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Vanvenargues (1715-1747). - Officier d’un rare mérite

r^r^ n8,!1'''1 Part à ‘a CamPa«ne D’Italie de 1734, eT à la retraite de Boheme en 1742. A la suitf> d’îrifinwiit > . . ,

pendant cette dernière campagne, il tenta vainement cTobteS mr une pkee dans la diplomatie. C’est dans l’étude et dins ïa" méditation qu il chercha une consolation contre les maux nhv

Voltaire* leS d1cePlions de son existence. Il fut lié avec

VoRa re qui éprouvait pour lui une véritable admiration et qui a pleure avec émotion sa mort prématurée.

Le fond de sa philosophie et de sa morale est donc tm’ certain

siastê8^ Tcroft iTaT* T Tvt CSt aUSSi U" °Ptimiste et un enthounn’il t.rm ? 1 1 b°"tede 1 homme ; à l’excellence des passions , , de sa''olr diriger; à la vertu, à la gloire il tente dé

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Connue peintre de caractères , Vauvenargues est ingénieux et

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a pas la pittoresque précision. Comme critique il est dIus

S aime> 11 ép,'°UVe d0S Apathies lÆs

répulsions . il les exprime avec délicatesse. Vauvenargues met en pratique sa maxime : « I. faut avoir de l’âme, pSS

Enfin écrivain, Vauvenargues a des qualités précieuses II a dit. «La nette é est le vernis des maîtres. » Et la netteté es son premier mérite. Mais i,y a joint une certaine cha.eur^uvt • ’ ?A „ Parfois jusqu à l’enthousiasme, sans jamais monter

coeur. ^ UmphaSe’ Son est spontanée; elle vient du

XVIIIe SIÈCLE

Les grands hommes de l’antiquité.

Lettre au marquis de Mirabeau

A Verdun, le 22 mars 1740.

Il ne faut mettre dans les mains de ce jeune homme 1 2 * que des livres qui ont de l’intérêt : par exemple, j’aurais voulu lui donner les Vies de Plutarque 3. C’est une lecture touchante: j’en étais fou à son âge; le génie et la vertu ne sont nulle part mieux peints ; l’on y peut prendre une teinture de l’histoire de la Grèce etanême de celle de Rome. Pour moi, je pleurais de joie lorsque je lisais ces Vies ; je ne passais point de nuit sans parler à Alcibiade, Agésilas, et autres ; j’allais dans la place de Rome, pour haranguer avec les Gra.cques et pour défendre Caton, quand on lui jetait des pierres. Vous souvenez-vous que, César voulant faire passer une loi trop à l’avantage du peuple, le même Caton voulut l’empêcher de la proposer et lui mit la main sur la bouche, pour l’empêcher de parler 4 ? Ces manières d’agir, si contraires à nos mœurs, faisaient grande impression sur moi. 11 me tomba en même temps un Sénèque dans les mains, je ne sais par quel hasard ; puis des lettres de Brutus à Cicéron, dans le temps qu’il était en Grèce, après la mort de César ; ces lettres sont si remplies de hauteur,* d’élévation, de passion et de courage, qu’il m’était bien impossible de les lire de sang-froid*. Je mêlais ces trois lectures, et

1. Marquis de Mirabeau, Victor Riquetti, marquis de Mirabeau (1715-

178»), est le père du célèbre orateur Mirabeau. It fut économiste et philanthrope. — 2. Ce jeune liommé, le frère cadet du marquis, Louis- Alexandre de Mirabeau. — 3. Vies de Plutarque, les célèbres vies ou biographies des grands hommes de l'antiquité, écrites en grec par Plutarque (60-130 ap. J.-C.), avaient été traduites au xvi* siècle par Amyot. Elles étaient le livre préféré de tous ceux qui aimaient l'énergie et la grandeur dame. — 4. Vauvenargues a ici un souvenir inexact.

