‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 215 sur 232 · I. — Le Roman de 1800 à · texte numérisé non relu

I. — Le Roman de 1800 à

Pendant cette période de transition, les romans les plus célèbres sont : Atala de Chateaubriand (1801) Delphine (1802) et Corinne (1807) de Mm# de Staël ; — Adolphe (I8lê) de Benjamin Constant; etc... Il faut y ajouter plusieurs nouvelles charmantes, de Charles Nodier (1781-1844). ^ \

IL — Le Roman historique.

1. Alfred de Vigny a publié en 1826, Cinq-Mars ou une Conjuration sous Louis Xlll. Dans Y Introduction, il présente une théorie du roman historique, où il revendique les droits du poète eiv face des droits de l’histoire. C’est pourquoi il invente, beaucoup plus qu’il ne peint ses personnages : Louis XIII, Cinq-Mars, de Thou, Richelieu.

En 1832, Vigny donna Stello ou les Diables bleus , dans lequel l’ histoire n’intervient qu’à titre d'exemples. Il s’agit, pour l’auteur, de démontrer une thèse, à savoir que le poète , ou plus généralement Y homme de lettres , est un incompris, quelle que soit la forme politique delà société où il essaye de vivre : monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république. Les trois exemples sônt : Gilbert, Chatterton et André Chénier. Du second de ces épisodes, Vigny fit en 1835 un beau drame ; le troisième est le plus émouvant, mais Vigny attribue trop légèrement à Marie-Joseph Chénier un rôle odieux. — Le dernier roman d’A. de Vigny, Grandeur et Servitude militaire (1835), est encore une « démonstration », très noble d'ailleurs, et qui fait honneur au soldat-poète. L’histoire n’y apparaît que comme fond de tableau

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dans les nouvelles destinées à illustrer le livre : Laureile ou le Cachet rouge , la Veillée de Vincennes , la Vie et la Mort du capitaine Renaud ou la Canne de jonc. C’est, à tous les points de vue, et malgré une solennité quelque peu creuse dans les chapitres de théorie, la meilleure œuvre en prose d’A. de Vigny.

2. Victor Hugo séduit à la fois par tous les genres, écrivit, tout jeune encore, des romans terribles , dont la lecture fait aujourd’hui sourire : Bug-Jargal et Han d'Islande. On peut également négliger le Dernier Jour d'un condamné (1829), étude plus pathologique que psychologique, d’un réalisme assez fantailiste.

Son premier roman digne d’estime est Notre-Dame de Paris (1831). L’intrigue, établie entre des personnages violemment antithétiques, est pénible et peu intéressante en elle-même. Une jeune bohémienne Esméralda, enfant perdue qui doit, au dénouement, retrouver sa mère (grâce à une amulette et à un petit soulier), est aimée du jeune capitaine Phœbus. Elle est poursuivie par la haine du diacre Claude Frollo, et protégée par le difforme Quasimodo, le sonneur de cloches de Notre-Dame. Mais si l’invention et la psychologie de ce roman sont très faibles, Victor Hugo prend sa revanche dans la partie descriptive, où il faut louer beaucoup moins d’ailleurs son exactitude que sa puissance d imagination. Tout y prend corps et âme, et grandit jusqu’au symbole étrange et magnifique. Certaines scènes, comme la chute de Claude Frollo (liv. XI, ch. ii), sont d’un réalisme effrayant.

Les Misérables , commencés avant 1850, publiés seulement en 1862, sont une œuvre touffue, composite, une réunion de romans plutôt qu’un roman (histoire du forçat Valjean et de l’évêque Myriel, histoire de Fantine, histoire de Cosette, etc.) ; et d’autre part, c est une these. bous 1 .influence des doctrines humanitaires et socialistes de Proudhon, Hugo plaide la cause de tous ceux que la société méprise, et dont on pourrait lui imputer à elle tous les crimes. Les pages magnifiques abondent dans ce singulier ouvrage, mais il y a aussi beaucoup moins d’originalité que dans Notre-Dame de Paris : c’est, au fond, du Balzac mêlé de George Sand, et souvent cé n’est plus que de l’Eugène Sue.

Victor Hugo donne encore les Travailleurs de la mer (1866) En 1869, l'Homme qui rit, — en 1872, Quatre-vingt-treize , sont ses derniers romans de Victor Hugo. Il y a plus de simplicité et de sobriété dans Quatre-vingt-treize , et les caractères, un peu systématiques, y forment une opposition intéressante.

En résumé, Victor Hugo, dans tous ses romans, apparaît comme un poète qui, n’étant plus discipliné par la forme du vers, ou par les limites naturelles des genres, s’épand et se répand à

LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

aventure. Il devient le jouet et la victime de sa prodigieuse imagination.

