à laquelle l'édilion de k)5() devait atteindre, maison s'accorde à reconnaître cependant que, dès ce premier H'emaniement, l'exposé doctrinal de VInslilalion avait conquis sa foime définitive-. L'o'uvre gagnait en amplem- ; elle témoignait d'une plus haute maturité d'esprit, d'une compréhension plus nette et plus sûre des croyances dont le nom de Calvin devait rester désormais inséparable. Suivant le mot d'un biographe récent, le théologien donne maintenant toute sa mesure, lin commerce assidu avec les Pères lui fournit les moyens de mettre en lumière de nouveaux arguments. Ses attaques à l'égard des philosophes deviennent plus fréquentes.

1. Voy. sur la prt/paration de celle <';ililinii, lloruiinjard, l. IV, p. ao8, 211 ; t. V, p. iS/i, 3 11, 3î7, 287 et t. \'I, 37 ; — et Doumerguc, Calvin, l. IV, p. a-3.

3. Il csl assez pi(iijaiil de coiistaler, à ce [)r(jpos, combien librement le Kéformalfiir jii;;ea, après rc remaiiiemenl, le premier état «le son oeuvre. Aux formules qiiel(|iie peu prétentieuses ajoutées par les imprimeurs sur le titre de la première édition. Calvin répondit par ce passape de la seconde édition : « (^onime je ne m'attendais nullement au succès (jue Dieu, dans sa bonté, a accordé à la première édition de «et ouvrage, je n'avais pas ajiiiorté beaucoup de soins dans la rédaction de la plupart île ses parties, ainsi <pie cela arrive ordinairement (juand il s'ayil d'écrits de peu d'iin[>i)rlance... )■

3a6 GRANDS ÉCRIVAINS DE LA RENAISSANCE

Eli même temps, son style latin devient plus coulant et plus châtié. Toutefois, des additions et remaniements si nombreux n'allèrent point sans nuire quelque peu à la simplicité et à la clarté du plan général. L'ordre naturel des choses se trouva, par endroits, moins satisfaisant peut-être.

Nous ne pouvons insister ici sur les divisions ou chapitres qui se trouvaient notablement augmentés puisque leur nombre passe de 6 à 17. Deux chapitres nouveaux, consacrés à la connaissance de Dieu et de l'Homme ouvrent le volume. Les pages relatives à la chute et au péché qui formaient le début en i536 sont reportées au troisième chapitre. Une telle disposition réalisait nii grand progrès puisqu'elle présentait, ainsi qu'on l'a dit plus haut, l'histoire de l'humanité comme une sorte de drame grandiose. La condition première de l'homme et les conséqpiences de la chute étaient exposées avec un relief singulièrement plus saisissant . Calvin précisait , d'autre part, la distinction entre la théologie naturelle et la révélation. Il fondait l'autorité finale des Saintes-Lettres sur le témoignage antérieur du Saint-Esprit, assurant le lecteur que c'est Dieu luimême qui s'y fait entendre ; l'élection et la réprobation, proclamées avec énergie et démontrées avec détail, étaient données comme découlant de la parole révélée. L'ouvrage s'achevait par une sorte de traité entièrement nouveau sur la vie de l'homme chrétien, l'une des plus émouvantes parties de ce magnifique ensemble.

De cette édition de ijSq, il existe deux litres, l'un, destiné à la France où les mots aiithore Joanne Calvino étaient remplacés par aiithorc Alcuino : c'est ce

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tlernior litre qui so trouve visé dans l'arrèl du i ' juil let ir)'|2,fiui condamne Vlnstilulion latine de ir).3()ct la traduction française de i.")'»!.

