‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 106 sur 232 · Publication des Lettres de Mme de Sévigné.— Mme de Sévi · texte numérisé non relu

Publication des Lettres de Mme de Sévigné.— Mme de Sévi

gnc eut, de son vivant, une réputation d'épistolière. Scs lettres étaient parfois copiées avant le départ du courrier ; elles étaient lues en société, et couraient de mains en mains : ainsi la lettre du cheval, et la lettre de la prairie . Dès 1697, la famille de Bussy- Rabutin, en publiant sa correspondance , y intercala un certain nombre de lettres de Mme de Sévigné. En 1725 et 1726, parurent clés éditions plus ou moins tronquées ; et Mme de Simiane, petitefille de M,i e de Sé vigne, se décida à confier au chevalier de Perrin la publication des lettres qu’elle avait conservées. Le texte ori-

xvne siècle

ginal ne fut pas absolument respecté; on substitua, en particulier, des initiales à certains noms propres, et l’on atténua quelques expressions. Cette édition du chevalier de Perrin, parue de 1734 à 1737, fut réimprimée en 1754. — En 1818, parut une édition nouvelle, plus complète, celle de Monmerqué. Mais la seule où le texte ait été reconstitué selon une véritable méthode cri tique, est celle de M. Ad. Régnier, dans la Collection des grands écrivains de la France.

6. Le style de Mm< de Sévigné. — Bien qu’il y ait, dans le style de Mme de Sévigné, quelques traces d’une préciosité tantôt involontaire, tantôt cherchée, l’impression dominante de ce style, c’est le naturel. En effet, Mme de Sévigné n’est pas un écrivain de profession, et ce n’est pas un livre qu’elle écrit. Elle a beaucoup lu, sans doute, et elle subit des influences, en particulier celles de Montaigne et de Voiture; mais surtout elle causait à merveille, et, la plume à la main, elle cause encore. Aussi apportet-elle, à rédiger ses lettres, la même aisance piquante et imprévue que dans la conversation ; son style est primesautier. — Elle ajoute, à cette vivacité d’expression, un don de voir et de peindre qui lui est propre, à sa date, et qui la rapproche de La Bruyère et des romanciers anglais du xvm® siècle. Nous ne saurions trop le répéter : elle voulait amuser ses correspondants, et leur faire voir par ses lettres ce qui se passait loin d’eux ; de là, cette recherche de la couleur et du geste, et cet art d’accumuler sans confusion tant de jolis détails. Elle voulait aussi extérioriser scs sentiments et laisser lire dans son âme : de là, ces analyses à la fois sincères et coquettes, où il semble que d’ellë tout ait passé, jusqu'au sourire des lèvres et à l’éclat des yeux.

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