C’est un partisan de Caton, Minucius Thermus, qui fait ce geste contre un

ami de César, Meteïlus. ~

LES GRANDS ECR1VA NS FRANÇAIS

j en étais si ému, que je fie^ontenais plus ce qu elles niellaient en moi ; j’élouflais, je quittais mes livres, et je sortais comme un homme en fureur, pour faire plusieurs fois le tour d’une longue terrasse en courant de toute ma force, jusqu’à ce que la lassitude mît fin à la convulsion \

C’est là ce qui m’a donné cet air de philosophie qu on dit que je conserve encore, car je devins stoïcien 6 de la meilleure foi du monde; mais stoïcien à lier; j aurais voulu qu’il m arrivât quelque infortune remarquable, pour déchirer mes entrailles, comme ce fou de Caton, qui fut si fidèle à sa secte 7. Je fus deux ans comme cela, et puis je dis à mon tour comme Brutus . « O vertu, tu nés qu’un fantôme! » Cependant cel aimable stoïcien, que sa constante vertu, son génie, son humanité, son inflexible courage, me rendaient infiniment cher, ma fait verser bien des larmes sur la faiblesse de sa mort : c’est une extrême pitié de voir tant de vertu, tant de force et de grandeur d’âme vaincues en un moment par le plus léger revers, au milieu de tant de ressources et de tant de faveurs de la fortune ! Mais n’est-ce pas une folie que de vous conter tout cela, et prendre ce ton lugubre ? Vous allez croire que je veux que votre frère devienne un stoïcien, et qu il se tue comme Caton, ou qu’il lise notre Sénèque. Ah ! n’appréhend ez pas cela ; je ris actuellement de mes vieilles folies, et même des* folies présentes 8.

O. Cf. les impressions de Chateaubriand, au château de Combourg {Mémoires d' outre-tombe, I) ; celles*du jeune Augustin Thierry, lisant les Martyrs (Préface de Dix ans d'études historiques ), etc. — G. Stoïcien, la doctrine stoïcienne, qui soppole à l’épicurisme, eut pour initiateur Zenon (111e siècle av. J.-C.). Les stoïciens se faisaient remarquer par leur fermeté d’àme et leur désintéressement. — 7. Caton d’ütique (95-46 av. J.-C.) se déclara contre César pour Pompée ; après la défaite de celui-ci, il se tua. Vauvenargues déclare plus loin qu’il a pitié de la faiblesse de œltc mort; il considère le suicide comme une lâcheté. —8. II y a beaucoup d'ironie amère dans ces déclarations : Vauvenargues appelle vieilles folies ses ambitions déçues ; au fond il est resté un stoïcien.

XVIIIe SIECLE

Je voudrais bien que cette lettre fût assez ridicule pour vous faire rire vous-même, mais je crains qu’elle irait que ce qui est nécessaire pour vous ennuyer un quart d’heure, car il faut bien cela pour la lire.

Maximes (171(3).

Nous ne croyons pas devoir commenter ces maximes de Vauvenargues. Ce sera un excellent exercice pour les élèves que de chercher d’abord à les comprendre, puis à les développer. Nous rappelons que l’essentiel est de bien définir les termes, dans le sens où les entendait^ l’auteur, — et d’en chercher les rapports ; — puis viennent les exemples , tirés de l’histoire ou de l’expérience, et qui sont autant de preuves de fait , pour ou contre. •

— Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs.

— Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir.

— Nous querellons les malheureux pour nous dispenser de les plaindre.

— Ceux qui méprisent l’homme ne sont pas des grands hommes.

— Les grandes pensées viennent du cœur.

— Il faut avoir de Tarne pour avoir du goût.

* — Les premiers jours du printemps ont moins de grâce que la~vertu naissante d’un jeune homme.

— On doit se consoler de n’avoir pas les grands talents, comme on se console de n’avoir pas les grandes places. On peut être au-dessus de l’un et de l’autre par le cœur.

