‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 85 sur 232 · IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE

Mon père.

Cessez de vous troubler, vous n’êtes point trahi :

Quand vous commanderez, vous serez obéi.

Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre : 10

Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre : D'un œil aussi content, cKun cœur aussi soumis Que j’acceptais l’époux que vous m’aviez promis,

Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,

Tendre au fer de Calchas une tête innocente ; 15

Et respectant le coup par vous-même ordonné,

Vous rendre tout le sang* que vous m’avez donné.

Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d’une autre récompense ;

Si d’june mère en pleurs vous plaignez les ennuis, 20 l'ose vous dire ici qu’en l’état où je suis,

Peut-être assez d’honneurs environnaient ma vie Pour ne pas souhaiter qu’elle me fût ravie,

Ni qu’en me l’arrachant, un sévère destin,

Si près de ma naissance en eût marqué la fin. 25

Pille d’Agamemnon, c'est moi qui la première, Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père ;

C’est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux, Vous ai fait de ce nom remercier les dieux,

3. Ces vers doivent être dits sur le ton d’une ironie farouche. — 17 Voilà Y exor de du discours : Iphigénie proteste de son obéissance en termes un peu exagérés, afin de rassurer son père, et de l’obliger a écouter la suite. — 25. 1er argument : son bonheur et sa jeunesse : elle y mêle habilement la douleur de sa mère. —

XVIIe SIÈCLE

Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caresses, 30 Vous n’avez point du sang dédaigné les faiblesses.

Hélas ! avec plaisir je me faisais conter

Tous les noms des pays que vous allez dompter ;

Et déjà, d'ilion présageant la conquête,

D'un triomphe si beau je préparais la fête. 35

Je ne m’attendais pas que, pour le commencer,

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser,

Non que la peur du coup dont je suis menacée Me fasse rappeler votre bonté passée ;

Ne craignez rien ; mon cœur, de votre honneur jaloux 40 Ne fera point rougir un père tel que vous ;

Et, si je n’avais eu que ma vie à défendre,

J’aurais su renfermer un souvenir si tendre ;

Mais à mon triste sort, vous le savez, Seigneur,

Une mère, un amant attachaient leur bonheur. - 45

Un roi digne de vous a cru voir la journée Qui devait éclairer notre illustre hyménée ; •

Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis,

Il s’estimait heureux; vous me l’aviez permis,

11 sait votre dessein ; jugez de ses alarmes. 50

Ma mère est devant vous ; et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

AGAMEjUNON

Ma fille, il est trop vrai, j'ignore pour quel crime

51. argument : elle fait appel aux souvenirs d’Agamemnon, qui s’attendrit en pensant à l’enfance de cette fille qu’il aimait tant. — 37. 3e argument : elLe flatte l’orgueil de son père. — 43. Elle revient habilement à une nouvelle protestation d’obéissance, pour préparer l’argument suivant. — 30. 4° argument : avec quelle finesse, digne du plus subtil avocat Iphigénie fait intervenir Achille; « juge z de ses alarmes . » signifie : prenez garde à sa colère! Quant à sa mère, dont elle rappelle les ennuis, Iphigénie sait qu’eJJe est de force à tenir tète à Agamemnon, et que celui-ci redoute ses querelles, Ainsi, lorsque dans les derniers vers elle demande pardon de ses efJ'ortSj et dit qu’elle veut prévenir les pleurs qu'elle va coûter à. Achille et à sa mère, cela signifie : « Je suis, moi, incapable de me défendre... Mais ne croycV, pas que Clytemneslre et Achille vont me laisser immoler sans résistance ! »

Grands écrivains - 8

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

La colère des dieux demande une victime : 5f

Mais ils vous ont nommée ; un oracle cruel Veut qu’ici votre sang coule sur un autel.

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières,

Mon amour n’avait pas attendu vos prières.

Je ne vous dirai point combien j’ai résisté ; 60

Croyez-en cet amour par vous-même attesté.

