L1SIMON
Tout de bon ? Je parie Qu’un peu de vanité t’a fait croire cela?
LE COMTE
Non ; mais je suis peu fait à ces manières-là.
LISIMON
Oh bien, tu t’y feras, mon enfant. Sur les tiennes A mon âge, crois-tu que je forme les miennes?
LE COMTE
Vous aurez la bonté d’y faire des efforts.
LISIMON
Tiens, chez moi le dedans gouverne le dehors.
Je suis franc.
LE COMTE
Quant à moi, j’aime la politesse.
LISIMON
Moi, je ne l’aime point ; car c’est une traîtresse Qui fait dire souvent ce qu'on ne pense pas.
Je hais, je fuis ces gens qui font les délicats,
Dont la hère grandeur d’un rien se formalise,
Et qui craint qu’avec elle on familiarise ;
Et ma maxime, à moi, c'e^t qu’entre bons amis Certains petits écarts doivent être permis.
XVIIIe SIÈCLE
LE COMTE
D’amis jivec amis on fait la différence. 35
LISIMON
Pour moi, je n'en fais point.
LE COMTE
Les gens de ma naissance Sont un peu délicats sur les distinctions,
Et je ne suis ami qu’à ces conditions.
LISIMON
Ouais ! Vous le prenez haut. Écoute, mon cher comte, Si tu fais tant le fier, ce n’est pas là mon compte. 40 Ma fille te plaît fort, à ce que Ton m‘a dit;
Elle est riche, elle est belle, elle a beaucoup d’esprit ; fu lui plais ; j’y souscris du meilleur de mon âme, D’autant plus que par là je contredis ma femme,
Qui voudrait m’engendrer d’un grand complimenteur 45 Qui ne dit pas un mot sans dire une fadeur.
Mais aussi, si tu veux que je sois ton beau-père,
Il faut baisser d’un cran, et changer de manière,
Ou sinon, marché nul.
le comte, à Pasquin , se levant brusquement.
Je vais le prendre au. mot.