V propos fie celte seconde édili<jii. une remarque curieuse du Jean Oïlvin de M. E. Dounicrg-ue nu'rilo de nous retenir un instant : u Les livies. dit-il (1,593), sortis des presses allemandes, so publiaient et se débitaient au moment des foires de Francfort, lesquelles se tenaient au printemps et à l'automne de cliaque année. De là >i('nt (pic prestjue tous les ouvrages finissent d'être imprimés en février et mars pour la foire du piinlemi)s. ou bien en août et septembre pour la foire d'automne, l ine attestation curieuse de t;e fait nous est fournie par l'histoirc de la seconde édition de Vlnstilulion elle-même. En janvier i53(). Calvin écrit à l'arel : « Pendant que je croyais être siii- que l'édition de mon livre se prépa rail, voici fjuoii me renvoie mon manuscrit tel que je l'avais envoyé. Il faut donc l'ajourner à la seconde foire {in altéras mindinus). h En eifet, le livre parut en août 1639, chez Rihcl, à Strasbourg. Or, ce qui arriva certainement pour la seconde édition se passa sans doute aussi pour la première. Lorsque Calvin donna son manuscrit à l imprimeur, après le 23 août 153."). c'était trop tard. On ne pouvait plus l'imprimer poui- la foire d'automne : on le renvoya à la foire du |)rinlemps de i536. 0 Ces particularités attestent l'utilité que présentent les dates des foires de Lyon et de Francfort, au xv!*" siècle, pour aider à fixer le moment de la mise en vente d'une foule d'ouvrages notoires de cette époque '.

I. On ne saurait Irop insister sur l'importance des dates des grandes foires de Lyon et de Francfort en ce qui touche l'époque de

l'édition de i5/ii. raisons de sa publication.

Aussitôt rentré à Genève, en septembre i54i, le Réformateur dut s'occuper de l'achèvement de la traduction de son Institution, commencée, selon toute vraisemblance, à Strasbourg, pendant son exil ; il la publia avant la fin de l'année, en un petit volume in-8'\ qui ne porte ni nom de lieu ni d'imprimeur. Comme nous en avons publié récemment la reproduction avec un fac-similé du titre et de huit pages, il suffira de dire ici que ce volume comprend 22 feuillets liminaires non numérotés (A-E) * ; le texte est donné en quatre alphabets et onze feuilles (a-z ; A-Z ; Aa-Zz ; AAa-ZZz ; AAaa-LLll) ; la feuille est de 8 pages à fio lignes, les deux dernières pages en blanc, ensemble 822 pages numérotées.

L'impression paraît plutôt négligée : les caractères sont petits, assez fatigués ; l'alignement n'est pas irréprochable. Seule, VEpistre du Roy, par son impression beaucoup plus soignée au point de vue de la beauté des caractères comme à celui de l'arrangement, fait exception et rappelle les chefs-d'œuvre de typographie du xv!*" siècle.

publication des livres de ce temps et même la correspondance entre lettrés. Nous avons eu l'occasion de montrer récemment tout le parti qu'on peut tirer des foires lyonnaises pour fixer le moment de l'apparition des premiers ouvrages de Rabelais. On trouvera cité dans notre article (/îeyue des Études Rabelaisiennes, igu, i" fasc.) : Sur les dates de publication du Pantagruel, un texte important emprunté à Calvin lui-même. 11 serait aisé de multiplier les faits de ce genre, 1. Le titre de cette nouvelle édition sera cité plus loin.

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Noire édition ayant suivi la disposition de l'origi nal page pour page, et même assez souvent ligne pour ligne, il est inutile de fournir de plus amples détails sur l'ordonnance matérielle du volume puisqu'on la retrouvera fidèlement reproduite dans notre réimpression et que la série de nos fac-similés pourra en donner, en outre, lidée la plus exacte.

D'après une conjecture formulée par les éditeurs des Calvini Opéra, Vliislilation française de i5/ii serait sortie des j)rcsses d'un imprimeur appelé Michel Du Bois, cjui pratiqua son art à Genève à partir de l'automne i.").')!) et ([ui était oiiginaire de Villers-en-Artliies, bourg situé non loin de Manies. Michel Du Bois avait <léjà publié la première œuvre française de Calvin olTrant un caractère littéraire, nous voulons parler de sa célèbre « Response » au Cardinal Sadolel, qui, par son style alerte cl incisif, le sacra écrivain K En i5'|i, îe même Du Bois publia le Petit traie lé de la Saincte Cè«e de Calvin '. Mais, contrairement à l'hyjjothèse formulée par MM. Bauni, Cunitz et Ueuss, ce personnage ne doil pas être considéré comme l'imprimeur de VInstitulion de i5/n 2. En effet, une série de comparaisons neuves et probantes a permis tout récemment à notre collaborateur M. .lacquesl'anniei" fie découviir le nom du véritable éditeur.