„ — La servitude avilit l’homme au point do s'en faire

aimer.

— La guerre n’est pas si onéreuse que la servitude.

— C’est un grand signe de médiocrité de louer toujours modérément.

— Nos plus sûrs protecteurs sont nos talents.

— Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu’à titre d’amis, ils nous les doivent, et nous ne

506 LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

pensons pas du tout qu'ils ne nous doivent pas leur amitié.

— Il est faux que Légalité soit une loi de la nature. La nature n’a rien fait d’égal. Sa loi souveraine est la subordination et la dépendance.

— Est-il vrai que les qualités dominantes excluent les autres? Qui a plus d’imagination que Bossuet, Montaigne, Descartes, Pascal, tous grands philosophes ? Qui a plus de jugement et de sagesse que Racine, Boileau, La Fontaine, Molière, tous poètes pleins de génie?

2. Chamfort (1741-1794) se fit dans les salons duxviii* siècle, par son esprit mordant et sa misanthropie paradoxale, une place prépondérante. C’ctait un méchant dans toute la force du terme, le Cléon de Gresset. Il a laissé dans ses Maximes et Pensées quelques phrases d’un tour vif, piquant, à l’emporte-pièce : « On n'imagine pas combien il faut d’esprit pour n etre pas ridicule » ; « La pire des mésalliances est celle du cœur»; « Pour être heureux dans ce monde, il y a des côtés de son âme qu’il faudrait entièrement paralyser » ; « La pauvreté met le crime au rabais » ; « On souhaite la paresse d’un méchant et le silence d’un sot ». Il fut malheureux, malgré ses succès mondains, et mourut victime de cetle Révolution qu’il avait souhaitée; mais ce ne fut pas sans avoir fourni. à Sieyès le titre de sa brochure sur le Tiers État.

Chamfort est, comme Voltaire, un excellent conteur; rien de plus vif et de plus amusant que l’anecdote suivante, que l’on croirait écrite par Saint-Simon en belle humeur.

Le duc et l’archevêque (publié en 1795).

Le duc d’A..., absent de la cour depuis plusieurs années, revenu de son gouvernement de Berri, allait à Versailles. La voiture versa et se rompit. Il faisait un froid très aigu. On lui dit qu’il fallait deux heures pour la remettre en état. Il vit un relai et demanda pour cfui c’était: on lui dit que c’était pour l’archevêque de Reims 1 qui allait à Versailles. Il envoya ses gens

1. L’archevêque de Reims, Le Tellier, frère de Louvois : sa noblesse était fort récente, aussi s'en montrait-il d’autant plus vaniteux.

devant lui, n’en réservant qu’un, auquel il recommanda de ne point -paraître sans son ordre. L’archevêque arriva. Pendant qu’on attelait, le duc charge un des gens de l'archevêque de lui demander une place pour un honnête homme dont la voilure vient de se briser, et qui est condamné à attendre deux hçures qu’elle soit rétablie. Le domestique va et l’ait la commission.

« Quel homme est-ce? dit l’archevêque. Est-ce quelqu’un comme il faut? — Je le crois, monseigneur, il a un air bien honnête. — Qu'appelles-tu un air bien honnête? Est-il bien mis? — Monseigneur, simplement, mais bien. — A-t-il des gens ? — Monseigneur, je l'imagine. — Va-t'en le savoir. » Le domestique va et revient : « Monseigneur, il les a envoyés devant à Versailles. — Ah ! c’est quelque chose, mais ce nrest pas tout. Demande-lui s’il est gentilhomme. » Le laquais va et revient. « Oui, mon-eigneur,. il est gentilhomme. — A la bonne heure ! qu’il vienne, nous verrons ce que c’est. »

