‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 105 sur 232 · I. — Madame de Sévigné · texte numérisé non relu

I. — Madame de Sévigné

Plusieurs circonstances «ont nécessaires pour qu'une corres pondance soit pieusement conservée et publiée : il faut que l’auteur ait occupé une place assez importante dans la société de son temps, et que ses lettres puissent servir en quelque sorte à compléter l'histoire et les mémoires; — il faut aussi que l’auteur y ait mélé des sentiments si vifs et si profonds qu'à l'intérêt du document historique se joigne la valeur du document humain. Tel est précisément le cas des lettres de M-*e de Sévigné, non destinées à a entrer dans la littérature », mais qui. goûtées déjà des contemporains, furent conservées par sa famille, et publiées au xviii* siècle.

1. Vie. — Marie de Rabutin-Chanlal naquit à Paris le 5 février 1626. Orpheline de bonne heure, elle fut d'abord élevée par son grand-père et sa grand'mère maternels. M. et Mœ0 de Coulanges. Mais ceux-ci moururent bientôt, et l'enfant fut confiée à l'ainé de leurs fils, l’abbé de Coulanges, celui que M36 de Sévigné appelait plus tard le Bien bon. L’abbé fit donner à sa nièce une excellente instruction : Ménage lui enseigna, avec le latin, l’espagnol et l'itàlien. — En J644, Marie de Rabutin-Chanlal épousa le marquis Henri de Sévigné, parent du cardinal de Retz. Le marquis ruina sa femme, et, pour une querelle de jeu. il se battit en 1651 avec le chevalier d’Albret. qui le lua. De ce mariage étaient nés deux enfants : Françoise- Marguerite et Charles.

M-e de Sévigné se retira pendant trois ans à la campagne, aux Rochers, près de Vitré en Bretagne. Elle remit-de 1 ordre flans sa fortune, grâce aux conseils du Bien bon ; et en 1654. elle revint à Paris, où elle fréquenta l'Hôtel de Rambouillet et s'occupa de l'éducation de ses enfants. — Puis elle présenta sa fille à la cour, et la maria en 1669 au comte de Grignan, deux

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fois veuf, et lieutenant général en Provence. AI™ de Grignan dut, en 1671, rejoindre son mari. Cette séparation fut doulou reuse; M“« de Sévigné idolâtrait sa fille. Et nous devons à cette circonstance et à ce sentiment un peu outré, la plus grande et la plus vivante partie des lettres de la marquise. — D’ailleurs, elle n aimait pas moins son fils, Charles de Sévigné, doué d’un cœur plus ouvert et d un tempérament plus expansif que Mme de Gri- ?nan. Charles fut brave soldat, prit part à plusieurs campagnes, et finit par se retirer* en Bretagne. Mme de Grignan eut trois enfants : Marie-Blanche, que M™ de Sévigné appelle a scs petites entrailles », et quelle garda chez elle, à Paris, pendant trois ans; on la sacrifia aux intérêts des deux autres enfants, en la mettant, dès l’âge de six ans, au couvent de la Visitation u Aix, d’où elle ne sortit plus ; — Pauline, dont il est si souvenl

question dans les Lettres , et qui devint Mme de Simiane ; et

Louis-Provence, le petit marquis, qui fut bon officier, et à qui sa mère fit épouser, en 1694, la fille d’un fermier général... « Il faut bien fumer ses terres. »

M“’ de Sévignc, qui recevait souvent à Paris sa fille et ses petits-enfants, allait aussi les visiter à Grignan. Elle se trouvait dans ce château, en avril 1696, quand elle fut atteinte de la petite vérole, et mourut.

2, Intérêt historique des Lettres deM™ de Sévigné. — De

1655 à 1696, ces lettres forment une sorte de gazette , écrite non par un nouvelliste de bas étage qui n’entend qu’un lointain écho des événements et ne peut approcher des grands, mais par une femme de la cour, qui est à la source même des renseignements. C est au sortir de Versailles, où le roi lui adresse la parole, et des salons où elle rencontre les plus grandes dames du temps, que AI™ de Sévigné écrit ses lettres. Sans doute, elle ne nous explique pas les causes des guerres et des traités ; elle ne nous révèle aucun secret sur la politique de Louis XIV. Mais les détails précis quelle rapporte sur le procès de Fouquet, le passage du Rhin, le mariage de la Grande Mademoiselle, la mort de Turenne, la disgrâce de Pomponne, la mortdeCondé, celle de Louvois, etc., sont un complément de l’histoire. Les costumes les gestes, les paroles, les anecdotes parfois révélatrices des sentiments les plus sérieux, voilà ce que M™ de Sévigné nous donne avec une inlassable curiosité et. dans un style toujours vivant!

