‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 16 sur 232 · I. — Les Fables · texte numérisé non relu

I. — Les Fables

De bonne heure, au moyen âge, se constituèrent des recueils de fables, appelés Ysopeirldu nom d’Esope, le plus ancien des fabulistes grecs). Le plus célèbre de ces recueils, du xio siècle, a été composé par une femme qui, séjournant en Angleterre, rappelait sa nationalité en signant Marié de France. Nous citons sa fable du Loup et de V Agneau, que nous traduisons littéralement en prose.

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

Fable du Loup et de l’Agneau (xue siècle).

Esope dit ceci du loup et de 1 agneau, qui buvaient à un ruisseau : le loup à la source buvait, et Vanneau en aval était. Avec colère parla le loup qui était très querelleur. Par mauvaise humeur il lui parla : « l u m'as, dit-il, faitgraud ennui. » L’agneau lui a répondu :

« Sire, et en quoi ? » Donc, ne le vois-lu J tu mas ici troublé cette eau: je ù’en puis boire mon soûl. Aussi je în'cn irai, je crois, comme je vins, tout mourant de soif. » L’agnelet donc répond : « Sire, déjà vous buvez en amont: de. vous me vient tout ce que j’ai bu. » « Quoi » lit le loup « m’outrages-tu? » L’agneau répond : «Je n’en ai intention ». Le loup lui dit : « Je sais de vrai ; cela même me lit ton père, à cette source où j'étais avec lui, maintenant il y a six mois, comme je crois ». « Qu en retirez-vous, lit-il, sur moi? Je n’étais pas né, comme je crois. » « Lt cela est parce que cela est » lui a dit le loup, « maintenant me fais-tu. contrariété? c’est chose que tu ne dois pas faire. » Donc le loup prit le petit agneau,"! étrangle avec ses dents, et le tue. Ainsi l’ont les riches voleurs, les vicomtes et les juges, de ceux qu'ils ont en leur justice. Faux prétextes par convoitise ils trouvent assez pour les confondre, souvent ils les tont comparaître à leurs plaids, la chair ils leur enlèvent et la peau, comme le loup fit à l’agneau.

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