CLÉ ANTE
Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré,
Et le savoir chez moi n’est pas tout retiré ; 30
Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science,
Du faux avec le vrai faire la différence.
Et comme je ne vois nul genre de héros
12. Masque, dans son Sermon sur l'hypocrisie , Bourdaloue fait précisément observer que Molière risque, en arrachant le masque, d’égratigner le visage.
Qui soient plus à priser que les parfaits dévots, Aucune chose au monde et plus noble et plus belle 35 Que la safnte ferveur d’un véritable zèle,
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux Que le dehors plâtré d’un zèle spécieux;
Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,
De qui la sacrilège et trompeuse grimace 40
Abuse impunément et se joue, à leur gré,
De ce qu’ont les mortels de plus saint et sacré ;
Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise,
Et veulent acheter crédit et dignités 45
A prix de faux clins d’yeux et d’élans affectés;
Ces gens, dis-je, qu'on voit d’une ardeur non commune Par le chemin du ciel courir à leur fortune ;
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour,
Et prêchent la retraite au milieu de la cour ; 50
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,7 Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices, Et, pour perdre quelqu’un, couvrent insolemment De l’intérêt du ciel leur fier ressentiment,
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère, 55 Qu’ils prennent contre nous des armes qu’on révère,
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré,
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paraître ;
Mais les dévots de coeur sont aisés à connaître. 00 Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeux Qui peuvent nous servir d’exemple glorieux.
Regardez Ariston, regardez Périandre,
Oronte, Alcidamas, Polydore, Clitandre.
38. Plâtré, fardé. Cf. Boileau, Ep. IX. Ses bons mots ont besoin de farine et de plâtre. . . Son visage essuyé n'a plus rien que d'affreux. — 39. Dévots de place, qui se montrent sur la place publique, et s’y donnent en spectacle. Cf. voiture de place, —46. Clins d’yeux, clin, du verbe cligner(latin cl inare, incliner, baisser). Cf. clignement , clignoter
338 LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS
Ce titre par aucun ne leur est débattu ; 65
Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu.
On ne voit point en eux ce faste insupportable.
Et leur dévotion est humaine, et traitable.
Ils ne censurent point toutes nos actions;
Ils trouvent trop d’orgueil dans ces corrections ; 70
Et, laissant la fierté des paroles aux autres,
C’est par leurs actions qu’ils reprennent les nôtres. L'apparence du mal a chez eux peu d'appui,
Et leur âme est portée à juger bien d’autrui.
Point de cabale en eux, point d’intrigues à suivre ; 75 On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre. Jamais contre un pécheur ils n’ont d’acharnement;
Ils attachent leur haine au péché seulement,
Et ne veulent point prendre, avec un zèle extrême, Les intérêts du ciel plus qu’il ne veut lui-même. 80 Voilà mes gens ; voilà comme il en faut user ;
Voilà l'exemple enfin qu’il se faut proposer.
( Tartuffe , I, sc. vi.
La satire sociale dans Molière Le grand seigneur méchant homme (1665).
Don Juan et Monsieur Dimanche.
Molière ne nous a pas seulement représenté les petits marquis ridicules, les beaux esprits, les femmes savantes... 11 nous a laissé souvent une peinture hardie des vices de son temps. Dans Don Juan , il fait agir le grand seigneur méchant homme , libertin dans tous les sens du mot, bernant ses créanciers et raillant son père. On trouve, dans cette scène, une excellente silhouette de marchand, homme complaisant jusqu à la servilité, et que Don Juan a grand tort de ne pas payer, mais qui peut-être regagne sur un seul client tout ce que les autres lui auront
65. Débattu. Ne se dirait plus ainsi dans le sens de discuter, refuser. On l'emploie sans complément.— -73. Peu d’appui, c’est-à-dire : l’apparence du mal trouve chez eux peu de créance. — 81 . Voilà m'es gens, Voilà les
gens que j’aime et que j'imite.
