III. — Les Philosophes
1. La réaction contre la philosophie sensualiste du xviii® siècle commence avec Maine de Biran (f 1824) et avec Royer-Collard (*j- 1845), dont le disciple le plus éminent fut Victor Cousin.
2. Victor Cousin (1792-1867). — Cousin entre à la Sorbonne en 1815, comme suppléant de Royer-Collard. Jusqu’en 1828, il y enseigne, avec un éclatant succès. A la métaphysique de Maine de Biran, à la philosophie écossaise importée par Royer-Collard, il joint une connaissance personnelle de la philosophie allemande. Son cours est suspendu en 1820. Alors Cousin s’applique à des éditions et à. des traductions (Descartes, Platon), et voyage en Allemagne, où il est arrêté comme suspect et incarcéré pendant six mois. En 1828, la parole lui est rendue, et son cours de Sorbonne attire de nouveau des auditeurs et des disciples enthousiastes. Après 1830, il est comme Villemain et Guizot, ses illustres collègues, détourné de son enseignement par la politique. II devient directeur de l’Ecole normale, pair de France et ministre; et il essaie d’organiser et de discipliner l'enseignement de la
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philosophie dans l’Université. Comme la plupart de ceux que 3830 avait appelés à la vie politique, le coup d’Etat de 3 851 le rejette dans la vie privée.
Les ouvrages principaux de V. Cousiir'sont : ses Coiri's de phi k lo sophie et d'histoire de la philosophie (publiés en 1836, 1810, 1811), son Histoire de la philosophie (1863), Dzz Vrai, du Beau et du Bien (1817, refondu en 1853), Jacqueline Pascal (38-1-1), Mm* de Longueville (1852), Mme de Sablé (1854), Mm0 de Chevreuse (1855), yl/11* de Han le fort (1856), La Société française au XVIIe siècle d'après le Grand Cyrus (1858).
Philosophe, V. Cousin admet une part de vérité dans toute philosophie, et à chacune d’elles il emprunte les parties qui peuvent se coordonner; il arrive ainsi à l 'éclectisme (choix), doctrine qui serait une synthèse ingénieuse de tout ce qu’il y a de meilleur dans les systèmes anciens et modernes. Cousin créa ainsi une philosophie française, spiritualiste, tolérante, un peu vague, qui convenait à renseignement et au grand public. Il faisait ainsi, et par définition même, une large place à l’ histoire; et il a déterminé parmi ses successeurs, qui ne peuvent tous être appelés ses disciples, une utile curiosité pour l'étude des doctrines considérées dans leur milieu et à leur moment.
Le spiritualisme (1853).
Victor Cousin, qui n’eut pas à proprement parler de système philosophique, a le mérite d’avoir réagi, après Royer-Collard et Maine de Biran, contre le sensualisme de Condillac qui fut la philosophie officielle du premier Empire. Ce morceau sur le spiritualisme a donc la valeur d’un manifeste.
Notre vraie doctrine, notre vrai drapeau est le spiritualisme, cette philosophie aussi solide que généreuse, qui commence avec Socrate et Platon, que l’Évangile a répandue dans le monde, que Descartes a mise sous les formes sévères du génie moderne, qui a été au xviP siècle une des gloires et des forces de la patrie, qui a péri avec la grandeur nationale au xvme siècle, et, qu’au commencement de celui-ci, M. Royer-Collard est venu réhabiliter dans renseignement public, pendant que M. de Chateaubriand, Mmo de Staël, M. Qualremèrede Quincy la transportaient dans la littérature et les arts.
On lui donne à bon droit le nom de spiritualisme,