Ce sont les lampes que l'on a lume une à une
XIXe SIÈCLE
qui procès d'elle par ce qu’elle a de sensible, le son et les lois harmoniques, le rythme, la mesure, le nombre, l’accent ; la Poésie détermine ce qu’elle laisse indéterminé, en spécifiant par la parole et manifestant l’idée pure. Ainsi, par elle, s’opère, dans une région plus élevée, l’union du réel et du vrai, de la pensée et de la sensation, de la Nature et de son type éternel 2 3.
[De l'art et du beau,)
H- — Prédicateurs.
1. Lacordaire (1&02-1S61). — Henri Lacordaire, d’abord avocat, se fit prêtre, en 1824. Il débuta comme prédicateur à Saint-Roch,, en^!833; puis il fit des conférences au collège Stanislas ; et, en 1835, il commença la série de ses Carêmes à Notre-Dame de PaVis. En 1847, il prononça Y oraison funèbre du général Drouot ; et eri 1848 il fut député à l’ Assemblée nationale, mais il démissionna bientôt. Il avait fait rétablir en France l’ordre des Dominicains ou Frères Prêcheurs, et à partir de 1854 il se consacra entièrement à l’éducation de la jeunesse, au collège de Sorèze (Tarn) L’année même de sa mort, il fut élu à l’Académie française. Son originalité comme prédicateur (et c’est la raison de son succès auprès de la jeunesse active et pensante de 1835 à 1851) consiste à suivre en quelque sorte l’évolution d’une âme qui, du doute sincère, s’élève par degrés jusqu’à la foi. C est l’histoire même de son âme à lui et de sa conversion, qui devient le plan de son argumentation. Aussi ^ quoiqu'il nous -paraisse aujourd'hui trop oratoire, au sens même défavorable du mot, est-il d’une sincérité touchante. Il a donné à ses auditeurs les preuves qui lui avaient suffi et qui le soutenaient encore. Et ces preuves avaient un incontestable mérite d'aclualilé : elles ramenaient sans cesse ces auditeurs de bonne foi, encore tourmentés par le doute, à la valeur sociale et humaine du christianisme ; elles continuaient avec plus d’autorité, l’action de Chateaubriand ; et l’évolution actuelle du christianisme démontre que, dépouillés de leur forme démodée, ces arguments ont conservé quelque valeur.
2. Voilà une admirable définition de la sensation musicale. D’ailleurs
^“ouT^é de 18 mUSiq"e e" COnnaisseur dans Pl^ieurs passages
LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS
L’enfance du général Drouot ( 1 8 17).
Lacordaire sait laisser aux faits eux-mêmes le soin de parler. Il ne cherche pas à orner les détails simples de cette enfance; tout son ait consiste a ies présenter dans toute leur saveur naturelle. Il en résulte une impression bien plus forte. Cependant, entre les deux parties de ce récit, il place des réflexions personnelles sur l’état de la France, et sur ses ressources infinies: on y sent l’accent d un sincère patriotisme, et d une grande confiance en l’avenir.
Le jeune Drouot 1 s’était senti poussé à l’étude des lettres par un très précoce instinct. Agé de trois ans, il allait frapper à la porte des Frères des ecoles chrétiennes, et, comme on lui en refusait l’entrée parce cju il était encore trop jeune, il pleurait beaucoup. On le reçut enfin. Ses parents, témoins de son application toute volontaire, lui permirent, avec l’âge, de fréquenter des leçons plus élevées, mais sans lui rien épargner des devoirs et des gênes de Jeur maison. Rentré de l’école ou du collège, il lui fallait porter le pain chez les clients, se tenir dans la chambre publique avec tous les siens, et subir dans ses oreilles et son esprit les inconvénients d’une perpétuelle distraction. Le soir, on éteignait la lumière de bonne heure par économie, et le pauvre écolier devenait ce qu’il pouvait, heureux lorsque la lune favorisait par un éclat plus vif la prolongation de sa veillée. On le voyait profiter ardemment de oes rares occasions. Dès les deux heures du piatin, quelquefois plusjôt, il était debout ; c’était le temps où le travail domestique recommençait à la lueur d’une seule et mauvaise lampe. Il reprenait aussi le sien ; mais la lampe infidèle, éteinte avant le jour, ne tardait pas à lui manquer de nouveau ; alors il s’approchait du four ouvert et enflammé, et continuait à ce rude soleil la lecture de Tite-Live ou de César.
Telle était cette enfance dont la mémoire poursuivait
1. Drouot, né à iSfancy, en 1774. était fils d'un boulanger. Il eut, sous l’Empire, une brillante carrière militaire, accompagna Napoléon à Vile d’Elbe, et fut nommé pair de France sous Louis-Philippe.
XIXe SIÈCLE
le général Drouot jusque dans les splendeurs des Tuileries.
...C’était durant l’été de 1793. Une nombreuse et florissante jeunesse se pressait à Châlons-sur-Marne dans une des salles de l’école d'artillerie. Le célèbre La Place y faisait, au nom du gouvernement, l’examen de cent quatre-vingts candidats au grade d'élève sous-lieu tenant. La porte s'ouvre. On voit entrer une sorte de paysan, petit de taille, l’air ingénu, de gros souliers aux pieds et un bâton à la main. Un rire universel accueille le nouveau venu. L’examinateur lui fait remarquer ce qu’il croit être une méprise, et, sur sa réponse qu’il vient pour subir l'examen, il lui permet de s’asseoir. On attendait avec impatience le tour du petit paysan. Il vient enfin. Dès les premières questions, La Pthçe reconnaît une fermeté d’esprit qui le surprend. II pousse l’examen au delà de ses limites naturelles ; il va jusqu’à l’entrée du calcul infinitésimal : les réponses sont toujours claires, précises, marquées au coin d’une intelligence qui sait et qui sent. La Place est touché ; il embrasse le jeune homme et lui annonce qu’il est le premier de la promotion. L’école se lève tout entière, et accompagne en triomphe dans la ville le fils du boulanger de Nancy. Vingt ans après, La Place disait à l’Empereur : « Un des plus beaux examens que j’aie vu passer dans ma vie est celui de votre aide de camp, le général Drouot. » ( Oraison funèbre du général Drouot .)
Le bonheur du monde (1854).
Lacordaire excelle à poser une question et à y répondre par une série de tableaux, auxquels il donne un aspect saisissant. Il associe son auditoire â ses recherches et à ses découvertes ; et nos yeux croient voir ce qu’il voit, et nos cœurs battent â l’unt6son du sien. — Le mouvement de ce morceau est dû aux interrogations et aux réponses , suivi d’une vision soudaine, celle de l’Homme-Dieu, dans l’horreur de sa Passion, personnifiant l’humanité souffrante.
L'homme a-t-il trouvé dans cette voie, (les plaisirs) la