Ces exemples ne sont pas dans le texte original
XVIIe SIÈCLE
famille se ruinant pour scs enfants, marguillicr de sa paroisse à Rouen, il est tout l’opposé d’un poète romantique. Il est seulement grand par l'esprit « qu’il avait sublime », dit La Bruyère.
8. La poétique de Corneille. — On peut ramener à quelques traits essentiels le système dramatique de Corneille :
a) Respect des trois unités, mais il en coûte parfois» quelque chose à la vraisemblance. Ainsi Le Ciel contient trop d’incidents pour vingt-quatre heures ; l’imité de lieu , dans Cinna , doit être étendue à tout le palais d’Auguste ; et l’on peut discuter sur l’unité d'action d'Horace.
b) Corneille choisit en général ses sujets dans l'histoire, parce que l'histoire (telle qu’on l’écrivait jadis) n’enregistre que les grandes actions et même les actions extraordinaires ; il écarte à la fois le merveilleux et le banal , et s’arrête à ces éclatantes et rares manifestations de l’énergie humaine que l’on pourrait croire invraisemblables si l'histoire ne nous en assurait la réalité et 1 authenticité. — Corneille est attiré tout particulièrement par Y histoire romaine ( Horace , Cinna, Polyeucte, Pompée A icomède, Sertorius , Sophonisbe , O thon , Tite et Bérénice ) * nulle histoire, en effet, n’est plus héroïque ni plus tragique.
c) Corneille ne se contente pas de choisir dans l’histoire un sujet extraordinaire , il le renforce, il le complique, pour donner plus de mérite à ses héros. Hors de l'ordre commun , il leur fait des fortunes (Horace.) On peut étudier a ce point de vue 1 action du Cid , d'Horace , de N icomède : le personnage principal, à peine sorti d’un danger, tombe dans un autre.
d) On a dit (La Bruyère) que Corneille peint les hommes
comme ils devraient être. En effet, le poète en fait des héros de la volonté. De grands sentiments les animent : le devoir filial (Rodrigue), l'honneur (Don Diégue), le patriotisme (Horace, NicomèdcJ, la clémence (Auguste), l’amour de Dieu (Polyeucte), la fidélité conjugale (Pauline, Cornélie), etc... L’amoizr lui-même qui, chez Racine, trouble le cœur et la raison, laisse aux héros de Corneille toute leur clairvoyance ; ils savent le subordonner a des intérêts plus grands, et mettre d’accord leur honneur et leur passion. Parfois même (dans ses dernières pièces), Corneille réduit l’amour à n’être plus qu’un ornement , et alors il tombe dans la galanterie précieuse et romanesque. v
i?) Enfin le théâtre de Corneille est moral ; Voltaire a pu dire que c’était une « école de grandeur d’âme ». — En effet, chaque pièce pose un problème moral ou un cas de conscience ; le héros y est placé entre deux devoirs qui d’abord le sollicitent également; peu a peu la volonté raisonnée fait son choix, et ce choix est toujours noble et désintéressé; enfin, même frappé dans son amour ou près de perdre la vie, le héros n’a ni remords ni faiblesse : « il le ferait encor s’il avait à le faire. »
LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
9. Style de Corneille. — Il n’est pas de langue plus solide que celle de Corneille ; son vocabulaire est riche et d’une singulière propriété. Son style est celui d'un orateur plutôt que d'un poète , en ce sens que ses personnages raisonnent sans cesse et se répondent avec autant de méthode que de subtilité. Mais ce style est aussi dramatique, parce que chaque réplique fait avancer l'action en développant les motifs des personnages et en provoquant des sentiments contraires. Enfin, même dans ses moins bonnes pièces, Corneille est un admirable versificateur : rien n’égale la vigueur et la souplesse du vers cornélien.