‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 200 sur 232 · III. — Saint-Marc Girardin · texte numérisé non relu

III. — Saint-Marc Girardin

Saint-Marc Girardin fut, en 1833, nomme a la Faculté des lettres, d’abord comme suppléant de Guizot, puis comme titu laire de la chaire de poésie française. De 1831 a 1848 il fut député , mais il n’interrompit pas ses cours de la Sorbonne, qu il contl-

nua jusqu’en 1863. ... '

Ses principaux ouvrages, composés de ses leçons publiques, revues et réunies, sont : Cours de littérature dramatique ou De

XIXe SIÈCLE

l usage des passions dans le drame (4 vol., en 1843)) La Fmi U,. ne el les Fabulistes (2 vol., 1,67), J.-J. Rousseau , fa v^e et ses X •’ Publ,catl0n posthume, avec une préface d’E Bcrsot, 18 /»). Dans d’autres volumes, Saint-Marc Girardin a recueilli divers articles de journaux, rapports, etc.

GiraPfn est un cpiti<ïue moraliste. En disciple de rhi!»? et en contemporain de Sainte-Beuve, il ne néglige pas 1 histoire, mais il cherche moins les faits que les mœurs • il étu-

T/rZ * b:XaP'lï qUf 1#S CaraClé™ surtout son

; De P1US’ Ü aime à s’élever au-dessus de la « monographie » pour considérer l’évolution des idées ou celle

Gmen^PW 'tteraireS aPPli(lués à la peinture d’un même sentiment G est ainsi que, dans son Cours de littérature dramatique d prendra l’amour paternel et l’étudiera successivement fi tf 'P8 anc,ens’ chez les classiques français, chez les roraan- ‘ qUeo.’,, e mên?e, pour le patriotisme, 1 e sentiment religieux, etc. Si I on peut faire un reproche à ce genre de critique, c’est Git0Zner ^ 1 enseignement didactique et moral. Saint-Marc Cadres rcste toujours professeur, ayant conscience qu’il s adresse au pubhc, et surtout à la jeunesse, et croyant devoir la guider vers tout ce qui est sain et élevé. Si c’est un défaut il n en est pas de plus honorable. ’

L’âmour paternel dans Corneille (1843).

Le passage que nous citons est extrait du chapitre sur V amour internet et

Cueaert;abeenPrCS,f0n de,cese!1,timent chez Concilie, [an'éthfdedu c’rftique e.t b en cel e que les ele\es doivent suivredans leurs dissertations littéraires : idees générales soutenues sans cesse par des exemples et def

. ‘ “ de J auteur étudié : ni déclamation, ni esprit ; prouver à la

lois la connaissance exacte du sujet, et la rectitude de son jtfgemlnt.

Dans Corneille, l’amour paternel a un caractère partieuher de fermeté et de grandeur. Au premier coup d œil, il semble que don Dîôgue et le vieil Horace manquent de tendresse : ils n’ont pas, du moins, ce qui chez nous passe pour le signe de la tendresse : je veux dire cette faiblesse et cette agitation que nous appelons sensibilité. Mais prenez ces grandes âmes dans les moments où elles ne se surveillent plus, dans ces moments où quelque coup inattendu ôte à l’homme 1 empire qü il a sur lui-même ; prenez le vieil Horace quand ses fils partent pour le combat :

IÆS GRANDS 1. CiU VAINS FRANÇAIS

Ali î (clit-il), n’attcndrisscz point ici mes sentiments ;

Pour vous encourager, ma voix manqué cle termes,

Mon cœur ne forme point de penser s assez fermes , , Moi-même, en cet adieu, j?ai des larmes aux yeux.

Faites votre devoir et laissez faire aux dieux.

(Acte II, sc. viii.)

Voilà la tendresse comme doilla ressentir une grande âme ejui se trouble et avoue son trouble. Ce vieillard, qui parait impitoyable et dur, sait même consoler sa fille et sa bru, Camille et Sabine, et les consoler comme on console, c’est-à-dire en prenant part à leurs peines, en les ressentant. Ainsi, lorsque, en dépit des Horaces et des Curiaces, Rome et Albe ont paru vouloir chercher d’autres combattants :

Je ne le cèle point (dit-il), j’ai joint mes vœux aux vôtres Si le ciel pitoyable eût écouté'ma voix,

Albe serait réduite à faire un autre choix ;

Nous pourrions voir tantôt triompher les Horaces,

Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces,

Et de l’événement d’un combat plus humain Dépendrait maintenant l’honneur du nom romain;

La prudence des dieux autrement en dispose.

(Acte III, sc. v.)

Ainsi, tout Romain qu i! est, il aurait mieux aimé pour ses fils moins de gloire et moins de dangers, et il ne cache pas à ses filles la douleur qu’il a ressentie. Mais les dieux le veulent et la gloire de Rome l’ordonne : il se soumet. Dirons-nous pour cela que le vieil Horace aime mieux sa patrie qu'il n aime ses enfants ? Non ; cela montre seulement que le vieil Horace n’a pas pour sa patrie les mêmes sentiments que pour son fils ; il aime ses enfants avec faiblesse et avec émotion, comme nous les aimons tous ; mais il aime sa patrie avec une sorte de fermeté décidée à tout Dire et à tout souffrir pour elle.

XlXb SIECLE

Dans le vieil Horace l’amour paternel éclate surtout quand, d accord avec le devoir, il n’a plus à se contraindre. Voyez celte scène où il sait enfin que son fils a fait triompher Rome, et qu’il est vainqueur et vivant :

O mon fils ! ô ma joie ! ô l’honneur de nos jours 1 O d un État penchant l’inespéré secours !

Vertu digne de Rome, et sang* digne d’Horace !

Appui de ton pays, et gloire de ta race ! "

Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L erreur dont j’ai formé de si faux sentiments ?

Quand pourra mon amour baigner avec tendresse Ton front victorieux de larmes d’allégresse?

(Acte IV, sc. II.)

Il pleure alors sans plus vouloir se cacher, ce vieux Romain qui, au départ de ses fils, s’accusait d’avoir les larmes aux jeux, il pleure, et ses larmes de joie nous touchent plus vivement encore que ses larmes d’inquiétude, parce qu’elles nous découvrent le fond de cet amour paternel qui, jusqu’alors, se dérobait à nos jeux avec une sorte cîe pudeur.

Tel est le vieil Horace, tels sont les pères dans Corneille : vraiment hommes, mais prêts à sacrifier ces sentiments aux choses qui sont supérieures au cœur de l’homme et qui font sa loi.

( Cours de hl L . drnm, y 1. 1, chap.vm, Fasquelîc, éditeur.)

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