Gazette de 1 j cour, sa correspondance est encore une gazette de la société . Au jour le jour, nous savons par elle comment on vivait à Pans et à la campagne : quels étaient les sujets de conversation, et comment on jugeait les livres nouveaux, et ce que 1 on voyait au théâtre, — comment on voyageait, et comment on prenait les eaux de Vichy ou de Bourbon, — comment se

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préparait un mariage, se traitait urle affaire, se perdait un procès, — comment-on traitait ses égaux et «es ' inférieurs, ce qu’était un salon, une ferme, un pré, un paysan, un jardinier, un valet, un petit chien, — bref, ce que nous appellerions tout le train du monde ... Tout cela, d’autant plus révélateur que ce sont des impressions rapides et sincères, au jour le jour, et non de ces mémoires que l’on écrit pour poser devant la postérité.

On jugera de l’intérêt des lettres de ce genre d’après les exemples suivants. Nous les choisissons très différentes les unes des autres : narrations suivies , anecdotes humoristiques , réflexions sériéuses.

Le mariage de la Grande Mademoiselle.

Mme (Te Sévigné a une manière à elle de voire t de peindre. Pour s en rendre compte, il faut ramener cette lettre au fait qui y est contenu. Au fond -qu’y a t-il ? La nouvelle du prochain mariage de Mademoiselle, fille de Gaston d Orléans, avec le duc de Lauzun. Mme de Sevigne, qui veut donner à Coulanges l’impression de surprise qu’elle a ressentie elle-même, divise sa lettre en trois parties : la ire va ]usqu a M. de Lauzun épouse ... elle se compose d une série d’hyperboles sur le mot Chose • la 2e jusqu’à Voilà un beau sujet ... Là elle procède par une élimination de noms, jusqu’à ce qu’elle arrive, par„ un charmant artifice, a celui de 'Mademoiselle... ; la 3%-pîus vive encore, nous peint par avance la physionomie et les gestes de ses correspondants.

A Monsieur de Coulanges

15 décenïfere 1670.

Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petile, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’aujourd hui, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu un exemple danr les siècles passés, encore cet exemple n’est pas juste 1 ; une chose que l’on ne peut pas croire à Paris (comment la pourrait-on croire à Lyon?); une

P 1. Marie d’Angleterre, sœur de Henri VIII, avait épousé Louis XII. après la mort du roi de France, elle se remaria avec le duc de Sufiolk.

chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d'Hauterive; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui là verront croiront avoir la berlue ; une chose, qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi; je ne puis me résoudre à la dire, devi nez-la ; je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens? Eh bien, il faut donc vous la dire : M. de Lauzun ■ épouse, dimanche, au Louvre, devinez qui? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit . \ oila qui est bien difficile à deviner; c’e'st AI111® de La Vallière. — Point du tout, Madame. — C'est donc Mlle de Retz. — Point du tout ; vous êtes bien provinciale. — Vraiment nous sommes bien bêtes ? dites-vous; cestM,le Colbert. — Encore moins. — C’est assurément M11® de Créqui ? — Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire ; il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle de... Mademoiselle..; devinez le nom! il épouse Mademoiselle, ma foi 1 par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle 2 3, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petitefille de Henri IV, Mlle d’Eu, Mlle de Dombes, Mu« de Montpensier, MUs d’Orléans, Mademoiselle,) cousine germaine du Roi ; Mademoiselle destinée au trône ■* : Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne

2. Lauïnn appartenait à la branche cadette de la maison de Camnont, laquelle prétendait descendre des rois d'Ecosse. Louis XIV s’opposa à ce mariage si joliment annoncé par M.- de Sévigné. Bientôt après. Lauzunmécontenta Louvois qui le fit emprisonner pendant cinq ans (1071-70)’ cette pr^on fut changée en exil. En 1688, il alla en Angleterre auprès de Jacques II, et ramena en France la reine et le prince de Galles. Rentré en grâce apres cet acte de dévouement, il mourut en 1723. On prétend quïl GÏÏlonTneiSeC ?ment de MontPe"sier. - 3. Mademoiselle, fille de Fronl / n"V rR ^ .L°U£ XH1’ »" rôle actif pendant la i onde . 4. Des-mee au trône. Elle avait voulu épouser Louis XIV son

cousin germain. - ^

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de Monsieur. Voilà un* beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin, vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous.