Ce dernier nesl autre que Jean Gérard, qui im-

I . Ei>islrc de luques Sudolcl (Janliiuil, envoyée au Séiial et Peuple de Genève par Imjuelle il lasclie le réduire soub: la puissance de rEvestjUc de Ronvnr, avec In Response de leluin Calvin : translatées du Latin eu Franroys. Imprimé à (iciùv.^ par Mirhel Du IJois. MDXL (Réiiiipr. Kick, (iciièvc, 181J0).

■j. Oii trouvera dans la réédition du Catéchisme français de Calvin donnée par MM. Killiet et Dufour (iXy'i). P- ci-xxxis ctsuiv., d'utiles rcnseignemorils sur Michel Du Hois.

33o GRANDS ÉCniVAINS DE LA RENAISSANCE

prima par la suite quatre autres éditions de Vlnstitu- //o«), notamment les seconde, i543, troisième, i55iet quatrième, i55o, du texte français), et précédemment la Bible française de i54o, à laquelle Calvin, absent de Genève, ne prit probablement aucune part. Fait curieux et ignoré jusqu'à présent, ce fut donc au même imprimeur que le Réformateur confia les quatre premières éditions françaises de son Institution * .

Il est aisé de constater que le texte français suit de très près et même calque à beaucoup d'égards le texte latin, rendant l'original de loSg phrase pour phrase et avec une telle fidélité, qu'il risque de devenir obscur en certains endroits pour le lecteur peu familiarisé avec la construction latine. Jusqu'au XII" chapitre inclusivement, lequel traite de la Sainte Cène, aucun changement n'est à relever. Mais à la suite de celui-ci, figure immédiatement le seizième de l'original, intitulé : Des cinq autres cérémonies qu'on a Jaussemenl appelées Sacremens . . . C'était là un changement heureux, qui donnait plus de régularité au plan de l'ouvrage et améliorait la disposition des matières. Cet arrangement parut si rationnel qu'il fut conservé dans toutes les éditions postérieures. Après cette inlercalation, l'ordre de iSSg reste suivi avec les chapitres de la Liberté chrétienne, de la Puissance ecclésiastique et du Gouvernement civil. Le chapitre XYII et dernier : <( de la Vie chrestienne » , porte la même numérotation en i539 et en i54i.

Il existe une édition séparée de VEpislre au Roy\

i. La démonstration de celte intéressante identificalion sera faite par M. Pannier dans un l'asciciile complémentaire de notre éilitioii.

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imprimée avec les mêmes earactcM'es, mais qui uv constitue pas un simple tirage à part. On y trouve quelques petits eliauirciiieiils dans le le\le et des mo(lilicalif)ns lyp<);L;iaplii(pi('s. I^lle ne contient nalurellcmeiU ni 1' u Vi-nfumenl du présent livre », ni le « Snminaire et hrief recueil des piineipaux poinctz et chapitres... .). D'après une noie ohlif^^eamnient fournie par M. Théopliilc Dufour. il existe trois exemplaires de celle plaquette actuellement connus : i" celui de la colleclion CaifTc-Slrœhlin ; 2 " celui de la Stiidl-l>il)liolliek de Zurich : o celui de la Bihliothèque nalionale de Paris, coté Ld'"" lo'ii. La collation du le\te de tô\i aACCcet exemplaire a été laite jxirM. }*annier: nous puhlieronsdans notre troisième volume toutes les différences relevées.

