La Fontaine. — 2. Boileau. — 3. Racine
Grands écrivains. 1n
290 LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
uns ne souffrent pas que Corneille, le grand Corneille, lui soit préféré ; quelques autres, qu’il lui soit égalé. Ils en appellent à l’autre siècle; ils attendent la fin de quelques vieillards, qui, touchés indifféremment de tout ce qui rappelle leurs premières années; n aiment peut-être dans OEdipe que le souvenir de leur jeunesse.
Que dirai-je * de ce personnage qui a fait parler si longtemps une envieuse critique et qui l’a fait taire ; qu’on admire malgré soi, qui accable par le grand nombre et par l’éminence de ses talents : orateur, historien, théologien, philosophe d’une rare érudition, d’une plus rare éloquence, soit dans ses entretiens, soit dans ses écrits, soit dans la chaire ; un défenseur de la religion, une lumière de l’Église : parlons d avance le langage de la postérité, un Père de l’Église ? Que n’estîl point ? Nommez, messieurs, une vertu qui ne soit
pas la sienne. v
Toucherai-je aussi votre dernier, choix % si digne de vous ? Quelles choses vous furent dites dans la place où je me trouve ! Je m’en souviens; et, après ce que vous avez entendu, comment osé-je parler, comment daignez-vous m’entendre ? Avouons-le : on sent la foi ce et l’ascendant de ce rare esprit, soit qu’il prêche de génie, et sans préparation, soit qu’il prononce un discours étudié et oratoire, soit qu’il explique ses pensées dans la conversation. Toujours maître de l’oreille et du cœur de. ceux qui l’écoutent, il ne leur permet pas d’envier ni tant d’élévation ni tant de facilité, de délicatesse, de politesse; on est assez heureux de l’entendre, de sentir ce qu’il dit, et comme il le dit; on doit être content de soi, si l’on emporte ses réflexions et si l’on en profite. Quelle grande acquisition avezvous faite en cet homme illustre! à qui m’associez-
V°us ? . - Y
[Discours de réception a V Académie française .J 4. Bossuet. — 5. Fénelon.
7. Style de La Bruyère. — Si son livre plaît tant et s’il a survécu à beaucoup d’autres où nous pourrions trouver également d’utiles leçons, c’est qu’il est l’œuvre d’un véritable artiste La Bruyère a su, comme La Rochefoucauld, non pas cependant avec la même concision puissante, formuler des maximes brèves, antithétiques, paradoxales. « Il n’y a rien qui rafraîchisse le sang comme d’avoir su éviter de faire une sottise » chap. XI;. « C’est une grande misère que de n’avoir pas assez d’esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire » (chap. V). Et il a des figures , des métaphores, des comparaisons, plus pittoresques que celles de La Rochefoucauld : « Après l’esprit de discernement, ce qu'il y a de plus rare au monde, ce sont les diamants et les perles » (chap. XIII). « Il y a du plaisir à rencontrer les yeux de celui à qui l’on vient de donner » (chap. IV). — Et dans les portraits, dont nous avons indiqué la variété, il use du vocabulaire le plus étendu et de la syntaxe la plus souple. Tous les critiques sont d’accord pour reconnaître la propriété, l’imprévu, toujours heureux, le pitttoresque de son style; mais tous, aussi, y ont senti quelque effort. La Bruyère est un styliste, en ce sens qu’il n’a pas cherché, comme Bossuet ou Mme de Sévigné, à exprimer simplement ce qu’il sentait, mais qu’il a voulu rehausser le fond par la forme.