‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 43 sur 232 · II. — Ronsard · texte numérisé non relu

II. — Ronsard

1. Vie. — Pierre de Ronsard, gentilhomme comme J. du Bellay, comme A. de Baïf, comme presque tous ses disciples et imitateurs, fut d’abord destiné à la vie de cour, à la carrière des armes et à la diplomatie. Page du dauphin fils de François Iep, puis du duc d'Orléans, enfin de Jacques V d’Ecosse, le jeune Ronsard voyagea beaucoup, apprit l’anglais, l’allemand, l’italien, et se préparait à suivre quelque ambassadeur, quand presque subitement il devint sourd. Alors, il se remit à l’étude, et s’enferma pendant près de sept années au collège de Coqueret, sous la discipline de Jean Daurat, éminent helléniste, avec un certain nombre de jeunes gens animés comme lui d’une véritable passion pour les lettres anciennes. — En 1549, Ronsard constitue sa Pléiade , sorte de petite académie composée de sept poètes (la Pléiade est une constellation de sept étoiles) Ronsard, du Bellay, Baïf, Jodelte, Remi Belleau, Pontus de Thyard et Daurat.

A partir de cette date, Ronsard n’a d’autre histoire que cellc^ de ses œuvres. Notons seulement qu’il arrive très vite à jouir d’une immense réputation; il est protégé par les rois Henri II,

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Charles IX et Henri III ; il est recherché par tout ce que la cour et la ville comptent de plus puissant : Michel de THospital, le duc d'Anjou, Catherine de Médicis, Marie Stuart. Ronsard est comblé de pensions et de bénéfices : il fut titulaire de l'abbaye de Rellozane, de l’abbaye de Croix-Val, du prieure de Saint-Çosmc-en-PIsle. Comme il aimait beaucoup la campagne, il vivait peu à Paris, et c’est vraiment d'après nature qu’il a chanté la forêt de Gastine ou la fontaine Sellerie. 11 voulut mourir à Saint-Cosme-en-l'Isle, en Touraine, et s’y faire enterrer. Son oraison funèbre fut prononcée à Paris, au collège de Bon- ' cour, par le cardinal du Perron.

2. Les Odes de Ronsard (1550-53). — Dans les quatre premiers livres d’odes qu’il publia en 1550, Ronsard se fait surtout l’imitateur de Pindare, d’Horace et d’Anacréon. Pindare était, de tous les poètes lyriques grecs, le moins accessible à des Français; Ronsard, en l’imitant, est pédantesque et obscur. Ses ode^ Au roy Henri II sur la paix , à Michel de l'Hospital , au Comte d'Anguien sur la victoire de Cérisoles , sont pénibles souvent îusqu’à l’incohérence. Plus accessibles sont les^ odes imitées d’Horace ou d’Anacréon (A la fontaine Bellèrie , l'Amour voleur de miel). ■ — Déjà cependant quelques petites pièces où se faisait sentir plutôt l’influence italienne, telles que : Mignonne , allons voir si la rose... et Au rossignol, nous révèlent un autre Ronsard, moins hanté par ses souvenirs de collège.

Cassandre (1553).

L’originalité de Ronsard n’est pas dans Yinvenlion du thème. Au moyen âge, dans la poésie française, dans la poésie provençale, en Italie, et, au XVIe siècle, chez presque tous les poètes, ou retrouve cette comparaison de la jeunesse et de la rose. Màis Ronsard, avec cette donnée banale, crée une petite scène en trois parties, — ir0 strophe : il y a tableau , et geste : « Allons voir si... » ; et il semble que la conversation se poursuive, tandis qu’à pas lents, le long d’une allée de grand jardin français, le poète et la jeune fille se dirigent vers la rose qu’ils ont admirée le matin. — 2e strophe : on les voit devant la rose flétrie, et les réflexions du poète trahissent l’expression des physionomies. — 3e strophe : le poète tire une conclusion de cette petite scène.

M ignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vêprée

2. Déclose. De clore , fermer, on a composé éclore et déclore , ouvrir. Analyser l image formée par robe... soleil...). — 4. Vêprée, dérivé de” vespre , soir, comme soirée de soir.

XVIe SIL'CLÈ

Les plis de sa robe pôurprée, 5

Et son teint au voire pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place,

Las ! las ! ses beaulés laissé choir !

O vraiment marâtre Nature, 10

Puisqu’une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté, 15

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cotte fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.

(Odes, liv. L)

Et surtout, le poète personnM , le poète qui mêler ses sentiments mélancoliques à la description de la nature, apparaissait déjà dans l’admirable pièce qui suit, tirée du IVe livre des Odes :

La fuite de la jeunesse (1550).

Voici une petite pièce qui demande à être analysée très méthodiquement, et qui est le type achevé du lyrisme personnel de Ronsard. On remarquera que la première strophe contient le thème repris dans les quatre strophes suivantes : rochers , bois, antres , ondes. On fera ressortir la construction antithétique de chaque strophe, et l’harmonie admirable de la dernière, où les allitérations ne sont- plus, comme chez -Ma rot, des plaisanteries, mais de savantes combinaisons de syllabes destinées à produire une musique. Enfin, la pièce une fois analysée., il sera facile de faire des rapprochements avec plusieurs passages de Lamartine, d’autant plus que les deux poètes ont une source commune, Pétrarque.

Quand je suis vingt ou trente mois Sans retourner en V.endômois,

„ 7. Las (latin, lassum), fatigué. Exclamation qui équivaut à: a Que je suis malheureux î » Nous n'usons plus que du composé hétas! — 9. Choir, tomber.— 14. Fleuronne, formé de fleuron, petite fleur.

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Plein de pensées vagabondes,

Plein d’un remords et d’un souci.

Aux rochers je me plains ainsi.

Aux bois, aux antres et aux ondes.

« Rochers, bien que soyez âge/

De trois mille ans, vous ne changez Jamais ni d’état ni de forme :

Mais toujours ma jeunesse fuit,

Et la vieillesse qui me suit De jeune en vieillard me transforme.

« Bois, bien que perdiez tous les ans En hiver vos cheveux mouvants L’an d'après qui se renouvelle Renouvelle aussi votre chef :

Mais le mien ne peut derechef Revoir sa perruque nouvelle?”

« Antres, je me suis vu chez vous Avoir jadis verts les genoux, 20

Le corps habile et la main bonne :

Mais ores, j’ai le corps plus dur,

Et les genoux, que n’est le mur Qui froidement vous environne.

« Ondes, sans fin vous promenez, 25

Et vous menez et ramenez Vos flots d’un cours qui ne séjourne :

Et moi, sans faire long séjour,

3. Pensées, forme trois syllabes : — un remords, un souci : nous dirions de remords, de souci... — 12. Remarquer la répétition voulue: vieillesse vieillard. — 14. Cheveux, s'employait alors fréquemment pour feuillage (cf. plus loin crinière). Il est resté en botanique pour désigner certaines plantes : cheveux-d 'évêque, cTîeveux-de-Vénus, cheveux-de-paysans. — 16. Chéf (caput) tête. — i8. Perruque, ce mot désignait soit la chevelure naturelle, soit une chevelure artificielle, soit le feuillage des arbres Ronsard l’a fréquemment employé dans ce dernier sens. Tci il joue donc sur le mot. — 20. Verts, dans le sens figuré de vigoureux. - 2i. Ores, maintenant.

XVIe SIÈCLE

Je m’en vais de nuit et de jour Au lieu d’où plus ou ne retourne... » 30

( Odes , livre IV, ix.)