Adieu ; les lettres qui seront portées par cet ordinaire, vous feront voir si nous disons vrai ou non.

M. de Vardes rappelé à la cour.

Cette lettre nous fait assister à une scène tout ensemble comique et touchante. Mnie de Sévigné conte avec malice et avec sympathie les * incidents de cette rentrée en grâce auprès du Roi. Cèlui-ci y parait doué d’une bonne humeur spirituelle, qui nous est confirmée par tous les témoignages du temps. >

Au Président de Moulceau

26 mai 1683.

N’avez-vous pas été bien surpris, monsieur, de vous voir glisser des mains M. de Vardes, que vous teniez depuis dix-neuf ans 1 ? Voilà le temps que notre Providence a marqué ! En vérité, on n’y pensait plus, il paraissait oublié et sacrifié à l’exemple. Le Roi, qui pense et qui range tout dans sa tete, déclara un beau matin que M. de Vardes serait a la cour dans deux ou trois jours : il conta qu’il lui avait fait écrire par la poste, qu’il avait voulu le surprendre, et qu’il y avait plus de six mois que personne ne lui en avait parlé. Sa Majesté eut contentement : il voulait surprendre, et tout le monde fut surpris ; jamais une nouvelle n’a fait une si grande impression, ni un si grand bruit que celle-

1. Le marquis de Vardes était à l’apogée d’une brillante carrière militaire, quand il mécontenta vivement Louis XIV en se mêlant à des intrigues de cour. Enfermé à la Bastille, prns exilé à Montpellier, en 1664, il nobtint son rappel qu’en 1683.

XVIIe SIÈCLE

là. Enfin il arriva samedi matin avec une tête unique en son espèce, ef un vieux justaucorps à brevet2, comme on le portait en 1663. Il se mit un genou à terre dans la chambre du Roi, où il n'y avait que M. de Château neuf : le Roi lui dit que tant que son cœur avait été blessé, il ne l’avait point rappelé, mais que présentement c’était de bon cœur, et qu’il était aise ch le revoir. M. de Vardes répondit parfaitement bien et d’un air pénétré, et ce don des larmes que Dieu lui a donne ne fit pas mal son effet dans cette occasion. Après cette première vue, le Roi ht appeler M. le Dauphin, et le présenta comme un jéune courtisan. M. de Vardes le reconnut et le salua ; le Roi lui dit en riant : « Vardes, voilà une sottise, vous savez bien qu’on ne salue personne devant moi. » M. de Vardes, du même ton : « Sire, je ne sais plus rienT j'ai tout oublié, il faut que \ otre Majesté me pardonne jusqu’à trente sottises. - Eh bien, je le veux, dit le Roi, reste à vingtneuf. » Ensuite, le Roi se moqua de son justaucorps ; M. de Vardes lui dit : « Sire, quand on est assez misérable pour être éloigné de vous, non seulement on est malheureux, mais on est ridicule 3, » Tout est sur ce ton de liberté et d agrément. Tous les courtisans lui ont fait des merveilles ; il est venu un jour à Paris, il m’est venu voir; j’étais sortie pour aller chez lui; il trouva ma hile et mon hls, je le trouvai le soir chez lui ; ce fut une joie véritable.

2. Justaucorps à brevet, vêtement bleu et rouge, privilège de quelques

gentilshommes accompagnant le Roi dans ses promenades privées celui-ci l’accordait par un brevet; il y en eut d’abord douze, puis quarante. — 3. On attribue parfois ce mot à Bussy- Rabutin, cousin de Mar de Sévigné, qui fut, comme Vardes, longtemps exilé.

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Une représentation d’Esther.

Nous avons dans cette lettre tous les éléments d’une soirée parisienne , d’un fmill'eton : le public,- avec les noms des principaux spectateurs du grand monde; les impressions critiques sur la pièce et sur le jeu des actrices ; les causeries des entr’actes ; le départ. — Cette représentation à'Esther, donnée le samedi 19 février 1689, fut la sixième et la dernière; le Rui ayant appris dans la nuit la mort subite de la jeune reine d’Espagne, Marie-Louise d’Orléans, fille de Monsieur et de sa première femme Henriette d’Angleterre, la cour de France prit aussitôt le deuil.

A Madame de Grignan

Paris, lundi 21 février 1689.