XVIIe SIÈCLE
fait perdre. Après Don Juan qui ne paye pas ses marchands, on verra plus tard Dorante (dans le Bourgeois gentilhomme) qui emprunte de l’argent au fils d’un drapier enrichi.
La Violette, valet. — Monsieur, voilà votre marchand, M. Dimanche, qui demande à vous parler.
Sganarklle. — Bon, voilà ce qu’il nous faut 1 , qu’un compliment de créancier. De quoi s'avise-t-il de nous venir demander de l’argent, et que ne lui disais-tu que Monsieur n’y esLpas ?
La Violette. — Il y a trois quarts d'heure que je le lui dis; mais il ne veut pas le croire, et s'est assis là dedans pour attendre.
Sganarelle. — Qu’il attende tant qu il voudra.
Don Juan. — Non, au contraire, faites-le entrer. C’est une fort mauvaise politique que de se faire celer2 aux créanciers. Il est bon de les payer de quelque chose, et j’ai le secret de les renvoyer satisfaits, sans leur donner un double 3. ( Entre M . Dimanche.)
Don Juan, faisant de grandes civilités . — Ah ! monsieur Dimanche, approchez. Que je suis ravi de vous voir, et que je veux de mal à mes gens de ne vous pas faire entrer d’abord ! J’avais donné ordre qu’on ne me fît parler personne 4 ; mais cet ordre n’est pas pour vous, et vous êtes en droit de ne trouver jamais de porte fermée chez moi.
Monsieur Dimanche. — Monsieur, je vous suis fort obligé.
Don Juan [parlant àses laquais). — Parbleu ! coquins, je vous apprendrai à laisser M. Dimanche dans une antichambre, et je vous ferai connaître les gens.
Monsieur Dimanche. — Monsieur, cela n’est rien.
1. Voilà ce qu’il nous faut... Il ne nous manquait plus que... —
"• Celer, du latin ce/are, cacher.. Le mot n'est plus très usité. Cf. recel,
receleur. — 3. Double, par abréviation pour double denier. On disait aussi doublon. Le denier (latin denarius), dixième partie du sou, n'était plus qu une monnaie de compte. — 4. Qu’on ne me fit parler personne, qu’on
ne permit à personne de me parler-.
LÈ3 GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS -
Don Juan. — Gomment ? vous dire que je n’y suis pas, à M. Dimanche, au meilleur de mes amis !
Monsieur Dimanche. — Monsieur, je suis votre servileur. J’étais venu...
Don Juan. — Allons vite, un siège pour M. Dimanche.
Monsieur Dimanche. — Monsieur, je suis bien comme cela.
Don Juan. — Point, point, je veux que vous'soyez assis contre moi 5 6 .
"Monsieur Dimanche. — Cela n’est point nécessaire.
Don Juan. — Otez ce pliant, et apportez un fauteuil.
Monsieur Dimanche. — Monsieur, vous vous moquez, et...
Don Juan. — Non, non, je sais ce que je vous dois, et je ne veux point qu’on mette de différence entre nous deux .
Monsieur Dimanche. — Monsieur...
Don Juan. — Allons, asseyez-vous.
Monsieur Dimanche. — 11 n’est pas besoin, monsieur, et je n’ai qu'un mot à vous dire. J’étais...
Don Juan. — Mettez-vous là, vous dis-je.
Monsieur Dimanche. — Nonr monsieur, je suis bien. Je viens pour. . .
- Don Juan. — Non, je ne vous écoute point si vous nVetes assis.
Monsieur Dimanche. — Monsieur, je fais ce que vous voulez. Je...
Don Juan. — Parbleu ! monsieur Dimanche, vous vous portez bien.
Monsieur Dimanche. — Oui, monsieur, pour vous rendre service. Je suis venu...
Don Juan. — Vous avez un fonds de santé admirable, des lèvres fraîches, un teint vermeil, et des yeux vifs.
Monsieur Dimanche. — Je voudrais bien. . .