3. Les « Amours » de Ronsard. — Sous ce titre d Amours, Ronsard a publié trois recueils : en 1552, les Amours de Cassandre; cette Cas sandre était la fille de Bernard Salviati, seigneur florentin établien France ; elle fut l ancetre d A. de Musset. Les pièces qui composent ce recueil sont en grande partie des sonnets, imités de Pétrarque, et dont certains ont beaucoup de grâce ou d’émotion ; — en 1556, les Amours de Marie ; Marie Dupin était, dit-on, une jeune fille de l’Anjou. Dans ce recueil tigurent quelques-uns des plus beaux sonnets de Ronsard, en particulier celui qu’il consacre à la mort de Marie.

A une jeune morte (1556).

On s’attachera particulièrement, dans l’analyse de ce sonnet, à l’étude des comparaisons.

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur,

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’aube de sës pleurs au point du jour 1 arrose :

La grâce dans sa feuille et l’Amour se repose, 5

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;

Mais, battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

*> Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté, 10

La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

30 D’où plus on... d'où jamais on...

6. Odeur, ne se dit plus au sens de parfum. — 7. Battue de... On dirait aujourd’hui par. —8. Déclose, ouverte (de-claudere), cf. éclore. — 11. La Parque. Les Parques (myth.) filaient la vie humaine : Clotho tenait le fuseau, Lachésis , le fil* et Atropos le coupait. — 12. Obsèques signifie, " au sens étymologique , les offrandes qui accompagnent {oh-seq ai) le corps dans l’autre monde

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,

Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

( Amours , livre II, 2e partie, sonnet 4.)

1571. — Les Amours d'Hélène ; Hélène de Surgères était fille d’honneur de Catherine de Médicis. C’est à elle que Ronsard a dédié ses derniers sonnets, parmi lesquels le plus connu est consacré a la vieillesse.

A Hélène (là74).

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant, et filant,

Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant: x< Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle>»

Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle, 5 Déjà sous le labeur à demi sommeillant,

Qui, au bruit de Ronsard, ne s’aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,

Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; 10

Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

( Sonmts pour Hélène , II, xlii.)

4. Les Élégies publiées en 1560, contiennent une des pièces les pins célèbres de Ronsard, son invective éloquente contre les bûcherons de la Forêt de Gasline.

A la forêt de Gastine (1560).

Ronsard habitait souvent en son abbaye de Croix-Val, dans le Vendômois, près de la foret de Gastine ou Gâtine. Cette belle élégie lui a été inspirée directement par son amour de la nature. Mais il n’a pu se défendre de mêler à ses descriptions et à ses sentiments des souvenirs mythologiques souvent fâcheux et discordants.

5. Oyant, participe présent du verbe ouïr, entendre. — 7. Bruit, au sens de gloire. — iO. Myrteux, souvenir mythologique. Dans les11* Enfers des païens, les justes se promenaient dans les Champs-Elysées, sous des myrtes.

XVIe SIÈCLE

...Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras ;

Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,

Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,

Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur 5

Pour piller un butin de bien peu de valeur,

Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses Mérites-tu, méchaut^ pour tuer nos Déesses?

Forêt, haute maisorrMes oiseaux bocagers !

Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers 10

Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière Plus du soleil d’été .ne rompra la lumière.

Plus l’amoureux pasteur sur un tronc adossé,

Enflant son flageolet à quatre trous percé,

Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette, 15

Ne dira plus l’ardeur de sa belle Janet te :

Tout deviendra muet, Écho sera sans voix :

Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois Dont l’ombrage incertain lentement se remue,

Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue : 20

Tu perdras ton silence, et haletants d’effroi Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

Adieu, vieille forêt, le jouet de Zépbyre,

Où premier j’accordai les langues de ma lyre,

Où premier j'entendis les flèches résonner 25

D'Apollon, qui me vint tout le cœur étonner :