... Je fis la mienne (ma cour) l’autre jour à Saint-Cyr, plus agréablement que je n’eusse jamais pensé. Nôus y allâmes samedi, Mme de Coulanges, Mroe de Bagnols, l’abbé Testu et moi. Nous trouvâmes nos places gardées ; un officier dit à Mme de Coulanges que Mme de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d’elle, vous voyez-quel honneur. « Pour vous, Madame, me ditil, vous pouvez choisir. » Je me mis avec Mme de Bagnôls au second banc, derrière les duchesses. Le maréchal de Beliefoiids vint se mettre par choix à mon côté droit, et devant c’étaient Mmes d’Auvergne, de Coislin et de Sully. Nous écoutâmes, le maréchal et moi, cette tragédie avec une attention qui fut remarquée et de certaines louanges sourdes et bien placées, qui n’étaient peut-être pas sous les fontanges 1 de toutes les dames. Je ne puis vous dire l’excès de l’agrément de cette pièce : c’est une chose qui n’est pas aisée à représenter, et qui ne sera jamais imitée; c’est un rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes, si parfait et si complet, qu’on n’y souhaite rien ; les filles

1. Fontange, sorte de coiffure lancée par MUo de Fontanges. G est un nœud de rubans que les femmes portent sur le devant de leur coiffure et un peu au-dessus du front. »{Dict. de Trévoux).

XVIIe SIÈCLE

qui font des rois et des personnages sont faites exprès; on est attentif et on n’a point d’autre peine que celle de voir finir une si aimable pièce; tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et touchant : cette fidélité de l’histoire sainte donne du respect ; tous les chants convenables aux paroles, qui sont tirées des Psaumes , et de la Sagesse 2 et mis dans le sujet, sont d’une beauté qu’on ne soutient pas sans larmes : la mesure de l’approbation qu’on donne à cette pièce, c’est celle du goût et de l’attention. J’en fus charmée et le maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au roi combien il était content et qu’il était auprès d’une dame qui était bien digne d’avoir vu jouer Eslher. Le roi vint vers nos places, et, après avoir tourné, il s’adressa à moi, et me dit : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente. » Moi, sans m’étonner, je répondis : « Sire, je suis charmée; ce que je sens est au-dessus des paroles. » Le roi me dit : « Racine a bien de l’esprit 2 3. » Je lui dis : « Sire, il en a beaucoup ; mais en vérité, ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi : elles entrent dans le sujet comme si elles n’avaient jamais fait autre chose. » — « Ah I pour cela, il est vrai. » Et puis Sa Majesté s’en alla, et me laissa l’objet de l’envie. Gomme il n’y avait quasi que moi de nouvelle venue, le roi eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. M. le Prince et Mme la Princesse vinrent me dire un mot; Mme de Maintenon, un éclair : elle s’en allait avec le roi : je répondis à tout, car j’étais en fortune.

2. La Sagesse. Un des livres de la Bible, attribué à Salomon. — 3. Esprit ne doit pas être entendu ici au sens assez restreint qu’il a pris depuis la fin du xviii° siècle, c’est-à-dire finesse, promptitude à saisir les rapports des/nots et des idées. Le mot est synonyme ici d intelligence supérieure cl créatrice. Ci’. La Bruyère, parlant de Corneille : « Ce qu'il y a en

lui de plus émiuëht; c'est l'esprit. »

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Le carrosse.

Dans cette lettre comme dans la suivante, Mme de Séyigné donne surtout une impression de mouvement ; elle excelle à noter les gestes succèssifs , dans l’ordre même de la réalité. De plus, elle sait trouver le mot qui peint et qui donne l’illusion de la vie. ‘

A Madame de Grignan

Paris, lundi 5 février 1674.

L’archevêque de Reims 1 revenait hier fort vite de Saint-Germain, c’était comme un tourbillon : il croit bien être grand seigneur ; mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils passaient au travers de Nanterre, ira , ira, Ira ; ils rencontrent un homme à cheval, gare, gare : ce pauvre homme veut se ranger ; son cheval ne veut pas ; et enfin le carrosse et les six chevaux renversent le pauvre homme et le cheval, et passent par dessus, et si bien par dessus que le carrosse en fut versé et renversé : en même temps l’homme et le cheval, au lieu de s’amuser à être roués et estropiés, se relèvent miraculeusement, remontent l’un sur l’autre, et s’enfuient, et courent encore, pendant que les laquais de l’archevêque et le cocher, et l’archevêque même se mettent à crier : « Arrête, arrête ce coquin, qu’on lui donne cent coups. » L’archevêque, en racontant ceci, disait : « Si j’avais tenu ce maraud-làv je lui auraisv rompu les bras et coupé les oreilles. »

Le chevalier de Nantouillet au passage du Rhin.