Il n'est pas besoin de longues considérations pour exj)liquer les raisons «iénérales et parliculièies qui ont conduit le Réformateur à préparer la liaduction de son traité dogmatique. «Désirant de communiquer ce qui en pouvoit venir de fruicl à notre nation françoise. l'ay aussi translaté en notre langue >i. d(''claie-t-il dans V Argument qui ouvre le texte de i.")'!!. Nid n'ignore combien la Réforme, dès son apparition dans le monde, favorisa avec ardeur les traductions des textes de la Bible, et avec quelle continuité d'efforts elle s'appliqua en môme temps à accroître la part des langues vulgaires dans la vie religieuse de ses Kglises et de ses fidèles. Dès ir>i5, du reste, avant Luther, Erasme avait proclamé que la doctrine de Jésus pouvait être comprise du peuple comme des théologiens, et (pie ceux-ci ne le privaient de celte lecture (juc pour se réserver le rôle d'oracles. Le Héformateur de AYittembcrg comprit

de bonne heure toute la portée de la question et donna coup sur coup, tant par la publication de nombreux ouvrages en allemand que par l'adoption de la même langue pour les actes du culte, une impulsion puissante au progrès général, en pays protestant, de l'idiome vulgaire. La cause de ce dernier se trouva ainsi rapidement associée à celle de la révolution religieuse. En France, un mouvement analogue se produisit de bonne heure tant dans les groupes protestants que chez les amis des idées de réforme. Lefèvre d'Etaples, Briçonnet, Caroli, parmi ces derniers, agirent résolument en faveur d'un emploi aussi large que possible de la langue française dans la vie chrétienne. On commença à répandre dans le peuple les traductions des textes sacrés, contrairement aux conclusions de la Sorbonne et aux avis de quelques personnages influents. Certaines de ces publications eurent même l'appui du roi dont on sait la tendresse pour la langue nationale. Nombre de traductions des ouvrages des réformateurs allemands, de ceux de Luther notaminent, accrurent encore, dans les milieux réformés, la vogue fort explicable du parler maternel applique aux choses saintes. Farel, Berquin et un peu plus tard Olivetan, cousin de Calvin, travaillèrent à cette expansion du français dans le domaine spirituel. Mais il faut reconnaître que l'auteur de Vlnslilulioii a fait plus que personne en son temps pour accroître à cet égard le prestige de notre idiome et assurer son triomphe en tant qu'organe de laclivité religieuse des protestants de langue française. Observons encore que, dans l'ensemble, le mouvement de la Renaissance a eu pour résultai, en France, de favoriser

JKAN <;alm\ oo.>

siiigiilièremoiit les destinées de la langue nationale, au (Irhitncnt du latin, dans les seiences médicales et niallié!Mali(|U('s. dans la philosophie et dans les sciences nioiales et historiques, aussi hien (|uc dans la littérature pioprement dite.

(Jraee à la situation prise par (ïalviii, u grâce aussi à sa valeui- propre. Vfnsfifufion. écrite dans une langue si voisine de notre langue scienlilique (ju'elle semble avancer de cent ans sur la plupart des ouvrages contemporains, eut un immense retentissement, et il est hors de doute que la nécessité de répondre à Calvin cl au\ autres protestants dans un idiome qui lut. comme le leur, compris de tous, contribua puissammcml à l'aire accepter le français, même des théologiens catholiques* ».

l'inti;udi(:tio.\ de l' «i institution »

LE MVUE EST BUÛl.É.

Le i" juillet lJ'i!^ un arrètdu Parlement de Paris - ])rononça la suppression et l'interdiction du texte latin et du texte français de VfnslUation chrétienne. Il n'est pas doiiteux que la publicîition en langue vulgaire de l'ouvrage de Calvin ait été la cause occasionnelle de cette condamnation. Tant que le livre

I. F. l?riinol. //i.s7. de ta langue frniiç., t. II, p. l'i-iâ.

!. Arcllivcs nationale*, X-"ij-<, rcj^istre criminel du Parlement de Paris pour l'année lâ/ia. Cet arrêt, publié pour la première foi par M. N. Weiss dans le liull. de In Soc de l'Iiist. du protest, fraiir., i88i, p. i5 et suiv., a été reproduit, depuis, à diverses reprises.