Où premier admirant la belle Calliope,

4. Nymphes, divinités des eaux, des bois, etc... Celles qui vivent dans les arbres s’appellent plus particulière ment Di'yades (du mot grec drus , chêne). —5. Meurtrier ne doit former, comme plus loin au vers 36, que deux syllabes. — 9. Bocagers, qui vivent dans les bocages. — 11. Crinière, p. 89, note 14. — 17. Echo. Allusion à l’histoire de la nymphe Echo , racontée par Ovide dans ses Métamorphoses , III, 358. — 19. Il est question, dans ce beau vers descriptif , soit des ondulations du feuillage sous le vent, soit des déplacements de l’oiubre sur le sol. — 20. Coutre ( culler ), le couteau placé en avant du soc, dans la charrue. — 22. Satyres, Pans, dieux champêtres de la mythologie latine. — 24. Premier, pour la première fois; — langues, les cordes. — 26. Étonner, sens très fort, comme au xvne siècle. —27. Calliope. Muse de la ooésie épique:

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Je devins amoureux de sa neu vaine trope,

Quand sa main sur le front cent roses me jeta,

Et de son propre lait Euterpe m’allaita. 30

Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées,

De tableau^ et de fleurs autrefois honorées,

Maintenant le dédain des passants altérés,

Qui, brûlés en été des rayons éthérés,

Sans plus trouver le frais de tes douces verdures, 35 Accusent vos meurtriers, et leur disent injures.

Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens, Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,

Qui premiers aux humains donnâtes à repaître, Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître 40 Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers,- De massacrer ainsi leurs pères nourriciers.

Que l’homme est malheureux qui au monde se fie î O Dieux, que véritable est la philosophie,

Qui dit que toute chose à la fin périra, 45

Et qu’en changeant de forme une autre vêtira :

De Tempé la vallée un jour sera montagne,

Et la cime d’Athos une large campagne,

Neptune quelquefois de blé sera couvert:

La matière demeure et la forme se perd. 50

(Élégies, XXIII.)

2S. Trope, troupe (latin troppus , turba ?) La neuvaine trope est la troupe des neuf Muses. — 30. Euterpe, Muse de la musique. — 32. Tableaux. Chez, les anciens, les personnes qui avaient échappé à un danger, par exemple à un naufrage, faisaient représenter la scène sur un tableau, et suspendaient ce tableau à un arbre sacré, ou dans un temple (cf. Horace, Ep. II, 3, 10-21). — 37. Couronne aux... Vous dont on faisait des couronnes pour... — 38. Dodonéens, de Dodone. Il y avait à Dodone, sur la colline du Tinarus, en Epire, un célèbre sanctuaire de Jupiter, entouré dune forêt de chênes dont les bruissements étaient interpré tés comme des oracles. Ronsard fait ensuite allusion à la tradition qui veut que les premiers hommes se soient nourris de glands, avant que Cérès leur eût donné le blé (cf. Virgile, Gêorgiques , I, 148). — 40. Neptune, pour la mer. dont Neptune est le dieu ; — Quelquefois, un jour, dans Tavenir. — 50. Ce dernier vers est une belle lormule scientifique et poétique à la fois, inspirée sans doute à Ronsard par Lucrèce.

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5. Les Discours. — Ronsard n’est pas seulement un imitateur des anciens et des Italiens, un poète mélancolique, un peintre de la nature ; il a su s’intéressera des questions d’actualité, — adresser au jeune roi Charles IX des conseils pleins de courage et de sagesse, — discourir sur les misères du temps , — faire des Remontrances au peuple de France. Ôn a vraiment plaisir à entendre sonner dans les robustes alexandrins de ces Discours des accents qui partent d’un cœur de Français et de chrétien ; cela repose de tant de mythologie et de pétrarquisme; et rien ne prouve mieux la valeur poétique de Ronsard qui, parfois, s’annonce, dans ces généreuses tirades, comme un ancctre de Corneille.

Discours des misères de ce temps (1563).

A Catherine de Médicis.