A Madame de Grignan

Livry, 3 juillet 1672.

... Le chevalier de Nantouillet * était tbmbé de che-

1 . L’archevêque de Reims : Charleè-Maurice Le Tellier, fils du chancelier.

1. François Duprat de Nantouillet appartenait à la famille du chancelier cardinal Duprat, seigneur de Nantouillet, qui se distingua comme diplomate et comme financier sous le règne de François Ier [f 1535),

val : il va au fond de l'eau, il revient, il retourne, il revient encore ; enfin il trouve la queue'd un cheval, il s’y attache ; ce cheval le mène à bord, il monte sur le cheval, se trouve à la mêlée, reçoit deux coups dans son chapeau, et revient gaillard. Voilà qui est d’un sangfroid qui me fait souvenir d’Oronte, prince des Massagètes 2.

Mort de Louvois.

\ On reconnaît, dans cette lettre, le ton des Oraisons funèbres et des Sermons de Bossuet; mais il se mêle à la gravité des réflexions une certaine vivacité de tour et quelque chose de spirituel qui est la marque de Mmc de Sévigné.

A Monsieur de Coulanges

Grignan, 20 juillet 1691.

Je suis tellement éperdue de la nouvelle de la mort très subite de M. de Louvois L que je ne sais par où commencer pour vous en parler. Le voilà donc mort, ce grand ministre, cet homme si considérable, qui tenait une si grande place ; dont le moi , comme dit M. Nicole, était si étendu; qui était le centre de tant de choses! Que d’affaires, que de desseins, que de projets, que de secrets, que d’intérêts à démêler, que de guerres commencées, que d’intrigues, que de beaux coups d’échecs à faire et à conduire ! « Ah ! mon Dieu, donnez-moi un peu de temps, je voudrais bien donner un échec au duc de Savoie, un mat au prince d’Orange. — Non, non, vous n’aurez pas un seul, un seul moment 2f. » Faut-ii raisonner sur celte étrange aventure? non, en vérité, il y faut réfléchir dans son cabinet. Voilà le second ministre 3 que vous voyez mourir, depuis que vous êtes

2. Allusion au célèbre roman de M11* de Scudéry, le Grand Cyrus on sait le goût de Mme de Sévigné pour cette lecture. «

i. Louvois était mort subitement le IG juillet 1G91. Sans aucune preuve, on a attribué cette mort au poison. — 2. Cf. le sermon de Bossuet sur V Impénitence finale et La Fontaine, la Mort et le mourant [Fables, VIII, 1). — 3. M. de Seignelay, fils de Colbert, ministre de la marïïfèpendant quatorze ans, était mort le 3 novembre 1G90 (cf. les Lettres de M®* de Sévigné des 13 novembre et 1er décembre 1690)

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à Rome , rien n est plus différent que leur mort, mais rien n’est plus égal que leur fortune, et les cent millions de chaînes qui les attachaient tous deux à la terre.

3. Interet moral des lettres de M™ de Sévigné. - Séparée de sa fille, M»« de Grignan, M™ de Sévigné lui écrivit' par tous les courriers, soit de Paris, soit des Rochers, en Bretagne. Elle la tenait au courant de tout ce qui pouvait l’intéresser ; mais surtout elle lui parlait de ses sentiments : l’amour maternel avec toutes ses nuances, tantôt exalté, tantôt inquiet, tantôt désolé tantôt joyeux, anime ces nombreuses lettres, - dont nous citons deux exemples.

Séparation.

A Madame de Grignan

A Paris, vendredi 6 février 1671.

Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre ; je ne l’entreprendrai pas aussi F J’ai beau chercher ma chère fille, je ne la trouve plus, et tous les pas qu’elle fait l’éloignent de moi. Je m’en allai donc à~ Sainte-Marie 2, toujours pleurant et toujours mourant ; il me semblait qu’on m’arrachait le cœur et l’âme ; et, en effet, quelle rude séparation ! Je demandai la liberté d être seule ; on me mena dans là chambre de Mme du Housset 3, on me fit du feu ; Agnès 4 me regardait sans me parler, c était notre marché ; j’y passai jusqu’à cinq heures, sans cesser de sangloter : toutes mes pensées me faisaient mourir. J’écrivis à M. de Grignan, vous pensez sur quel ton; j’allai ensuite chez Mme de la Fayette, qui redoubla mes douleurs par la part qu’elle y prit. Elle était seule, et malade, et triste de la mort d’une sœur religieuse ; elle était comme je la pouvais désirer. M. de la Rochefoucauld y vint ; on ne parla que de vous, de la raison que j’avais d’être touchée et du dessein de parler comme il faut à Merlusine ». Je

