‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 65 sur 232 · II. — L’Académie française · texte numérisé non relu

II. — L’Académie française

1. Origines. — Un certain nombre de gens de lettres et de beaux esprits se réunissaient, vers 1630, *ehez Valentin Conrart, écrivain modeste et judicieux, dont Boileau a loué « le silence prudent». On y voyait ensemble Chapelain, Godeau, Maîleville, Faret, Desmarets, Boisrobert. Ce dernier, secrétaire de Richelieu, parla de ces réunions au cardinal, qui, persuadé que la littérature nationale pourrait gagner à une sorte de direction ou de contrôle, demanda aux habitués de Conrart s’ils consentiraient à former une assemblée officielle. Après quelques hésitations, Conrart et se* amis se laissèrent donner des statuts (1634), et

XVIIe SIECLE

des lettres patentes (1635); et, en 1637, l'Académie française était fondée.

2. Organisation et premiers travaux. — Le nombre des membres fut et resta fixé à quarante. A la mort d’un académicien, les survivants choisissaient librement, et par un vote secret, leur nouveau confrère. Sous l’ancien régime, le roi , protecteur de l’Académie, se réservait d'approuver l’élection. A partir de 1660, s’établit l’usage des séances solennelles de réception, avec discours du récipiendaire et réponse du directeur en exercice. Le Directeur est élu tous les trimestres ; seul le secrétaire est nommé à vie (secrétaire perpétuel) . En 1672, Louis XIV attribua aux académiciens une salle au palais du Louvre, et fit placer autour delà longue table quarante fauteuils semblables. A dater de cette époque, chaque membre reçut un jeton de présence. Bientôt furent fondés des prix d'éloquence , de poésie , et même de vertu. Dès son origine, l’Académie française n’admit pas seulement des écrivains; elle réserva plusieurs de ses fauteuils aux protecteurs des lettres et aux grands hommes de toute espèce.

Le premier travail de l’Académie fut la rédaction d’un Dictionnaire, dont la première édition parut seulement en 1694. Il s’agissait d’établir l’usage certain et le bon usage des mots français, de distinguer « les termes des vers d’avec ceux de la prose », etc... Dans cette première édition, les mots simples sont rangés par ordre alphabétique; chacun d’eux est suivi des « composés, dérivés, diminutifs ». Ainsi, après blé, on trouve blatier , emblaver. De nombreux exemples accompagnent chaque mot : ces exemples étaient pris dans des auteurs dont on avait soigneusement arrêté la liste : Amyot, Montaigne, saint François de Sales, Honoré d’Urfé, Ma rot, Ronsard, du Bellay, Régnier, Malherbe, pour ne citer que les principaux1.

L’Académie devait également, d'après ses statuts, examiner les ouvrages nouveaux. C’est ainsi que Richelieu lui demanda de rédiger les Sentiments sur le Cid , parce qu’il voulait que son Académie devînt une sorte de tribunal d’arbitrage littéraire. Mais l’Académie n’ayant, en cette circonstance, pu satisfaire 1 personne, renonça à ce genre de travaux. Elle ne rédigea pas non plus la grammaire , la poétique , la rhétorique , prévues par ses statuts.

i. Il a été publié un fac-similé de cette première édition de 1694, à Lille, 1902. Sitôt une édition terminée, l’Académie en préparait une autre, pour suivre le mouvement de la langue. C’est ainsi qu’on eut successivement les Dictionnaires de 1691, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878. Il ne faut pas confondre ce Dictionnaire de l'usage , avec le Dictionnaire historique , dont le premier volume a paru en 1858, et qui en est actuellement à la lettre l).

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

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