‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 13 sur 232 · I. — Les Romans de la Table ronde · texte numérisé non relu

I. — Les Romans de la Table ronde

î. Définitions et sources. — On donnait d’abord le nom de roman , à tout ouvrage, en vers ou en proset écrit en langue vulgaire. Mais le roman , en vers, s’oppose à la Chanson de geste , en ce que, tandis que celle-ci a toujours un fondement plus ou moins historique, le roman est une œuvre d'invention ou d’imitation. Les romans bretons ou romans de la Table ronde développent des sujets empruntés aux vieilles légendes celtiques, et qui nous furent connus d’abord par de courts poèmes appelés lais. Parmi ces romans, les uns ont pour héros principal quelque chevalier venu de cette cour bretonne où le roi Arthur réunissait ses principaux vassaux autour d’une table ronde ; les autres se rattachent à la légende du graal, vase où Joseph d’Arimathie avait recueilli le sang du Christ, et que des chevaliers au cœur pur gardaient dans le château de Montsalvat.

2. Les personnages. — Ne confondons pas le chevalier des Chansons de geste avec celui des romans bretons. Un Roland, un Guillaume, sont des barons chrétiens et français,' qui se battent pour leur pays et pour leur Dieu, contrôles Sarrasins. On les voit uniquement occupés de frapper de grands coups ; vaincre ou mourir, telle est'lcur devise. La femme n’apparaît que- très discrètement dans les Chansons de geste, et ses sentiments sont aussi de nature héroïque. — Le chevalier de la Table ronde n’est plus un combattant au service du pays ; il porte les couleurs de la « dame de ses pensées », et c’est pour elle, c’est pour la conquérir ou pour lui obéir, qu'il accomplit, au péril de sa vie, de merveilleux et vains exploits . Quand la religion se mêle à Y amour courtois ( courtois se dit de ce qui convient à Yhomme découlé lie a un caractère mystique et superstitieux : les légendes du paganisme ^celtique viennent souvent s’y amalgamer de la façon la -plus étrange. — Mais, aussL avoiions-le, la psychologie des romans est bien plus fine

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et délicate que cell* des Chansons de geste; Benoui., auteur de Tristan , et Chrétien de Thoyes, auteur du Chevalier au lion et de Lancelot , sont, sous ce rapport, plus classiques et plus modernes que les trouvères.

3. Principaux poèmes. — a) Parmi les plus célèbres romans nous avons d’abord ceux dont Chrétien de Troyes est l'adaptateur plutôt que l'inventeur. Ce poète, mort à la lin du xn® siècle, vivait à la cour très raffinée de Marie de Champagne ; et celleci passe pour lui avoir indique elle- même les sources celtiques de quelques-uns de scs poèmes. Citons seulement :

Le Chevalier au lion, histoire d’un chevalier d’Arthur, lvain, qui après avoir blessé mortellement un autre chevalier, s’éprend de ra veuve, et finit par l’épouser grâce au manège très subtil d’une dame de compagnie ; mais lvain part pour accomplir de nouveaux exploits, et il laisse passer le délai prescrit par sa femme : celle-ci le bannit d’abord de sa présence, puis finit par lui par donner.

Lancelot raconte les aventures du chevalier de ce nom qui, pour plaire à la reine Guenièvre, ne cesse de mettre sa vie en péril. Il consent même, au risque de se déshonorer, à se laisser traîner sur une charrette; mais il arriveainsi à délivrer la reine.

Enfin, Perceval se rapporte â la légende dn Sainl-Graal.

h) Tout à fait â part, il faut considérer Tristan et Yseult , dont nous possédons deux rédactions en vers, du xne siècle, l’une de Béroul, l’autre de Thomas. On doit y louer, à travers les épisodes souvent peu vraisemblables, une analyse vraiment pénétrante de l’amour passionné. Tristan ne pouvant épouser Yseult, mariée au roi Marc de Cornouailles, la fait appeler à son lit de mort ; mais Yseult arrive trop tard, et meurt elle mémo de désespoir près du cadavre de Trisfan. — Nous citons ce dernier épisode :

Mort d’Yseult (xir siècle).

\seuit est sortie du navire, elle entend les grandes plaintes dans la rue, les cloches aux monastères, aux chapelles ; eue demande aux hommes quelles nouvelles, pourquoi iis font de telles sonneries et a propos de quoi sont les larmes. Un ancien alors lui dit : « Belle dame, qu’ainsi Dieu m’aide, nous avons si grande douleur que jamais gens n’en eurent plus grande. Tristan, le pieux, le franc, jest mort : à ceux du royaume il était le soutien. » Dès que Yseult entend la nouvelle,

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de douleur elle 11e peut sonner mol ; à lel point elle est navrée de sa mort. Elle va par la rue, désalVublée, devant les autres, vers le palais. Les Bretons ne virent jamais plus une femme de sa beauté; ils s’émerveillent par la cité d’où elle vient, qui elle est. Yseujtva là où elle voit le corps, alors elle se tourne vers l’Orient, pour lui elle prie pieusement : « Ami Tristan, quand je vous vois mort, avec raison je ne puis ni dois vivre. ^ Vous êtes mort pour mon amour, et je meurs, ami, ^lc tendresse, de ce que je ne pouvais venir à temps. » A c<Uc de lui elle va, l’embrasse et s’étend ; et alors elle rend l’esprit.

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