*’ WjourdTroi : aussi ne V entreprendrai-je

- 3 II»; SiS ’j TC"‘m la V,sltation’ faubourg Saint-Jacques.

d. m au Housset, dame qui logeait au couvent de la Visitation — 4. Agnes, nom d une jeune fille qui Habitait le couvent, et dont on ne ne^t K à^2U®rSOnnal lé :*L6 Pas “«foudre avec une autre A%ès . ,de Sévigne rencontra a Nantes. — 5. Merlusine, ou Mélusine, méchante fée des romans bretons. On avait donné ce nom à M“* de Marens dont la conversation peu charitable irritait M»' de.Sévigné. dont Ia

ïl

XVIIe SIÈCLE

vous réponds qu’elle sera bien relancée. Je revins enfin à huit heures chez Mme de la Fayette ; mais en entrant ici, bon Dieu ! comprenez-vous bien ce que je sentis en montant ce degré? Cette chambre où j’entrais toujours, hélas ! j’en trouvai les portes ouvertes, mais je vis tout démeublé, tout dérangé, et votre pauvre petite fille G qui me représentait la mienne. Comprenez-vous bien tout ce que je souffris? Les réveils de la nuit ont été noirs, et le matin je n’étais point avancée d’un pas dans le repos de mon esprit. L’après-dîner se passa avec Mme de la Tronche 7 à l’Arsenal. Le soir, je reçus votre lettre, qui me remit dans les premiers transports, et ce soir j’achèverai celle-ci chez M. de Coulanges, où j’apprendrai des nouvelles ; car pour moi, voilà ce que je sais, avec les douleurs de tous ceux que vous avez laissés ici. Toute ma lettre serait pleine de compliments, si je voulais 8.

A Madame de Grignan

Montélimar, octobre 1673.

Voici un terrible jour, ma chère fille ; je vous avoue que je n’en puis plus. Je vous ai quittée dans un état qui augmente ma douleur. Je songe à tous les pas que vous faites, et à tous ceux que je fais, et combien il s’en faut qu’en marchant toujours de cette sorte, nous puissions jamais nous rencontrer L Mon cœur est en repos quand il est auprès de vous : c’est son état naturel, et le seul qui peut lui plaire.

6. Votre petite fille, Mm® de Sévigné avait gardé près d’elle, à Paris, la première fille de M01® de Grignan, Marie-Blanche, née en 1670. Il en est souvent question dans les lettres de la mère et de la fille. Marie-Blanche fut bientôt placée au couvent de la Visitation, à Aix, et y mourut religieuse (1733). — 7. MDe de la Tronche, veuve dùn conseiller au Parlement de Reims, et amie de Mme de Sévigné. — 8. C’est-à-dire : chacun me charge de compliments pour vous, et ma lettre en serait remplie, si j’avais le loisir ou la force de vous les transmettre.

1. M®8 de Sévigné et sa fille venaient de passer une année ensemble au château de Grignan. Elle lui écrit à sa première étape de son voyage dans la direction de Paris ; Montélimar est à sept lieues de Grignan.

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Ce qui s'est passé ce matin me donne une douleur sensible, et me fait un déchirement dont votre philosophie sait les raisons 2. Je les ai senties, et les sentirai longtemps. J’ai le cœur et l'imagination tout remplis de vous, je n’y puis penser sans pleurer, et j’y pense toujours ; de sorte que l’état où je suis n’est pas une chose soutenable : comme il est extrême, j’espère qu’il ne durera pas dans cette violence. Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. Mes yeux, qui vous ont tant rencontrée depuis quatorze mois, ne vous trouvent plus. Le temps agréable qui est passé rend celui-ci douloureux, jusqu’à èe que j'y sois un peu accoutumée ; mais ce ne sera jamais pour ne pas souhaiter ardemment de vous revoir et de vous embrasser.