5. Contre moi, en face de moi. Cf. Critique de l'Ecole des femmes. Le marquis dit: Do ri las, contre qui j'étais (qui était assis en face de
moi, sur la banquette du théâtre) a été de mon avis.
XVIIe SIÈCLE
Don Juan. — Gomment se porte Mme Dimanche, votre épouse?
Monsieur Dimanche. — Fort bien, monsieur, Dieu merci. *
Don Juan. — C'est une brave femme.
Monsieur Dimanche. — Elle est votre servante,, monsieur. Je venais . ..
Don Juan. — Et votre petite fille Claudine, comment se porte- t-elle? ^
Monsieur Dimanche. — Le mieux du monde.
Don Juan. — La jolie petite fille que c'est ! Je Fai nie de tout mon cœur.
Monsieur Dimanche. — C’est trop d'honneur que vous lui faites, monsieur. Je vous...
Don Juan. — Et le petit Colin, fait-il toujours bien du bruit avec son tambour?
Monsieur Dimanche. — Toujours de même, monsieur. Je... .
Don Juan. — Et votre petit chien Brusquet, grondet-il toujours aussi fort, et mord-il toujours bien aux jambes les gens qui vont chez vous ?-
Monsieur Dimanche. — Plus que jamais, monsieur, et nous ne saurions en chevir6.
Don Juan. — Ne vous étonnez pas si je m’informe des nouvelles de toute la famille, car j’y prends beaucoup d’intérêt.
Monsieur Dimanche. — Nous vous sommes, monsieur, infiniment obligés. Je...
Don Juan, lui tendant ta main. — Touchez donc là7, monsieur Dimanche. Etes-vous bien de mes amis ?
Monsieur Dimanche. — Monsieur, je suis votre serviteur.
0. Chevir, venir à bout, de chef , tête (latin cuput , mener à chef, achever- 7. Touchez-là, formule usitée au xvne siècle, pour touchez-moi lu ma.in , donnez-moi la main.
342 LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
Don Juan. — Parbleu 1 je suis à vous de tout mon cœur.
Monsieur Dimanche. — Vous m’honorez trop. Je...
Don Juan. — Il n’y a rien que je ne fisse pour vous.
Monsieur Dimanche. — Monsieur, vous avez trop de bonté pour moi.
Don Juan. — Et cela sans intérêt, je vous prie de le croire.
Monsieur Dimanche. — Je n’ai point mérité cette grâce assurément. Mais, monsieur...
Don Juan. — Oh çà, monsieur Dimanche, sans façon, voulez-vous souper avec moi ?
Monsieur Dimanche. — Non, monsieur, il faut que je m’en retourne tout à l’heure. Je...
Don Juan, se levant . — Allons, vite un flambeau pour conduire M. Dimanche, et que quatre ou cinq de mes gens prennent des mousquetons pour l’escorter 8.
Monsieur Dimanche, se levant de même. — Monsieur, il n’est pas nécessaire, et je m’en irai bien tout seul. Mais... ( Sganarelle ôte les chaises promptement )
Don Juan. — Gomment? je veux qu’on vous escorte, et je m’intéresse trop à votre personne. Je suis votre serviteur, et de plus votre débiteur.
Monsieur Dimanche. — Ah! monsieur...
Don Juan. — G’est une chose que je ne cache pas, et je le dis à tout le monde.
Monsieur Dimanche. — Si...
Don Juan. — Voulez-vous que je vous reconduise ?
Monsieur Dimanche. — Ah ! monsieur, vous vous moquez! Monsieur...
Don Juan. — Embrassez-moi donc, s’il vous plaît. Je vous prie encore une fois d’être persuadé que je suis tout à vous, et qu’il n’y a rien au monde que je ne fisse pour votre service. (Il sort 9.)
(Don Juan , acte, IV, sc. n et m.)
8. Escorter, à cette époque, les personnes de qualité se faisaient escorter la nuit par des porteurs de torches. — 9. Après la sortie de Don Juan, M. Dimanche reste avec Sganarelle, à qui il demande d’intercéder pour lui auprès de son maître ; Sganarelle le met à la porte.