Cette nuit même encore, on a pu vous le dire,

J’avais révoqué Tordre où Ton me fit souscrire ;

Sur l’intérêt des Grecs vous Laviez emporté.

Je vous sacrifiais mon rang, ma sûreté : 65

Areas allait du camp vous défendre l’entrée ;

Les dieux n’ônt pas voulu qu’il vous ait rencontrée ;

Ils ont trompé les soins d'un père infortuné Qui protégeait en vain ce qu’ils ont condamné.

Ne vous assurez point sur ma faible puissance : 70

Quel frein pourrait d’un peuple arrêter la licence, Quand les dieux, nous livrant à son zèle indiscret,

* L’affranchissent d’un joug qu’il portait à regret.

Ma fille, il faut céder, votre heure est arrivée.

Songez bien dans quel rang vous êtes élevée : 75

Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi ;

Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi ; Montrez, en expirant, de qui vous êtes née ;

Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée.

Allez; et que les Grecs qui vont vous immoler, 80 Reconnaissent mon sang en le voyant couler,

(. Iphigénie , acte IV, sc. iv.j

55. La réponse d’Agamemnon n’est pas moins habile que la prière d’Iphigénie : 1° Les dieux le veulent ; 2° il leur a résisté autant qu’il a pu, et, sans une fatalité, Iphigénie ne serait pas dans le camp ; 3° toute l’armée attend le sacrifice : impossible de lui résister (réponse directe a la menace d’Achille); 4° appel à la fierté et à l’honneur d’Iphigénie.

XVIIe SIÈCLE

Racine poète comique.

Les Plaideurs (1668).

Racine avait eu un procès à Uzès au sujet du bénéfice que devait lui laisser son oncle le chanoine Sconin. Il en conserva le souvenir, et ne s’en vengea que par cette spirituelle comédie, à laquelle collaborèrent, dit-on, Boileau et quelques autres de ses amis. Racine introduisit dans cette pièce certaines situations et^piains traits empruntés à une comédie du poète grec Aristophane, les Guêpes. Les Plaideurs sont en leur genre un chef-d’œuvre L’action en est vive, les caractères en sont d’un comique à la fois naturel et plaisant ; le style est mordant et d’une remarquable facilité.

Analyse. — Dandin est un juge que la manie de juger a rendu presque fou. Son fils le fait enfermer, et pour l’occuper il organise à domicile une séance du tribunal : on plaide pour et contre un chien qui a volé un chapon. Le portier Petit-Jean, et le secrétaire l’intimé sont chargés des rôles d’avocat. Une petite intrigue, entre le fils du juge et la fille d’un plaideur, Chicaneau, amène un mariage au dénouement.

Querelle de plaideurs.

CHICANEAU

Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en ça,

Au travers d'un mien pré certain ânon passa,

S’y vautra, non sans faire un notable dommage,

Dont je formai ma plainte au juge du village.

Je fais saisir l’ânon. Un expert est nommé, 5

A deux bottes de foin le dégât estimé.

Enfin, au bout d’un an, sentence par laquelle Nous sommes renvoyés hors de cour. J'en appelle. Pendant qu'à l'audience on poursuit un arrêt, (Remarquez bien ceci, Madame, s'il vous plaît,) 10 Notre ami Drolichon, qui n'est pas une bête,

Obtient pour quelque argent un arrêt sur requête.

5. Expert (du latiu expertus, habile), homme qui a des connaissances techniques, et qui est désigné par le tribunal pour faire une enquête et rédiger un rapport. — 8. Hors de cour, le tribunal s'est déclaré incompétent. J en appelle, j appelle de celte sentence à un nouveau jugement. En appeler est une expression de droit. La cour d'appel est le tribunal devant lequel on présente pour la seconde fois sa cause. — 12. Requête «n style de droit, demande .

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

Et je gagne ma cause. A cela que fait-on ?

Mon chicaneur s'oppose à l'exécution.

Autre incident : tandis qu'au procès on travaille, 15 Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille.