Je ne dois pas espérer mieux de l’avenir que du passé; je sais ce que votre absence, m’a fait souffrir, je serai encore plus à plaindre, parce que je me suis fait imprudemment une habitude nécessaire de vdus voir. Il me semble que je ne vous ai pas assez embrassée en partant : qu’avais-je à ménager ? Je ne vous ai point assez dit combien je suis contente de votre tendresse ; je ne vous ai point assez recommandée à M. de Grignan, je ne l’ai point assez remercié de toutes ses politesses et de toute l’amitié qu’il a pour moi : j’en attendrai les effets sur tous les chapitres.

Je suis déjà dévorée de curiosité ; je n’espère de consolation que de vos lettres, qui me feront encore bien soupirer. En un mot, ma fille, je ne vis que pour vous. tDieu me fasse la grâce de l’aimer quelque jour comme je vous aime ! Je songe aux pichons 3 ; je suis toute pétrie de Grignans ; je tiens partout ! Jamais un voyage

2. Philosophie, il y a peut-être ici une allusion à la froideur de

Mm0 de Grignan qui obéissait plus à sa raison qu’à son cœur. Elle était d’ailleurs vraiment philosophe et fort attachée aux doctrines de Descartes. — 3. Pichons, petits, enfants (d'un mot provençal pilchoim).

XVIIe SIECLE

n’a été si triste que le nôtre ; nous ne disions pas un mot.

Adieu, ma chère enfant, aimez-moi toujours. Hélas! nous revoilà dans les lettres ! Assurez M. l’archevêque de mon respect très tendre, et embrassez le coadjuteur 5 : je vous recommande à lui. Voilà M. de Saint-Géniez qui vient me consoler. Ma fille, plaignez-moi de vous avoir quittée.

4. Le sentiment de la nature. — * Mm® de Sévigné, qui passait chaque année quelques mois à la campagne, aimait et goûtait la nature. Sans doute, c’est une erreur assez naïve de croire qu’elle ait etc la seule au xvn° siècle, avec La Fontaine, à sentir le charme des bois et des eaux; mais la plupart des écrivains s’occupent exelusivemcntde r/i07Ji7ïiem/énen7’etbannissentde leurs écrits les descriptions et les rêveries. Dans des lettres familières, la nature retrouve sa place : encore faut-il cependant être capable de la bien observer et de la bien peindre. — Nous citons d’abord kl Prairie , lettre quLfut célèbre cîu vivant même de Mme de Sévigné ; puis quelques fragments empruntés à des lettres diverses

La Prairie.

La composition de cette lettre est des plus originales. Le sujet est celuici : un domestique de M,ne de Sévigné, Picard, a refusé d’obéir; il aurai, cru s’abaisser en allant faner du foin dans une prairie. M‘ne de Sévignc lui a donné congé ; et elle prévient M. de Coulanges de l’arrivée de Picard qui ira sans doute lui demander sa protection. On étudiera les procédés employés par l’auteur, pour retarder l’exposé du fait lui-même et cependant, il n’y a rien tfinutilc..

A Monsieur de Coulanges

Aux Rochers, 22 juillet 1671.

Ce mot sur la semaine est par-dessus le marché df vous écrire seulement tous les quinze jours, et poui veut donner avis, mon cher cousin, que vous aurez bien tôt l'honneur de voir Picard ; et comme il est frère dt

L Le coadjuteur, Jean-Baptiste de Grignan, frère du comte, coadjuteu de l’archevêque d’Arles.

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laquais de Mwe de Coulanges, je suis bien aise de vous rendre compte de mon procédé. Vous savez que Mme la duchesse de Ghaulnes est à Vitré; elle y attend le duc, son mari, dans dix ou douze jours, avec les Etats de Bretagne ; vous croyez que j’extravague ; elle attend donc son mari avec tous les Etats, et, en attendant, elle est à Vitré toute seule, mourant d’ennui. Vous 11e comprenez pas que cela puisse jamais revenir à Picard. Elle meurt donc d'ennui ; je suis sa seule consolation, et vous croyez bien que je l’emporte d’une grande hauteur sur Mlles de Kerbone et de Kerqueoison. Voici un grand circuit, mais pourtant nous arriverons au but. Comme je suis donc sa seule consolation, après l’avoir été voir, elle viendra ici, et je veux qu’elle trouve mon parterre net et mes allées nettes, ces grandes allées que vous aimez. Vous ne comprenez pas encore où cela peut aller; voici une autre petite proposition incidente : vous savez qu’on fait les foins ; je n’avais point d’ouvriers ; j’envoie dans cette prairie, que les poètes ont célébrée, prendre tous ceux qui travaillaient pour venir nettoyer ici ; vous n’y voyez encore goutte ; et, en leur place, j'envoie mes gens faner1. Savez-vous ce que c’est, faner? Il faut que je vous l’explique : faner est la plus jolie chose du monde, c’est retourner du foin en batifolant dans une prairie; dès qu’on en sait tant, on sait faner. Tous mes gens y allèrent gaiement ; le seul Picard me vint dire qu’il n’irait pas, qu’il n’était pas entré à mon service pour cela, que ce n’était pas son métier, et qu’il aimait mieux s’en aller à Paris. Ma foi! la colère m’a monté à la tête : je songeai que c’était la centième sottise qu il m’avait faite, qu’il n’avait ni cœur ni affection : en un mot, la mesure était comble. Je l’ai pris au mot, et quoi qu’on m’ait pu dire pour lui, je suis demeurée ferme comme un rocher, et il est parti. C’est une justice de