XVIIe SIÈCLE
Le Bourgeois gentilhomme ^1670).
Molière ridiculise dans cette pièce la manie d’un bourgeois, dont le père a fait fortune en vendant du drap, et qui veut jouer au gentilhomme. Tant que M. Jourdain se borne à porter des habits extravagants, à danser !e menuet, à prendre des leçons d’armes et de philosophie, sa folie n’atteint que lui-même. Mais Molière, en excellent moraliste, nous montre les conséquences funestes de ce travers dans la famille tout entière. M. Jourdain refuse de donner sa fille en mariage à l’honnête bourgeois qui l’aime, et veut en faire une marquise (de même Orgon veut marier sa fille à Tartuffe ; Philaminte, Henriette à Trissotin ; Argan, le malade imaginaire, Angélique à un médecin). A l’aveuglement de M. Jourdain, Molière oppose le bon sens robuste de Mme Jourdain. C’est surtout au point de vue de cette lutte de caractères qu’il faut étudier la scène suivante .
M. JOURDAIN, Madame JOURDAIN, GLÉONTE, LUCILE, COVIELLE, NICOLE4.
Cléonte. — Monsieur, je n'ai voulu prendre personne pour vous faire une demande que je médite il y a longtemps. Elle me touche assez pour m’en charger 1 2 moimême ; et, sans autre détour, je vous dirai que l'honneur d’être votre gendre est une faveur glorieuse que je vous prie de m’accorder.
Monsieur Jourdain. — Avant que je vous rende réponse, monsieur, je vous prie de me dire si vous êtes
gentilhomme.
Cléonte. — Monsieur, la plupart des gens sur cette question n’hésitent pas beaucoup ; on tranche le mot aisément. Ce nom ne fait aucun scrupule à prendre, et l’usage aujourd’hui sembleen autoriserle vol. Pour moi, je vous l'a voue, j’ai des sentiments, sur cette matière, un peu plus délicats. Je trouve que toute imposture est indigne d'un honnête homme, et qu’il y a de la lâcheté à déguiser ce que le ciel nous a fait naître, à se parer, aux yeux du monde, d’un titre dérobé, à se vouloir
1. Lucile est la fille de M. et Jourdain ; Covielle est le valet de Cléonte ; Nicole est la servante de Mm® Jourdain. — 2. Pour m’en charger, la grammaire actuelle exige : pour que je m'en charge. L'infinitif ainsi
construit doit toujours se rapporter au sujet de la proposition.
344 LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS
former pour ce qu’on n'est pas. Je suis né de parents sans doute, qui ont tenu des charges Tionorables ; je me suis acquis dans les armes l’honneur de six ans de service, et je me trouve assez de biens pour tenir dans le monde un rang assez passable ; mais, avec tout cela, je ne veux point me donner un nom où 3 d’autres, en ma place, croiraient pouvoir prétendre ; et je vous dirai franchement que je ne suis point gentilhomme.
Monsieur Jourdain. — Touche là4 * *, monsieur; ma iille n’est pas pour vous.
Cléonte. — Comment?
Monsieur Jourdain. — Vous n êtes point gentilhomme, vous n’aurez point ma fille.
Madame Jourdain. — Que voulez-vous dire avec votre gentilhomme ? Est-ce que nous sommes, nous autres, de la côte de saint Louis s.
Monsieur Jourdain. — Taisez-vous, ma femme ; je vous vois venir.
Madame Jourdain. — Descendons-nous tous deux que G de bonne bourgeoisie ?
Monsieur Jourdain. — - Voilà pas 7 le coup de langue?
Madame Jourdain. — Et votre père n’était-il pas marchand aussi bien que le mien ?