...Las 1 Madame, en ce temps que le cruel orage Menace les Français d’un si piteux naufrage,

Que la grêle et la pluie et la fureur des cieux Ont irrité la mer de vents séditieux,

Et que l’astre jumeau ne daigne plus reluire. 5

Prenez le gouvernail dé ce pauvre navire,

Et malgré la tempête et le cruel effort

De la mer et des vents, conduisez-le à bon port.

La France à jointes mains vous en prie et reprie.

Las ! qui sera bientôt et proie et moquerie 10

Des princes étrangers, s’il ne vous plaît en bref Par votre autorité apaiser son meschef.

Ha! que diront là-bas, sous les tombes poudreuses, De tant de vaillants rois les âmes généreuses ?

Que dira Pharamond, Clodion et Clovis? 15

Nos Pépins, nos Martels, nos Charles, nos Louis,

Qui de leur propre sang versé parmi la guerre

4. De vents... Au n/ peu de... — 5. L’astre jumeau, constellation des Gémeaux ou des Dioscares, Castor et Pollux, qui passaient pour les protecteurs des navigateurs. — 8. Conduisez-le à. . Le s’élide devant à — 10. Ellipse des articles définis. — 12. Meschef, ( més-chef ) malheur, accident.

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Ont acquis à nos rois une si belle terre?

Que diront tant de ducs et tant d’hommes guerriers Qui sont morts d’une plaie au combat les premiers, 20 Et pour France ont souffert tant de labeurs extrêmes. La voyant aujourd’hui détruire par nous-mêmes ?

Ils se repentiront d’avoir tant travaillé,

Querellé, combattu, guerroyé, bataillé,

Pour un peuple mutin divisé de courage, 25

Qui perd en se jouant un si bel héritage,

Héritage opulent, que toi, peuple qui bois Dans l’anglaise Tamise, et toi, More qui vois Tomber le chariot du soleil sur ta tête,

Et toi, race gothique aux armes toujours prête, 30 Qui sens la froide bise en tes cheveux venter,

Par armes n’avez su ni froisser, ni dompter.

6. Autres poèmes. — Signalons enfin, sans nous y arrêter : Les IJymnes, le Bocage royal , les Éylogues,e t surtout cette mal-' heureuse tentative de poème épique : La Franciade. Après avoir essayé d’être le Pindare de la France, Ronsard voulut en devenir l’Homère. Il découvrit dans les Illustrations des Gaules de Jean Lemaire la singulière légende de Francus, fils d’Hector le troyen, venant fonder le royaume de France; et il entreprit, sous les auspices du roi Charles IX, la Franciade ; ainsi Virgile écrivait YÉnéide. Mais après le 4e chant, le courage lui manqua; il abandonna cette entreprise artificielle et pédantesque. Les fragments de la Franciade sont d’une lecture pénible ; d’autant plus que Ronsard, qui maniait en maître notre vers héroïque , l’alexandrin, eut la fâcheuse idée d’écrire son épopée en vers de dix syllabes.

7. Jugement sur Ronsard. — Après avoir été, de son vivant, célébré comme le plus grand de tous les poètes, Ronsard fut vite oublié et dédaigné. La réforme poétique de Malherbe le relégua au rang des écrivains archaïques et obscurs. Ce n’est qu’au xix* siècle, grâce aux efforts des romantiques qui remirent en honneur le sentiment de la nature et l'individualisme, que Ronsard reprit

18. Les poètes du xvi® siècle parlent peu de notre histoire. Il est bon de signaler cette exception. — 25. Courage, opinion.

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son rang. Au fond, il était plutôt l’ancêtre des grands classiques que celui des romantiques. C’est lui qui nous avait initiés à la connaissance et àTinntation de l'antiquité ; c’est lui qui avait établi la division des genres et leurs lois ; et son style était d'une allure oratoire et didactique. Cependant, il pouvait plaire aux romantiques par la façon dont il sait associer la nature aux sentiments de l ame, par sa mélancolie, par la richesse de sa langue. Grand poète, il le fut; personne ne lui conteste plus ce titre; mais il est peu d’œuvres plus inégales que la sienne.

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