Ordonné qu'il sera fait rapport à; la cour Du foin que peut manger une poule en un jour :

Le tout joint au procès. Enfin, et toute chose Demeurant en état, on appÜfetè la cause 20

Le cinquième ou sixième avril cinquante-six;

J’écris sur nouveaux frais. Je produis, je fournis De dits, de contredits, enquêtes, compulsoires, Rapports d'experts, transports, trois interlocutoires, Griefs et faits nouveaux, baux et procès-verbaux.’ 25 J’obtiens lettres royaux, et je m’inscris en faux. Quatorze appointements, trente exploits, six instances, Six-vingt productions, vingt arrêts de défenses,

Arrêt enfin. Je perds ma cause avec dépens,

Estimés environ cinq ou six mille francs. 30

Est-ce là faire droit ? est-ce là comme on juge ?

Après quinze ou vingt ans ! il me reste un refuge :

J^a requête civile est ouverte pour moi,

Je ne suis pas rendu. Mais vous, comme je voi,

Vous plaidez.

LA COMTESSB-

Plût à Dieu !

CUICANEAU

9 J’y brûlerai mes livres. 35

LA COMTESSE

Je...

IG. Ma partie, mon adversaire. Dans celle expression, on sous-enlend l'épithète adverse. Cf. Corneille, le Cid : Va, je suis la partie et non pas ton bourreau, c’est-à-clire : je dois te poursuivre en justice, mais rion pas te tuer moi-même. — 29. Ces dix vers contiennent une énumération burlesque de termes de chicane. Inutile de les expliquer en détail. L’effet comique est produit non par le sens de chacun d’eux, mais par l’accumulation, qui rend plus amusant le beau résultat obtenu :... Je perds ma cause avec dépens. (Cf. Molière, les Fourberies de S capin, acte II, sc*v.)

XVIIe SIÈCLE

CHICANEAU

Deux boites de foin cinq à six mille livres !

LA COMTESSE

Monsieur, tous nies procès allaient être finis ;

Il ne m en restait plus que quatre ou cinq petits :

L un contre mon mari, l'autre contre mon père.

Et contre mes enfants. Ah ! Monsieur, la misère ! 40

Je ne sais quel biais ils ont imaginé.

Ni tout ce qu’ils ont fait ; mais on leur a donné Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie,

On me défend, Monsieur, de plaider de ma vie.

# CHICANEAU

De plaider?

LA COMTESSE

De plaider.

CHICANEAU

Certes le trait est noir. 45

Jen suis surpris.

LA COMTESSE

Monsieur j’en suis au désespoir.

'taiICANEAU

Comment ! Lier les mains aux gens de votre sorte I Mais cette pension, madame,. est-elle forte?

LA COMTESSE

Je n’en vivrais, monsieur, que trop honnêtement ;

Mais vivre sans plaider, est-ce contentement ? 50

40. Lamisère î quelle misère! — 41. Biais, procédé détourné. Biais vient du latin bifax, qui a deux visages, qui est double, équivoque. — 49. Honnêtement, d’une façon honorable, de manière u tenir mon rang dans le monde.

LES GRANDS ÉCRIVAINS ÉRANÇAÎS

CHICANEAU

Des chicaneurs viendront nous manger jusqu’à l’âme, Et nous ne dirons mot ! Mais, s’il vous plaît, madame, Depuis quand plaidez-vous?

LA COMTESSE

II* ne m’en souvient pas ;

Depuis trente ans au plus.

CH1CANEAU

Ce n’est pas trop.

LA COMTESSE

Hélas I

CHICANEAU

Et quel âge avez-vous ? Vous avez bon visage. 55

LA COMTESSE

Hé! quelque soixante ans.

CIIICANEAU

Comment ! c’est le bel âge

Pour plaider.

LA COMTESSE

Laissez faire : ils ne sont pas au bout.

J y vendrai ma chemise, et je veux rien ou tout.

(. Les Plaideurs , acte I, sc. vu.)

