III. — La bataille d’Aliscans (xi>« siècle
Dans cette Chanson de geste, la plus célèbre du c-'cle de Guillaume d’Oraugc, le trouvère nous fait assister à la défaite de l’armée chrétienne parles Sarrasins, dans les plaines d’Aliscans (près d’Orange). Guillaume voit périr autour de lui ses meilleurs chevaliers, et son neveu le jeune Vivien ; resté seul pour échapper aux ennemis, il se déguise en Sarrasin et fuit vers les remparts d’Orange. Mais là, sa femme, Guibourc refuse de lui ouvrir les portes, et le renvoie au combat. — Nous donnons la traduction littérale de ce passage, un des plus originaux de notre vieille poésie.
Guillaume vient à la porte ; il appela le portier ; à haute voix il commença à crier : « Ouvre la
porte, laisse le pont glisser; hâte-toi, frère, beaucoup en ai grand besoin. » Quand le portier lentendit ainsi piesser, sur la tourelle il est allé s’appuyer ; il ne 1 econnut pas son coursier couleur de fer ni l enseignc qu il vit flotter, ni le vert heaume, ni l’écu à quartiers; il pensa qu il fût queîqu un de la nation ennemie, qui les voulait trahir et tromper. Il dit à Guillaume :
« Or, tirez-vous arrière, si d’un seul petit pas je vous vois approcher davantage, je vous donnerai tel coup sur ce heaume vergé \ que du cheval je vous ferai trébucher. Allez-vous-en, traître trompeur; Guillaume doit revenir de l’Archant 1 2, pensez-vous maintenant que nous soyons bergers? 3 » Le comte dit : « Ami. ne t émeus. Je suis Guillaume, le marquis au visage fier. Morts sont mes hommes, je n’y ai nul remède ; ils sont tués et hachés. » Dit le portier: « Un instant attendez. » De la tourelje il est très vite descendu, il vint à Guibourc, très haut s’est écrié : « Noble comtesse, hfflez-