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Représentation, pour ; les représentants

MOYEN AGE

gentil sire, veuillez refréner votre courroux. Vous avez la renommée de souveraine gentillesse et noblesse. Ne veuille^ donc rien faire qui la puisse amoindrir, ni qui fasse mal parler de vous. Si vous n’avez pitié de ces gens, tous les autres diront que c’est grande cruauté, si vous faites mourir ces honnêtes bourgeois qui de leur propre volonté se sont mis à votre merci pour sauver les autres. » Là-desstis le roi se fâcha et dit : « Messire Gautier, taisez-vous ; il ne sera pas fait autrement; mais qu'on fa>se venir le coupe-tête. Ceux de Calais ont fait mourir tant de mes hommes, qu’il convient de les faire mourir aussi. »

Alors la reine d’Angleterre fit grand acte d’humilité ; elle pleurait si tendrement de pitié qu’on ne le pouvait soutenir. Elle se jeta à genoux devant le roi son seigneur, et parla ainsi : « Ah ! gentil sire, depuis que j’ai passé la mer en grand péril, commé vous le savez, je ne vous ai demandé aucun don. Or je vous prie humblement et sollicite comme don que, par le fils de sainte Marie et pour l'amour de moi, vous veuillez avoir pitié de ces six hommes. »

Le roi attendit un peu pour parler, et regarda la bonne dame sa femme, qui pleurait devant lui à genoux très tendrement. 11 sentit son cœur s’amollir, car il n’eût pas voulu la contrarier dans l’état où elle était ; il lui dit : « Ah! madame, j’aimerais mieux que vous soyez autre part qu’ici./Vous me priez de telle sorte que jé n’ose vous le refuser; et, quoique je le fasse malgré moi, tenez, je vous les donne ; disposez-én à votre volonté. « La bonne dame dit : « Monseigneur, très grand merci. »

Alors la reine se leva et Ht lever les six bourgeois ; elle Jeür fit ôter les cordes d’autour du cou, et les amena avec elle en sa chambre, et les fit habiller, et leur donna largement à dîner. Puis elle donna à chacun six nobles, ét les fit conduire hors de l’armée, en sûreté.

(Liv. I, ch. lxvi.)

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

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