Monsieur Jourdain. — Peste soit de la femme ! Elle n’y a jamais manqué. Si votre père a été marchand, tant pis pour lui; mais, pour le mien, ce sont des malavisés qui disent cela8; tout ce que j’ai à vous
3. Où s’employait fréquemment pour auquel. Cf. Racine, Iphigénie,
3. VI, El voilà donc l'hymen où j'étais destinée. — 4. Touchez-là, touche/
moi la main, comme s'ils étaient d’accord; le refus qui suit cette formule
n'en est que plus impertinent. — o. De la côte de saint Louis, par analogie
avec l’expression plus répandue : de la côte d’Adam. — 6. Que équivaut à sinon. La phrase, aujourd’hui, devrait se construire: « D'où descendonsnous tous deux sinon, de bonne bourgeoisie ». — 7. Voilà pas... Ne voilàt*il pas... — 8. Bientôt, Covielle qui invente de faire passer Cléonte pour le fils du grand Turc, flattera M. Jourdain en lui rappelant que son père était gentilhomme, et ajoutera : « Lui marchand! C’est pure médisance,
il ne l’a jamais été. Tout ce qu’il -faisait, c'est qu'il était fort oblîgeanl ,
dire, moi, c’est que je veux avoir un gendre gentilhomme.
Madame Jourdain. — Il faut à votre fille un mari qui lui soit propre; et il vaut mieux, pour elle, un honnête homme riche et bien fait qu un gentilhomme gueux et mal bâti.
Nicole. — - Cela est vrai. Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand malitorne 9 et le plus sot dadais que j’aie jamais vu,
Monsieur Jourdain, à Nicole . Taisez-vous, impertinente. Vous vous fourrez toujours dans la conversation. J’ai du bien assez pour ma fille ; je n’ai besoin que d'honneurs, et je la veux faire marquise.
Madame Jourdain. — Marquise ?
Monsieur Jourdain. — Oui, marquise.
Madame Jourdain. — Hélas ! Dieu m’en garde!
Monsieur Jourdain. * — C’est une chose que j'ai résolue.
Madax\ie Jourdain. — C’est une chose, moi, où je ne consentirai point. Les alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients. Je ne veux point qu’un gendre puisse à ma fille reprocher ses parents, et qu’elle ait des enfants qui aient honte de m’appeler leur grand’maman. S’il fallait qu'elle me vînt visiter en équipage de grande dame, et qu’elle manquât, par mégarde, à saluer quelqu’un du quartier, on ne manquerait pas aussitôt de dire cent sottises. « Yo\ezvous, dirait-on, cette madame la marquise qui fait tant la glorieuse f 1 ! c’est la fille de M. Jourdain, qui était, trop heureuse, étant petite, de jouer à la madame avec nous. Elle n’a pas toujours été si relevée que la voilà;
fort officieux ; et comme il se connaissait fort bien en étoffes, il en allait .choisir de tous les côtés, les faisait apporter chez lui, cl en donnait à ses amis pour de l'argent. » (Acte iv, sc. ni.) — 9. Malitorne, mal tourné. — lu- Où, voir plus liaut, la note 3. — il. Glorieuse, orgueilleuse, vaniteuse. Cf. le titre de la comédie de Destouches, le Glorieux.
LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS
et ses deux grands-pères vendaient du drap auprès de la porte Saint-Innocent12. Ils ont amassé du bien à leurs enfants, qu’ils payent peut-être maintenant bien cher en l’autre monde ; et Ton ne devient guère si riches à être honnêtes gens. » Je ne veux point tous ces caquets, et je veux un homme, en un mot, qui m’ait obligation de ma fille, et à qui je puisse dire : Mettez-vous là, mon gendre, et dînez avec moi.
Monsieur Jourdain. — Voilà bien les sentimentsM’un petit esprit, de vouloir demeurer toujours dans la’ bassesse. Ne me répliquez pas davantage; ma fille sera marquise en dépit de tout le monde; et, si vous me mettez en colère, je la ferai duchesse *3.
{Le Bourgeois gentilhomme , III, 12.) Molière imitateur des anciens.
Amphitryon (1668).