n'avait été répandu que sous sa forme latine, on ne s'était pas occupé de le poursuivre. Le texte qui nous fait connaître cette prohibition présente, à divers égards, le plus haut intérêt. Il contient, en effet, une véritable ordonnance fort détaillée, et remarquablement rédigée, sur l'impression et le commerce des livres tant à Paris que dans le rest« du ressort du Parlement. La Cour constate « qu'il s'est trouvé que, en tous livres, mesme de grammaire, dialectique, médecine, de droict civil et canon, et mesme en alphabetz que l'on imprime pour les petitz enfans, sont nouvellement imprimez quelques postilles, préfaces, argumens ou epistres liminaires contenans aulcunes erreurs de la secte luthérienne pour tousjours plus publier leur maulvaise et damnée doctrine de ceulx qui sont de ccste secte luthérienne et en imbuer de jeunesse les enfans pour à jamais leur sentir dcsd. erreurs et y persévérer toute leur vie... » L'arrêt indique ensuite comment se fait, en France, la propagande des « livres erronés, blasphém[atoirejs et lierec tiques ». Il expose « que l'on apporte en ceste ville de Paris plusieurs livres imprimez en Alemaigne, Lyon ou ailleurs contenans doctrines erronées et blasphèmes contre la foy catholicquei), remarque qui, par parenthèse, explique que les livres de Rabelais aient d'abord vu le jour, impunément, dans la grande cite lyonnaise. Sous peine des derniers châtiments, les détenteurs devront apporter au greffe criminel de la Cour « tous et chacuns les livres qu'ilzont devers eulx contenans aulcunes doctrines nouvelles, luthériennes et aultres contre la foy catholicque et doctrine de notre mère saincte église, et entre autres un Livre intitulé

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Instilutio religionis clirisliana* aulhorc Alcuino, et en Iangaii;(> vul^Mire, riiistiliiliori de la relif(ion chreslieniic coni|)osée par Jelian Calvin ». Le livre du Réformateur français est le seul qui soil nommément cité au cours de cet arrèl d'une portée absolument générale, véritable code de procédure à l'égard des livres suspects : c'est indi([uc'r quelle significalion exceptionnelle lui attribuaient les magistrats du Paileincnt parisien. Ce n'est pas le lieu d'insister à cette place sur la sthie des mesures prises par la Cour suprême à l'égard des livres de toute nature susceptibles de renfermer des doctrines hérétiques. Qu'il nous suffise de constater que Clnslilidion de i54i, par son retentissement et j)ar le fait même qu'elle atteignait un public beaucouj) plus étendu que l'édition latine, a été le jjoint de départ et le prétexte de toute une organisation minutieuse qui atteste àquel point la difl'usion du récent chef-d'œuvre de l'écrivain français avait lerulu de nouvelles précautions nécessaires. Il est donc certain que le livre que nous étudic^ns ici a marqué une date décisive dans l'histoire de la lutte c<»ntre les publications hétérodoxes.

Glace à une découverte de .M. N. Weiss', nous connaissons le nom et la destinée du libraire colporteur ([ui réussit à introduire en France et à vendre à Paris les deux éditions de Vlnslllulion. Il s'appelait Antoine Lenoiret venait de Genève, après avoir passé par Anvers. Condamné à faire amende honorable dans la forme ordinaire devant le jx)rtail de Notre-Dame de Paris, puis en la ville de

1. Bull, de la Soc. du protesL fr., f. \I,Ii, iSgS, p. 5^8 et suiv.

Saint-Quentin ' « devant la principalle porte de la principalle église dudict lieu ». il fut banni du royaume à perpétuité, en vertu d'un arrêt du Parlement daté du I" juillet, comme le précédent. Les exemplaires saisis des deux éditions de VlnstituUon furent brûlés au parvis Notre-Dame '-.

Les états successifs de l u Institution ».

