‹ Grands EcrivainsChapitre 272 sur 339 · Ci-dessus, p. 259 et note · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 259 et note

— Je vais, répondit Male, prévenir les combats » D'un œil toujours présent, et toujours plein d'appas*. Nous ne nous fuirons plus? : notre âme est croicntill Aux dangers qu’à sa suite entraîne l'hyménée. + 290 Malgré nous désormais nous vivrons en commun + Deux parcs nous hébergeoïent’, nous n'en aurons plus

Hélas! qui l’auroit cru que cette inquiétude : {qu’un. Nous chercheroit au fond d’une äpre solitude* ! f J'appréhende à la fin que le Ciel irrité 295

N'abandonne nos cœurs à leur fragilité :

Cette faute entre époux nous semblera légère. +rs.‘à

— Il faut espérer mieux, dit la chaste bergère :

Dieu ne quittera pas ses enfants au besoin.

Si mon sexe est fragile, il en prendra le soin; + 300 Vous ai-je donné lieu d'en être en défiance‘?

Qu'ai-je fait pour causer cette injuste croyance?

Votre soupçon m'outrage; et vous avez dû voir

Que je sais sur mes sens garder quelque pouvoir. Quand mon cœur auroit peine à s’en rendre le maître, 305 Êtes-vous mon époux ? et le pouvez-vous être? Nous a-t-on pu lier’ sans savoir si la mort

M'a ravi ce mari qui m'attache à son sort? -

Vous vous alarmez trop pour un vain hyménée: .

Je vous rends cette main que vous m'avez donnée*, Dissimulez pourtant, feignez, comportez-vous”°

1. Vers 207. — 2. Vers 131. — 3, Tome V, p. 254, 260, 4. Comparez les vers 32-34 d’Adonis,

5, Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ? (Racine, Athalie, vers 646.)

6. Elle a lieu de douter et d'être en défiance. (Conxeizze, le Menteur, vers 1336.)

«+ Véritablement, légitimement, Ci-dessus, p. 22 et note 6. — 9. Tome V, p. 200 et note 4.

Comme frèreen secret, en publie comme époux.

Ainsi véeut toujours mon mari véritable;

Et si la qualité de vierge est souhaitable,

Je la suis‘: j'en fis vœu toute petite encor. in 3x5 Malgré les lois d'hymen j'ai gardé ce trésor.

Après l'avoir sauvé d’un amour légitime,

Voudrois-je maintenant le perdre par un crime ?

Non, Male; je ne crois pas que le Ciel le souffrit ;

Il m'en empêcheroit, quelque appât qui s’offrit; 320 Ne craignez plus, vivez; l'Éternel vous l'ordonne. Estimez-vous si peu cet être* qu'il vous donne ?

Votre corps est à lui; ses mains l'ont faconné :

Le droit d'en disposer ne vous est point donné. Quelle imprudence à vous de finir votre course* 325

Par le seul des péchés qui n’a point de ressource!

Toute faute s'expie ; on peut pleurer encor : Mais on ne peut plus rien s'étant donné Ja mort. Vivez done; et tächons de tromper ces barbares. »

Le saint ne put trouver de termes assez rares 330 Pour rendre grâce au Ciel, et louer.cette sœur Dont la sagesse étoit égale à la douceur.

Cette nuit s'acheva comme les précédentes” :

Dieu leur fit employer en prières ardentes

1. Tel est le texte de l'édition originale et des OEupres diverses de 1729, tome I, p. 208. |

a. Ci-dessus, vers 266.

3. « De violer cet instinct (l'instinct de la conservation), c’est

Ice qui m'est pas permis, etc. » (Psyché, livre 11, tome IIL M.-L.,

p. 105.) — « Plusieurs tiennent que nous ne pouuons abandonner ceste garnison du monde sans le commandement exprez de celuy qui nous y a mis, et que c’est à Dieu, qui nous a icy enuoyez non Pour nous seulement, ouy bien pour sa gloire et seruice d’aultruy, de nous donner congé quand il luy plaira, non à nous de le prendre, » (Mowrarexe, tome IL, p. 29,)

4 Vers 182, — 5, Vers 142.

296 L12M TA12POËMESZ uv 4

Des moments que l’on croit innocemment perdus !.335 Quand le somme a sur nous ses charmes répandus”... Le lendemain l’Arabe en ses champs les renvoie :,

Là montrant’ aux bergers une apparente joie,

Les larmes, les soupirs, et les austérités, . | Quand ils se trouvoient seuls, faisoient leurs solaptéasse 3. 40 En eux-mêmes souvent ils cherchoient des retraites, On ne s'aperçut point de ces peines secrètes ;

Chacun crut qu'ils s’aimoient d'un amour conjugal : Aucun plaisir au leur ne sembloit être égal.

On se le proposoit tous les jours pour exemple';. 345 Et lorsque deux époux étoient conduits au temple,

« Que le Ciel, disoit-on, afin de vous combler,

Fasse à l'hymen de Male le vôtre ressembler!»

Le saint couple à la fin se lasse du mensonge;

En de nouveaux ennuis l'un et l’autre se plonge. 350 Toute feinte est sujet de scrupule à des saints,

Et, quel que soit le but où tendent leurs desseins,

Si la candeur n'y règne ainsi que l'innocence,

Ce qu’ ‘ils font pour un bien leur semble être une offense®. , Malc à ces sentiments donnoit un jour des pleurs : 355 Les larmes qu'il versoit faisoient courber les fleurs”.

Il vit auprès d’un tronc des légions nombreuses

De fourmis qui sortoient de leurs cavernes creuses. L'une poussoit un faix; l’autre prétoit son dos :

. Dont on croit n’avoir pas de comptes à rendre, . Pour ce tour et cet accord, comparez ci-dessus, vers-273, . Tandis qu'ils montraient, etc.

Chacun se proposoit leur hymen pour modèle, etc. (Les Filles de Minée, vers 174.)

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