Cf. notre Uist. du Coll. de France, p
2. On n'imagine point la violence des polémiques qui furent dirigées contre lui, vers 1567 ; on peut en juger, parmi beaucoup d'autres, par la brochure intitulée : In Pétri Fînini insolenlissimum decanatuin gravissimi cujusdam oratoris Philippica secunda (Paris, 1667, 8°, Bibl. Nat, L. n'^^, ii^5j). Duret en est l'auteur probable.
4o4 GRANDS ÉCRIVAINS DE L.V RENAISSANCE
procès-vcrbal de 1667, et notamment sur le principal intéressé et sur sa famille.
Le premier signataire est Louis Duret, professeur de médecine. Nommé en remplacement de Goupyl, il venait d'entrer dans la corporation. Il fit à Ramus l'opposition la plus malveillante et la plus injuste. On croyait jusqu'à présent qu'il n'avait exercé qu'à partir de i568 ; notre document montre qu'il faut avancer son entrée d'au moins une année. Il mourut le 22 janvier i586, à l'âge de cinquanteneuf ans.
Jacques Charpentier occupe la seconde place; il est piquant de le voir siéger comme juge dans un examen qu'il avait su esquiver pour son propre compte. Docteur en médecine, il fut nommé en i566 et mourut le i" février 1574. On connaît son rôle odieux dans l'assassinat de Ramus, lors de la Saint-Rarthélcmy.
Quant à Ronsard, on sait qu'il n'a jamais appartenu au corps enseignant du Collège. La présence de l'illustre poète dans le jury s'explique sans peine par son exceptionnelle compétence dans les littéiatures antiques et aussi par le fait de son intimité avec Dorât, qui fut, au Collège de Coqueret, le maître de grec des membres de la Pléiade. Les disciples de ce dernier lui demeurèrent toujours reconnaissants de leur initiation à l'hellénisme, véritable point de départ de leur carrière poétique.
Après l'élève, le maître. Dorât ne se gêne nullement pour célébrer les mérites de son gendre, faisant entendre que s'il l'a fait entrer dans sa famille, c'est qu'une valeur hautement reconnue avait rendu cette décision toute naturelle. Jean Dorât {alias Dine-
LA PLÉIADE AU COLLEGE DE FRANCE 4o5
mandi) appartint à l'établissement de i556 à iSôy, comme professeur de grec, et mourut en i588. Il se montra toujours hostile à Ramus et publia même contre lui des vers assez médiocres.
Remy Belleau intervient dans l'examen au même litre que Ronsard, c'est-à-dire comme helléniste et comme membre de la Pléiade ; il ne fit partie en aucun temps delà compagnie des lecteurs.
Léger du Chesne exerça les fonctions de professeur d'éloquence latine de i565 à i586. Ses commencements avaient été dilTicilcs. Il était de ceux que l'enseignement des premiers lecteurs royaux avait sauvés, vers i53o, de la routine et de l'ignorance — nous le savons par son propre témoignage — en leur révélant les sources mêmes des sciences, les auteurs originaux, et non plus des intermédiaires ou des commentateurs. Platon, Xénophon, Démosthène et IHolémée vinrent heureusement supplanter les Philelphe, les Bavius, les Mœvius et les Chaîrillus. Comme Dorât, Léger du Chesne eut pour successeur, dans sa chaire, son gendre Fédéric Morel, philologue de grande valeur, imprimeur ordinaire duRoi pour l'hébreu, le grec, le latin et le français, charge que son père avait déjà remplie.
Jean Antoine de Baïf figure également comme helléniste et comme poète, sans qu'un lien officiel l'ait jamais rattaché à l'établissement.
L'énumération ne saurait mieux se clore que par Denis Lambin, professeur royal de grec de i56i à 15-3, l'une des figures les plus nobles et les plus doctesde notre vieux collège, pendant le xvr siècle^.
ï. M. Henri Potez a entrepris une biographie de Lambin, qui promet d'être définitive.
4o6 GRA>DS ÉCRIVAINS DE LA RENAISSANCE
Adversaire de Charpentier, il soutint fidèlement Ramus, en particulier dans l'affaire des examens.
Quant au candidat, Nicolas Goulu, il fut nommé par brevet du roi en date du 8 novembre 1667. ^^ était originaire du pays chartrain, probablement de Gallardon, et fils d'un vigneron. Professeur convaincu, il donna son enseignement pendant de longues années avec un zèle irréprochable. Il avait coutume de dire, en jouant sur les mots, qu'un professeur royal ne devait pas seulement demeurer dans sa chaire, mais y mourir : oportet regîum pro- Jessorem in regio suggestu non solum immorari, sed etlam immori^. Et il joignit l'exemple au précepte, car étant tombé en syncope comme il descendait de sa chaire, il fut emporté chez lui et y mourut le jour même, âgé de soixante et onze ans (1601). Il fut inhumé dans l'église Saint-Benoît, toute proche du Collège royal, où d'autres membres de sa famille trouvèrent également leur sépulture. Son beaupère. Dorât, auquel il servit une pension jusqu'à sa mort, demeurait aussi dans le voisinage; il mourut dans le cloître Saint-Jean de Latran, à quelques pas de Saint-Benoît.
