NOTRE ÉDITION. COMMENT ELLE A ETE REALISEE
Quoi quil en soit, ainsi que l'ont reconnu déjà les éditeurs du Corpus et M. Lan son, « non seulement le texte de i56o n'est pas celui qui marque un soudain et considérable gain de notre langue et de notre littérature, mais, littéralement, il est inférieur au premier et authentique texte de i5/ii »• Le second ajoute à cette déclaration : « Le texte de i5Go, considéré comme « premier monument » de l'éloquence religieuse des temps modernes, est un document faux, bien qu'il soit de Calvin, le texte de jô/ji seul est vrai. Le texte de i56o est sans valeur historique ; tout ce qu'on dit de l'influence de Calvin sur la littérature se rapporte au texte de i5/(i- Le texte de i56o est, littérairement, inférieur ; le texte de i54i a la forme d'un chef-d'œuvre. Le texte de i56o est incohérent et disparate ; il contient sept chapitres (liv. I, ch. î à 7), qui sont du Calvin de i56o ; toutes les additions [traduites] du texte latin de loSg sont aussi du Calvin de i56o ; là dedans s'insère et
I. Sur les adverbes en ment, on peut consulter utilement le relevé très consciencieux de M. H. Vaganay dans les années igoS et suivantes de la Revue des Etudes rabelaiaiennes.
38o GRANDS ÉCRIVAINS DE LA RENAISSANCE
s'éparpille la version de i54i ; le Calvin de la première manière et le Calvin de la dernière manière s'amalgament confusément ; et, pour achever le désordre, une foule de corrections passent en quelque sorte une couche du style de i56o sur les morceaux de i54i, ce qui n'empêche pas que sous le badigeon ne reparaisse la couleur primitive du vieux langage. Au contraire, la version de lo/ji est homogène, toute d'une venue, d'une parfaite unité de ton et d'allure... Il est inadmissible que l'on continue à liic un ouvrage de cet ordre dans un texte, non pas inauthentique, si l'on veut, mais informe et, en somme, faux pour l'usage qu'on en fait. »
11 nous a donc paru qu'une réimpression fidèle du livre de i54i rendrait un service véritable aux lettres françaises. Ayant eu l'occasion, il y a quelques années, de faire une série de conférences sur Calvin écrivain à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, je me suis décidé à entreprendre ce travail '. Une personne qui, par une modestie singulière et infiniment touchante, que Calvin eût admirée, m'a demandé de ne pas imprimer son nom, s'est vouée à la tâche si longue et si délicate que représentait la copie intégrale de l'édition de i5/|i. Exécutée avec une conscience et une fidélité remarquables, cette copie, qui a demandé plusieurs années de labeur, a servi de base à l'impression de notre texte. Deux
1. Une première leritative avait été faite antérieurement, sur Tinitialive de M. Matliias Morhardt, du journal Le Temps, pour trouver les ressources matérielles nécessaires à la réalisation d'une réédition dont le soin m'était conlié. Un comité fut même formé, mais le projet n'aboutit pas. — On trouvera dans VAiiruiairc. de l'École pratique des Hautes Études (Section des sciences histor. et philol.), années 1907 et 1908, le plan de ce cours.
auditeurs dos plus distingués de ma Conférence d'Histoire littéraire de la Renaissance, M. Henri Châtelain, agrégé, docteur es lettres, professeur à l'Université de Birmingham, et M. Jacques Pannier, pasteur, docteur es lettres, ont bien voulu se charger de la correction des épreuves avec un dévouement auquel je ne saurais trop hautement rendre hommage. Ils ont donc assumé la responsabilité de la reproduction complète du texte de Calvin, page pour page S suivant un certain nombre de règles que j'ai cru devoir adopter et dont on trouvera le détail dans les Notes et index typographiques , rédigés par M. Châtelain qui terminent notre réédition -. Une série de réunions tenues pendant la durée du travail et une certaine quantité de pages révisées en commun, nous ont permis de rester en contact et de grouper plusieurs observations intéressantes. M. .Jacques Pannier a ajouté à l'édition un Résumé analytique des matières contenues dans V « Ins~ iitulion », rédigé avec un soin extrême, et qui donne en quelques pages, pour l'utilisation du livre de Calvin, un instrument de travail et de recherche dont on n'avait pas l'équivalent.
Nous réservons pour un troisième fascicule, qui paraîtra dans quelque temps, une réunion d'études
î. Les abréviations du texte original rendaient dinicile une reproduction ligne pour ligne. En résolvant les al,>réviations, en imprimant les j et les v, nous avons cherché à rendre notre texte plus facile et plus agréable à lire.
2. En voici le titre exact : Jean Calvin. Insliltilion de In religion chreislieniie. Texte de la première édition française (i5'|i), réimprimé sous la direction de Abel Lefranc... par Henri Châtelain... et Jacques Pannier... a vol. gr. in-S° de .of)-xiii. — 8/ii pages avec 9 fac-similés. Paris, Honoré Champion. (Ces volumes forment les fascicules 176 et 177 de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études).
relatives à ï Institution et à son auteur : glossaire, étude sur le vocabulaire et sur la syntaxe de Calvin et sur les caractères de son style ; sur le véritable imprimeur de V Institution ; comparaison de Vlnstitution avec les ouvrages théologiques antérieurs ; étude comparative sur les différents textes de V Institution : l'évolution de la pensée religieuse du Réformateur à travers son principal ouvrage ; le plan de V Institution au point de vue de la forme littéraire et du développement de la pensée de Calvin : étude psychologique sur Calvin : la diffusion de ses livres au xvi'' siècle, etc.
Nous espérons donner aussi, dans notre troisième fascicule, les sept premiers chapitres de i56o, outre la concordance des quatre recensions françaises de y Institution^ avec les variantes des passages communs aux textes de i54i et de i56o et des extraits du texte latin de iôSq, destinés à montrer comment l'expression latine, suivant une heureuse comparaison, est en quelque sorte l'échelon qui permet au français d'atteindre la hauteur de la pensée religieuse.