l Faner (latin fœnum, foin) ; en picard, fener , d’ou fenaison.

XVIIe SIÈCLE

traiter les gens selon leurs bons ou mauvais services. Si vous le revoyez, ne le recevez point, ne le protégez point, ne me blâmez point, et songez que c’est le garçon du monde qui aime le moins à faner,,et qui est le plus indigne qu’on le traite bien.

Voilà 1 histoire en peu de mots : pour moi, j’aime les relations où Ion ne dit que ce qui est nécessaire; où l’on ne s’écarte point ni à droite ni à gauche; où l’on ne reprend point les choses de si loin ; enfin je crois que c est ici, sans vanité, le modèle des narrations agréables2.

Pour prouver a quel point M"" de Sévigné avait le sens pittoresque de différentes j"°“gS®r0UP°nS Un certain nombre de passages empruntés à

« Je vins ici (à Livry) où je trouvai tout le triomphe du mois de mai : le rossignol, le coucou, la fauvette ont ouvert le printemps dans nos forêts ; je m’y suis promenée tout le soir toute seule; j’y ai trouvé toutes mes tristes pensées; mais je ne veux plus vous en parler. J ai destiné une partie de cette après-dînée à vous écrire dans le jardin, où je suis étourdie de trois ou quatre rossignols qui sont sur ma tête » (avril 1671). — « Vous voulez savoir si nous avons encore des feuilles vertes ; oui, beaucoup ; elles sont mêlées d’aurore et de feuille-morte. Cela tait une étoffe admirable » (nov. 1671). « Je suis venue ici (Livry) achever les beaux

jours, et dire adieu aux feuilles : elles sont encore toutes aux arbres : elles n’ont fait que changer de couleur . au lieu d être vertes, elles sont aurore, et de tant de sortes d’aurore, que cela compose un brocart d’or riche et magnifique, que nous voulons trouver plus beau que du vert, quand ce ne serait que pour changer » (nov. 1677). — « Je quitte ce lieu à regret : la campagne est encore belle; cette avenue et tout ce qui

2. On analysera la composition de celte lettre, pour faire tir la charmante ironie de la dernière phrase

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était désolé des chenilles, et qui a pris la liberté de repousser avec votre permission, est plus vert qu'au printemps dans les plus belles années. Les petites et les grandes palissades sont parées de ces belles nuances de l'automne, dont les peintres font si bien leur profit. Les grands ormes sont un peu dépouillés, et l'on n'a point de regret à ces feuilles picotées : la campagne en gros est encore toute riante ; j’y passais ma journée seule avec des livres; je ne m'ennuyais que comme je m'ennuierai partout, ne vous ayant plus » (nov. 1679).

Je reviens encore à vous, ma bonne, pour vous dire que si vous avez envie de savoir, en détail, ce que c'est qu'un printemps, il faut venir à moi. Je n’en connaissais. moi-même que la superficie ; j’en examine cette année jusqu’aux premiers petits commencements. Que pensez-vous donc que ce soit que la couleur des arbres depuis huit jours ? répondez. Vous allez dire : « Du vert. » Point du tout, c'est du rouge. Ce sont de petits boutons, tout prêts à partir, qui font un vrai rouge ; et puis ils poussent tous une petite feuille, et comme c’est inégalement, cela fait un mélange trop joli de vert et de rouge. Nous couvons tout cela des yeux; nous parions de grosses sommes, — mais c’est à ne jamais payer, — que ce bout d'allée sera tout vert dans deux heures ; on dit que non, on parie. Les charmes ont leur manière, les hêtres une autre. Enfin, je sais sur cela tout ce que Ton peut savoir (avril 1690).

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