3. La poétique de Racine. — a) Tandis que Corneille paraît toujours ressentir un secret dépit contre Aristote et ses commentateurs, Racine semble ne regarderies règles de la tragédie que comme les conditions nécessaires du genre. Cela tient à ce que la « crise morale » à laquelle Racine réduit toute sa pièce,

56. Quelque, environ. — 57. Remarquer combien ce rejet est spirituel, et comme le pou r plaider ajoute une nuance amusante au compliment de Chicaneau : C'est le bel âge... — 58. Je veux rien ou tout, la grammaire exigerait : je ne veux rien ou je veux tout. Mais ce tour concis et elliptique a plus de vivacité et est d’une parfaite clarté.

XVIIe SIÈCLE

acquiert par les trois unités, loin d'en être gênée comme lès actions historiques et implexes de Corneille, plus de concentration et de force.

b) Racine choisit ses sujets dans la légende grecque ou romaine ; une fois, dans Bajazet , il s’inspire d’un fait contemporain, mais lointain ; deux fois, il a recours à la Bible.

c) Tout son effort vise à rendre ce sujet vraisemblable ; c’està-dire, étant donné un certain dénouement tragique fourni par la tradition, à le motiver , à le rendre nécessaire, par l’analyse approfondie des passions humaines qui l’ont produit. Aussi

Y action, en elle-même, est-elle très simple. Entre V exposition et le dénouement , aucun événement nouveau : rien que le jeu des sentiments. C’est ce que Racine appelle : « faire quelque chose de rien. »

d) L'amour est, de toutes les passions, celle qui tient le plus de place dans les pièces de Racine, Mais, pour ne pas tomber dans la galanterie à la mode, Racine ne manque jamais de peindre

Y amour jaloux. La jalousie est le grand ressort tragique de son théâtre, comme la volonté celui du théâtre de Corneille. Cependant, Racine n’a pas moins réussi dans l’analyse de l'ambition politique, de l’amour maternel, de l’amour ingénu ; mais, en général, c’est l’amour tragique et jaloux qui mène l’action et qui provoque le dénouement.

e) De là, l’impression de vérité et de tristesse que laisse le théâtre de Racine. Corneille, en exaltant l’énergie et la volonté nous amène à prendre confiance en nos propres forces ; Racine en nous présentant un Pyrrhus, un Oreste, une Hermione,1 une Roxane, un Mithridate, une Ériphile,une Phèdre, jouets et victimes de passions violentes et cependant vraisemblables, nous oblige à faire un retour sur notre faiblesse. Seule la dignité des personnages et le recul de l’action, peuvent rassurer les spectateurs; à la lecture, nous sentons que cette tragédie serait, en changeant les temps et les noms, le drame moderne réaliste et bourgeois.

4. Racine prosateur. — De Racine, nous avons des lettres de jeunesse, écrites d’Uzès (1661 62), celles qu’il adresse à Boileau (1687-99), et enfin de nombreuses lettres à son fils aîné. Elles, sont toutes aussi attachantes par le fond que par la forme Dans celle que nous citons, on voit avec quelle simplicité vivaif cette famille si unie, si pieuse, si digne d’un homme de génie e* de cœur.

232 LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

A son fils Jean-Baptisle ] .

Pu ris, 24 juin 1697.

Votre mère s'est fort attendrie à la lecture de votre dernière lettre, où vous mandiez qu'une de vos grandes consolations était de recevoir de nos nouvelles : elle est très contente de ces marques de votre bon naturel ; mais je puis vous assurer qu’en cela vous nous rendez „ bien justice, et que les lettres que nous recevons de vous font la joie de toute la famille, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Ils m'ont tous prié aujourd’hui de vous faire leurs compliments, et votre sœur aînée comme les autres 1 2. La pauvre fille me fait assez de pitié par l’incertitude que je vois dans ses résolutions ; tantôt à Dieu, tantôt au monde, et craignant de s’engager de façon ou d’autre : du reste elle est fort douce, et votre mère est très contente de la manière dont elle se conduit envers elle. Madelon 3 a eu, ces jours passés, une petite vérole volante qui n’aura pas de suite pour elle. Dieu veuille que les autres ne s’en ressentent pas ! Je crains surtout pour le petit Lionval4, qui pourrait bien en être pris tout de bon. 11 est très joli, apprend bien, et quoique fort éveillé, nanous donne pas la moindre peine.