Le texte latin de i543, qui a succédé au texte français de 1 5^1, était augmenté d'environ un cinquième; il comprenait 21 chapitres au lieu de 17 ; on y relève plusieurs transpositions heureuses. A ce texte correspond la traduction française de i545, assez rare, et dont on connaît une douzaine d'exemplaires, — l'un d'eux se trouve dans notre collection — outre quatre autres incomplets, En i55o, nouvelle révision, rééditée en i553 et lôS/i, et traduite en français en i55i ; elle est augmentée de trois paragraphes nouveaux sur la résurrection de

1. Comme « plus procliaine ville royale, de l'issue de ce royaume du côté d'Anvers ».

2. L'Instilution chrélicnne a été probablement le livre protestant français qui a été, si j'ose dire, traqué de la manière la plus continue et la plus rigoureuse. C'est ce qui explique que beaucoup de ses éditions soient devenues si rares. Certains des exemplaires les plus recherchés qui subsistent aujourd'hui ont connu des destinées sinpfulières. On en a retrouvé jusque dans des étables ou des poulaillers oîi les fidèles protestants les avaient cachés pour les faire échappera une surveillance incessante ; tel de ces volumes y est resté enfoui pendant de longues années.

JEAN CALVIiN ÔÔy

la chair. L'édition française de i5,")i, dont nous possédons un exemplaire, est une des plus belles im[)ressions du milieu du \vi" siècle ; la justificatiijn en est des plus heureuses et le format des mieux réussis. Peu de livres réformés se présentent sous un aspect plus séduisant.

En i.jÔQ, nouvelle révision, « augmentée de tel accroissement, dit le titre, qu'on la peut presque estimer, un livre nouveau », et divisée en quatre livres, divisés à leur tour en chapitres et en paragraphes. Il s'agissait en réalité d'une véritable réorganisation de toute la matière. La traduction française parut en i.")()o; c'est le texte reçu jusqu'à j)résenl.

Les savants éditeurs des Opéra ont divisé avec raison en trois familles les 2'i éditions de VInslitniion publiées du vivant de Calvin : la première famille représentée par le petit manuel de i.")36 ; la troisième donnant la rédaction définitive en quatre livres, publiée pour la i)remière fois en i55g et reproduite dans toutes les éditions postérieures; enfin les éditions intermédiaires, analogues à la première par l'absence dune division strictement systémalique, mais se rapprochant de la dernière par une richesse croissante des matériaux. Cette seconde famille se subdivisait encore en trois catégories, distinguées l'une de l'autre par les additions plus ou moins considérables, introduites successivement. Pour bien faire connaître les rapports existant entre l'original et la traduction, laquelle a suivi le développement de l'ouvrage à mesure qu'il se poursui\jiit, il convient donc d'établir simultanément une classification analogue des éditions françaises.

Première famille : Édition latine de i53G ; il n'en existe pas de traduction.

Seconde famille.

Première révision : Édition latine de iSSq ; traduction de i54i.

Seconde révision : Édition latine, de i543 (répétée en i5/i5) ; traduction de i545. UEpître aa Roi n'a pas été remaniée d'après le latin de i5/|3 qui contient plusieurs changements et additions notables ; elle reproduit dans l'ensemble le texte de i54i.

Troisième révision : Édition latine de i55o (répétéeen i553et i554) ; traduction de i55i* (répétée en i553, i554 et lôoy).

Troisième famille : Rédaction définitive, édition latine de iSSg (répétée en i5Gi deux fois) ; traduction de i56o (répétée en i56i deux fois, en 1662 trois fois, en i563 et i564). Cette rédaction définitive est divisée en 4 livres. On n'a pas à s'occuper ici des éditions publiées après la mort de Calvin.

I. Celte édition, dont nous possédons un exemplaire, manque à la plupart de nos grandes bibliothèques. On ne la trouve ni à la Bibliothèque Mazarine, nia celle de la rue des Saints-Pères. Les rares exemplaires que nous en connaissons méritent d'être cités comme de remarquables spécimens de la typographie genevoise du milieu du xvi' siècle. Ils font grand honneur à l'imprimeur Jean Gérard, dont on vient d'apprendre le rôle dans la publication de l'édition de i5'n.

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