Le Tluc arrive, salue. L’archevêque fait un signe de tète, se range à peine pour faire une petite place dans sa voiture. Il voit une croix de Saint-Louis 2. « Monsieur, dit-il au duc, je suis fâché de vous avoir fait attendre, mais je ne pouvais donner une place dans ma voiture à un homme de rien, vous en conviendrez. Je sais que vous ête< gentilhomme. Vous avez servi, à ce que je vois ? — Oui, monseigneur. — Et vous allez à Versailles? — Oui, monseigneur. — Dans les bureaux, apparemment? — Non, je n’ai rien à faire dans les bureaux, je vais remercier. — Qui ? M. de Louvois 3? — Non, monseigneur, le roi. — Le roi? (Ici l’archevêque se recule et* fait un peu de place.) Le roi vient donc

2. A l’époque où se place l’anecdote, l’ordre de Saint- Louis n’était pas

institué: il ne le fut qu’en 1692. — 3. Louvois (1641-1691), ministre de

de vous faire quelque grâce récente? — Non, monseigneur, c’est une longue histoire. — Conter toujours. — C’est qu’il y a deux ans j’ai marié ma fille à un homme peu riche (l’archevêque reprend un peu de l’espace qu’il a cédé dans sa voiture), mais d’un très -grand nom. » (L’archevêque recède la place.) Le duc continue : « Sa Majesté avait bien voulu s’intéresser à ce mariage (harchevêque fait "beaucoup de place) et avait promis à mon gendre le premier gouvernement qui vaquerait. — Comment donc? Un petit gouvernement, sans doute? de quelle ville? — Ce n’est pas seulement d’unè ville, monseigneur, c’est d’une province. — Ouais! dit l’archevêque en reculant dans l’angle de la voiture, d’une province? — Oui, et il va y en avoir un de vacant. — Lequel donc? — Le mien, celui de Berri, que je veux faire passer à mon gendre. — Quoi ! monsieur, vous êtes le gouverneur... vous êtes donc le duc de... » Et il veut descendre de sa voilure. « Mais, monsieur le duc, que ne parliez- vous ? Mais cela est incroyable ; mais à quoi m’exposez-vous ? Pardon de vous avoir fait attendre... Ce maraud de laquais qui ne me dit pas... Je suis bien heureux encore d’avoir cru, sur votre parole, que vous étiez gentilhomme : tant de gens se le disent sans l’être ! et puis ce d’Hozier h est un fripon ! Ah ! monsieur le duc, je suis confus. — Remettez-vous, monseigneur. Pardonnez à votre laquais* qui s’est contenté de vous dire que j’étais un honnête homme; pardonnez à d’Hozier, qui voifs exposait à recevoir dans votre voiture un vieux militaire non titré ; pardonnezmoi aussi de n’avoir pas commencé par faire mes preuves pour monter dans votre carrosse. »

[Anecdotes,)

4. D’Hozier, célèbre généalogiste du xvn# siècle (1592-1660). On l’accuse' d’avoir été souvent complaisant pour des familles dont les titres étaient peu anciens ou contestés.

XVIIIe SIÈCLE

3. Rivarol (1761-1801). — • Rivarol tint, lui aussi, un rang éminent dans les salons de Paris, et, pendant l’émigration, dans ceux de Bruxelles, de Berlin et de Londres. Il avait de l'esprit, et du meilleur, autant qu’un Français du xvme siècle pouvait en avoir ; c’est tout dire. Il écrivait sur ses Carnets des maximes tantôt profondes, tantôt piquantes : « Le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance » ; « Les passions sont les orateurs des grandes assemblées » ; « Un peu de philosophie écarte de la religion, beaucoup y ramène ». On disait de quelqu'un : « Il court après l’esprit » ; Rivarol répondait : « Je parie pour l’esprit ». Florian sortait un manuscrit de sa poche : « Ah î Monsieur, s'écriait Rivarol, si on ne vous connaissait pas, on vous volerait ! »

Rivarol a d’autres titres que ces mots. Il a écrit, en 1784, un Discours sur V universalité de la langue française, qui est à sa date un chef-d’œuvre de critique. — Il mourut à Berlin .

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