J’aurais une joie sensible de voir la maison de campagne dont vous faites tant de récit, et d’y manger avec vous des groseilles de Hollande. Ces groseilles ont

1. Jean-Baptiste était l’aîné des sept enfants de Racine. Il devait

mourir, sans s'être marié, à l’âge de soixante-neuf ans. — 2. Cette sœur aînée s’appelait Marie-Catherine; elle se maria et mourut en 17ol. —

3. Madelon, Madeleine, était la plus jeune des cinq filles ; elle n’entra pas

au couvent, comme ses sœurs Anne ( Nanette ) et Elisabeth ( Babet ), mais elle ne se maria point. — 4. Lionval, tel était le surnom du dernier enfant, Louis Racine, qui devait se distinguer plus tard dans la poésie. On a de lui deux poèmes : La Grâce (1720) et la Religion (1742), et de précieux Mémoires sur la vie de son père. Louis Racine perdit son fils unique victime en 1755 du tremblement de terre de Lisbonne).

XVIIe SIÈCLE

bien fait ouvrir les oreilles à vos petites sœurs et à votre mère elle-même, qui les aime fort, comme vous savez. Je ne saurais m’empêcher de vous dire qu’à chaque chose d’un peu bon que l’on nous sert sur la table, il lui échappe toujours de dire : « Racine mangerait volontiers d’une telle chose. » Je n’ai jamais vu, en vérité, une si bonne mère, ni si digue que vous fassiez votre possible pour reconnaître son amitié. Au moment où je vous écris ceci, vos deux petites sœurs me viennent apporter un bouquet pour ma fête qui sera demain, et qui sera aussi la vôtre.

Trouverez-vous bon que je vous fasse souvenir que ce même Jean, qui est votre patron, est aussi invoqué par b Église comme le patron, des gens qui sont en voyage, et qu’elle lui adresse pour eux une prière qui est dans Y Itinéraire et que j’ai dite plusieurs fois à votre intention ? Adieu, mon cher fils, faites mille amitiés pour moi à M. de Bonac, et assurez M. l’ambassadeur du respect et de la reconnaissance que ma femme et toute la famille ont pour lui.

Racine .

Outre les lettres , nous avons de Racine un Abrégé de V histoire de Port-Royal, ouvrage qu'il composa vers la fin de sa vie, et qui ne fut publié» qu’au xviii0 siècle rtfest un admirable mémoire d'avocat; le style en est simple, naturel, et d’une sincérité qui atteint souvent la grande éloquence. — D’autre part, Racine nous a laissé quelques fragments de son Histoire de Louis XIV ; la plus grande partie de cet ouvrage, composé en collaboration avec Boileau et Valincour, fut détruite par un incendie. — Enfin, parmi les discours académiques de Racine, il faut citer celui qu’il prononça à la réception de Thomas Corneille (1684) : jamais on n’a mieux parlé du grand Corneille.

5. Style de Racine. — Le style de Racine, jauteur tragique, donne en général une impression d'harmonie, de justesse, de

o. Itinéraire, partie du brucinircf où se trouvent les prières à fusaee des voyageurs.

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

naturel. Mais c’est au théâtre qu’il faut le juger. Là, on s’aperçoit que le style de Racine est plus varié que celui de Corneille : chaque personnage y parle le langage de son caractère et de sa situation. Dans les passages d’exposition ou de galanterie, il y a parfois trop d’élégance, ou du moins on la sent ; dans les scènes où le poète fait parler la passion Ion ie pure , c’est la nature même que l’on croit entendre, et jamais aucun poète n’a réalisé à ce point l'art de se faire oublier lui-même.

Page 1