La liste des ouvrages de N. Goulu est assez fournie. Nous donnons l'indication sommaire des principaux :
1. Oratoriœ facultatis Brève compendium, ex Cicérone et Quintiliano colleclum. Cologne, lôôg, in-8.
I. Bibliothèque chartraine antérieure au xix' siècle, par M. Lucien Merlet, archiviste d'Eure-et-Loir. Orléans, H. Herhiison, 1882, in-8° (extrait des Mémoires de la Sociétc archéologique el historique de l'Orléanais), pp. 202-20i.
LA PLÉIADE AU COLLÈGE DE FRANCE l^Q-J
2. In Ciceronis doclrinam iopicam Brevis Commenlatio ex Aristotele et aliis. Paris, i56o, in-4.
3. Epitome in nniversam Ciceronis philosophiam. Paris, i564, in-^.
4. Traduction latine des Hymnes de CaUimaque, avec des notes. Paris, i574, in-4.
5. Traduction latine de Douze sermons de saint Grégoire de Nysse. Paris, 1074, in 4-
6. Traduction latine de la Paraphrase grecque d'Apollinaire sur les Psaumes ; Paraphrase en vers grecs du Magnificat, du Cantique de Siniéon, du Cantique de Zacharie ; Hymne à la gloire de Jésus-Christ ; Préface en vers grecs sur la Paraphrase d'Apollinaire. Paris, i58o, in-4.
7. Traduction latine de la Dispute de Gregentius, archevêque de Taphar, avec te juif Herhanus , avec notes et le texte grec.
8. Vers grecs sur la Somme des péchés de Jean Bénédict. Paris, i586.
Dans une plaquette fort rare, œuvre de son pe litfils Nicolas Goulu, et publiée en i65o-, j'ai retrouvé l'épitaphe du gendre de Dorât et celle de sa femme. Les voici, à titre de documents :
2. Epitaphuim in aede San-BenedicUna Parisiis appendenduni. Nicolaus Galonius mortalitatis majoriiinque menior piis ittonim Manibiis dcsignahal, anno IO.jO. Ce précieux document est précédé d'un remarquable frontispice gravé par Jean Marot et dont voici la description :
(P. 3.) Frontispice gravé, représentant un mausolée en forme de temple soutenu par six colonnes en façade, et surmonté d'une coupole qui en supporte une autre plus petite, toutes deux hexagonales ; en haut la croix. Les six colonnes portent, un peu au-dessous du chapiteau, des médaillons avec les noms des membres de la famille, et, sur le soubassement, des écus avec les armes de chacun. Voici l'inscription : Hic jacent H. Goulu. C. de Monanlliueil — A. Goulu. M. d'Oral — /. d'Oiat — H. de Monanthueil — /. iMarcès — T. de Moiiaiitfiueil — C. de Monanthueil (de gauche à droite, les noms de chaque médaillon étant séparés par un tiret).
Devant le mausolée, sur une pyramide quadrangulaire élevée sur deux marches el un soubassement, et que surmonte aussi la croix, on lit l'inscription : D. O. M. Ex Quo omnis Patei'nitas in Coelis et in terra nominatur, ad Eph. (Ili, i5^. A droite, signature de l'auteur du frontispice : loan. Marot fc. (Cibl. Nat. L^ m. 4'Jo).
Nicolaas Gulonius gêner*, Rer/ius quoque Graecarum lUerarum Professor ; Vir pietate, patientiâ, suauilate moruin eximius ; Eximius rord imjenlj facililale et me- Ihoclo ; Regiâ in exedrd per XL. ferme annos assiduus ad morteni vsque, qunni praesagâ velul mentis acie praesentiens, panais ante diebus è snggestn constanter pronuntiaiierat : Esse dlgnitatis et ojjicij suscepti in suggesta Regio non iminorari tantûm, sed immori ; Scriptis et lucuhrationibiis clarus, quarum pars in lucem exiit cura et studio foannis Giilonij filij nain maioris, siimmd Fuliensis Sodalilij praefectiird, sexennalique vniuersi tinias Ordinis moderamine non panun insignis.
Ob. 1601.
yEt. 71.
Magdalena Aurata
loannis Aurait filia ; Coniux
Nicolai Gulonii ; Latine,
Graecé, Hispanicè et Italicè docta ;
Laudabili senectute venerabilis ; Do-
tibus propriis clara ; Clara parentis,
mariti, liberoruniqne laudibus.
Ob. i63G.
^El. 88.
Ainsi, les familles de Dorât et de Goulu offraient le même spectacle que ces maisons souvent citées du xvi" siècle où tout le monde parlait latin, jusqu'aux chambrières. Madeleine était réputée pour sa culture