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PASQUIN

Vous en mordrez vos doigts, ou je ne suis qu’un sot. 50 Pour un faux point d'honneur perdre votre fortune?

Mais si...

le comte

LISIMON

Toute contrainte, en un mot, m’importune. L'heure du dîner presse ; allons, veux-tu venir ?

4~> S’engendrer, se donner quelqu’un pour gendre ; cf. Molièue. Ma foi ! je rn' engendrais d’une belle manière ! [L'Étourdi.)

Nous aurons le plaisir de nous entretenir ^ur nos arrangements; mais commençons par boire. 55 Grand’soif, bon appétit, et surtout point de gloire :

L est ma devise. On est à son aise chez moi ;

Et vivre comme on veut, c'est notre unique loi.

Viens, et, sans te gourmer avec moi de la sorte,

Laisse, en entrant chez nous, ta grandeur à la porte. GO

( Le Glorieux , II, 5.)

2. La Chaussée (1692-1754) est 1 inventeur de la comédie larmoyante. Cette fois, il n’est plus du tout question de rire. Des situations banales, traitées en un style pénible, mais avec sentimentalité, avec des tirades sur les devoirs sociaux, voilà ce que nous trouvons dans le Préjugé à la mode (1735), Mélanide (17415 etc. La Chaussée a parfois touché, comme dans MèUinide,k des sujets hardis, mais il n’en a pas senti la profondeur. II parait aujourd’hui insipide, parce qu'il n’est ni comique, ni tragique, mais simplement ennuyeux. Et Voltaire a dit que tous les genres étaient bons, sauf celui-là.

3. Diderot (1713-1784). - Ce touche-à-tout a dit son mot sur le théâtre, c-t créé un nouveau genre, le drame bourgeois , qui est tout simplement la comédie larmoj^ante écrite en prose. — Ses théories, il les a soutenues dans les Entretiens publiés en tète de son premier drame, le Fils naturel (1757;, et dans des Discours sur la poésie dramatique , adressés à Grimm. En 175S, il donna son second drame, le Père de famille.

Diderot raisonne fort bien sur la nature du genre. Entre la comédie qui fait rire, et la tragédie qui fait pleurer, il y a place pour une sorte de pièce qui représenterait lcs-hommes dans leur état ordinaire et moyen, dans leurs sentiments normaux, dans leurs conditions. Selon lui, la peinture des grands caractères est épuisée, et d ailleurs, elle a toujours quelque chose d'abstrait, et il faut ramener le théâtre au vrai et au naturel. La condition est bien plus concrète, plus reelle; un père , une mèrê, un juge , un commerçant , un ouvrier, sont intéressants à présenter dans des situations où les devoirs de leur condition seront troubles par quelque tentation ou par quelque épreuve. De plus, on peut les voir dans leur intérieur, avec cc£ allures, ces manies, ces deiormations propres à chaque état.

Diderot v oulait encore que I on procédât, à la scène, par tableaux , et que la pantomime vint souvent suppléer aux

50. Gloire, au même sens que glorieux . - 60. Cf. Corneilli, Horace , v i. vu : Laisse, en entrant ici, tes lauriers à la porte

paroles. Lui-même, il a abusé des points de suspension dans sa

prose emphatique. , , .

A. Sedaine (1719-179:) est celui qui a réalisé le plus heureusement les théories de Diderot. Son Philosophe sans le savoii (1765) nous peint le monde des grands commerçants du xvm* siècle. M. Vanderk marie sa fille, Sophie, à un magistrat. Le fils Vanderk vient d'avoir une altercation avec un jeune officier qui a médit des gens de commerce, et il doit se battre en duel avec lui le jour du mariage de sa sœur. Vanderk père dissimule son angoisse, fait bonne figure à ses invités, et il est en train de causer avec le père de l’officier, quand le > ieil intendant Antoine, lui annonce, en frappant les coups convenus, que son fils est mort, — scène poignante dans sa sobriété. Heureusement, Antoine s’est trompé. Et tout finit bien. On voit apparaître dans cette pièce la charmante Victorine, fille d’Antoine, qui aime ingénument Vanderk fils. Plus tard, George Sand a repris ce « profil perdu », pour en taire le Mariage de Victorine.

Sedaine a écrit également des livrets d opéras- comiques , le plus célèbre est Richard Cœur de Lion , dont Grétry a composé la musique.

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