‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 135 sur 232 · I. — Le roman · texte numérisé non relu

I. — Le roman

Le roman, déjà très en faveur au xvne siècle, se développe, auxvin*, sous toutes les formes : tantôt il a douze volumes, et tantôt c’est un conte de cent pages. — Nous parlons ailleurs des romans de Voltaire, de Rousseau etde Bernardin de Saint-Pierre. Il nous reste à étudier : Le Sage, Marivaux, l’abbé Prévost.

1. Le Sage (1668-1747). — Le Sage, également célèbre comme auteur dramatique (cf. p. 541) a publié deux romans :.Le Diable boiteux (1707), et G il Blas (Î715-1735).

a) Le Diable boiteux est imité de l’espagnol. Le diable Asmodée transporte don Cléophas au-dessus de Madrid, ôte aux maisons leur toit, et lui permet de voir tout ce qui se passe à l’intérieur, — cadre commode pour la peinture de la société et des mœurs. L’ouvrage est intéressant, entre les Caractères de La Bruyère et les Lettres pej'sanes de Montesquieu.

b) Gil Blas , se passe aussi en Espagne. Le héros est un jeune homme, appartenant aune très modeste famille d’Oviédo, et qui s’en va étudier à l’Université de Salamanque. 11 est arrêté en route par des voleurs, dont il reste six mois le prisonnier. Il s’évade, se fait laquais, sert différents personnages (dans lesquels Le Sage incarne des types très bien observés, depuis le petitmaître don Rafael et le médecin Sangrado, jusqu’à l’archevêque de Grenade); devient secrétaire, puis favori du duc de Lerme, premier ministre; monte au comble de la puissance et delà richesse ; puis est disgracié , reconquiert la fortune, rentre à la cour comme secrétaire du comte d’Olivarès, et se retire dans son château, où il se marie et finit paisiblement une existence si agitée.

C’est un tableau très vivant et très piquant d’une société qui n’a d’espagnol que le non|, et d’une telle variété qu’on le lit sans fatigue, en dépit de sa longueur et de sa complexité. — Gil Blas,

Les GRAN1)S ECRIVAINS FRANÇAIS

maigre sa faiblesse de caractère et ses fautes, ne perd point la notion du bien et du mal. Mais, ce qui nous inquiète en lui c’est son excès de docilité à l’égard des hommes et des événements II représente cette humanité moyenne et médiocre qui se laisse nener par la volonté bonne ou mauvaise d’autrui ; et, sans être h criminel ni tout à fait un malhonnête homme, il est de ceux pu n inspireraient aucune confiance.

Le style de Le Sage, dans Gil Blas est simple et varié. Il a .ussi des qualités « dramatiques » : chaque personnage y parle .,u naturel le langage de son caractère et de sa condition

Le Parasite (1715);

Gil Blas, âgé de dk-sept ans, vient de quitter Oviedo. Monté sur une mule que lui a donnée son oncle, le chanoine Gil Perez, il arrive d’abord u village de Penaflor, et descend à l’hôtellerie. — L’analyse de ce inorccuu doit porter successivement sur deux points : 1“ Etude de la narram>" qui a son exposition, son nœud, son dénouement, et qui est un modèle de clarté et de simplicité savante; .J ~

2° Etude des caractères : c’est une scène de comédie. On en fera ressortir j ljlora‘lic> *t0llte d expcriénce. La leçon formulée au dénouement par le

'(\ T"a ‘b* i,wlo?uc a celle <IlIe le Rcl«rJ donne au Corbeau, dans la labié de La Lontaine.

Jc demandai à souper dès que je fus dans Hiùtcllerie. ( é était un jour maigre : on m’accommoda des œufs. Pendant qu on me les apprêtait, je liai conversation avec l’hôtesse, que je noyais point encore vue. Lorsque 1 omelette qu on me faisait fut en état de m’être servie, je m assis tout seul à une table. Je n’avais pas mangé le premier morceau que l’hôte entra suivi de l’homme qui 1 avait arrêté dans la rue. Ce cavalier portait une longue rapière et pouvait bien avoir trente ans. 11 s approcha de moi d’un air empressé : 4- « Seigneur écolier, -me dit-il, je viens d apprendre que vous êtes le seigneur Gil Blas de Santillane, l’ornement d’Oviédo et le flambeau de la philosophie. Est-il bieja possible que vous soyez ce savantissimë, ce bel esprit dont la réputation est si grande en ce pays-ci? Vous ne savez pas.

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