3. Alexandre Dumas père (1803-1870). — Il faudrait plusieurs pages pour énumérer les romans d’Alex. Dumas, qui, d’ailleurs, est moins un romancier qu’un prodigieux conteur. Son ouvrage le plus populaire est : les Trois Mousquetaires (1844), où d’Arta- ^nan, Athos, Porthoset Aramis, représentent, d’une façon assez sommaire mais assez juste, quatre tempéraments différents ; leurs valets, appropriés chacun à son maître, les complètent. Les quatre amis sont mêlés à l’histoire de Richelieu et de Mazarin, histoire aussi peu exacte que possible, mais vive et pittoresque. — Dans Vingt ans après (1845), Dumas nous promène, avec les mêmes personnages, en Angleterre, où nous assistons à la mort de Charles Ier, puis il nous ramène à Paris, en pleine Fronde. — Le succès des Mousquetaires n'étant pas encore épuisé, Dumas en tire le Vicomte cle Bragelonne (1847), où apparaît la figure mélancolique de Mllc de la Vallière. — Citons encore Monte-Christo (1845), le Chevalier de Maison-Rouge (1848), etc. — A la condition de ne chercher dans Alex. Dumas ni histoire, ni psychologie, • et de le lire pour « passer le temps », on est vraiment amusé par cette verve intarissable, qui rappelle celle de La Calprenède au xvne siècle. Dumas père eut de nombreux collaborateurs, qui l’aidaient, soit pour l’invention, soit pour la rédaction, à suffire aux exigences des éditeurs et des journaux. Le plus distingué d’entre eux fut Auguste Maquet.

Dumas père a aussi laissé plusieurs volumes d 'Impressions cle voyage , où l’on trouve en abondance de charmants contes, tels que celui-ci.

Le Pont du Diable (1850).

Cette légende est des plus connues. Dumas père, en la contant, n’est original que par un ton de bonhomie à la fois simple et narquoise. Tout y est amusant, et rien n’y est forcé. Dumas ne cherche pas à nous faire peur, comme s’il disait une histoire d’ogre à des petits enfants, ni à nous éblouir par un pittoresque romantique. Il s’installe tranquillement dans la légende, et son diable a tout l’air . d’un personnage naturel. — Quand on y regarde bien, on s’aperçoit que le charme de ce conte vient de l’art avec lequel Dumas sait éliminer tout ce que nous pouvons trouver par nous-mêmes : il se contente de nous le suggérer. Il ne développe que ce qui est vraiment original, inattendu. ^ — Quant à la composition, elle est dramatique ; on attend avec curiosité le dénouement ; et voyez combien le détail du lihgot d’or, qui paraissait d’abord superflu, lui fournit une conclusion piquante.

XIXe SIÈCLE

La Reuss 1 , qui coule dans un lit creusé à soixante pieds de profondeur, entre des rochers coupés à pic, interceptait toute communication entre les Grisons et les gens d Uri 2. Plusieurs ponts furent bâtis à frais communs, mais jamais assez solides pour qu’ils résistassent plus d’un an à la tempête, à la crue des eaux ou à la chute des avalanches. Une dernière tentative de ce genre avait été faite vers la fin du xive siècle, et 1 hiver presque fini donnait l’espoir que lé pont cette fois résisterait à toutes les attaques, lorsqu’un matin on vint dire au bailli de Goschenen que le passage était de nouveau intercepté.

« Il n y a que le diable, s’écria le bailli, qui puisse nous en bâtir un. »

Il n avait pas achevé ces paroles, qu’un domestique annonça : Messire Satan !

« Faites entrer », dit le bailli.

Le domestique se retira et fit place à un homme d environ trente-cinq ans, vêtu à la manière allemande, portant un pantalon de couleur rouge, un justaucorps noir, fendu aux articulations, dont les crevés laissaient voir une doublure couleur de feu. Sa tête était couverte d une toque noire, coiffure à laquelle une grande plume rouge donnait par ses ondulations une grâce toute particulière. Quant à ses souliers, ils étaient arrondis du bout, et un grand ergot, pareil à celui d’un coq, semblait destiné à lui servir d’éperon, lorsque son bon plaisir était de voyager à cheval.

Après les compliments d’usage, le bailli s'assit dans un fauteuil et le diable dans un autre; le bailli mit ses pieds sur les chenets, le diable posa tout bonnement les siens sur la braise.

cc Hé bien! mon brave ami, dit Satan, vous avez donc besoin de moi ?

1. Reuss, rivière, aftïuënt de l’Aar, en Suisse, de deux cantons suisses.

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