I. — Port-Royal et le Jansénisme
1. L’abbaye de Port-Royal. — Une abbaye de femmes, de Tordre de Citeaux, avait été fondée au xiii* siècle, dans la vallée deChevreuse, à six lieues de Paris. En 1608, cette abbaye fut réformée , c’est-à-dire ramenée à une plus stricte observance des règlements, par l’abbesse Angélique Arnauld. En 1625, un nouveau couvent de Tordre fut établi à Paris ; voilà pourquoi on parle tantôt de Port-Roy al-des-Champs et tantôt de Port- Royal de Paris. En 1633, Duvergier de Hauranne, abbé de Saint - Cyran, devint directeur spirituel des religieuses de Port-Royal : c’est par lui que le jansénisme pénétra dans la maison.
2. Les Messieurs de Port-Royal. — L’abbé de Saint-Cyran réunit à Port-Royal-des-Champs un certain nombre de pieux laïques, résolus à vivre dans un sévère christianisme et qu'on appela : les Messieurs de Port-Royal. Les principaux furent : le Grand Arnauld (1612-1694), dernier fils de l’avocat Antoine Arnauld, et frère de la Mère Angélique; — Arnauld d'Andilly, son frère aîné ; — Antoine Le Maître, célèbre avocat ; — Isaac Le Maître ou Le Maître de Sacy , connu surtout par sa traduction de la Bible; — Nicole, auteur des Essais de morale; — Lance lot , auteur du Jardin des racines grecques , etc.
3. Le Jansénisme. — On donne ce nom à une doctrine théolo gique, exposée par Janssen ( Jansénius ), évêque d'Ypres, dansur ouvrage intitulé : A ugustinus, et imprimé en 1640, deux ans aprèf la mort de l’auteur. Le livre fut examiné, comme toutes le* publications théologiques, par les docteurs de Sorbonne; e* ceux-ci crurent y trouver des opinions hérétiques qu’ils résu mèrent en cinq propositions; ces propositions furent déférées £
i la cour de Rome et condamnées.
En effet, Jansénius, tout en prétendant exposer la doctrine de saint Augustin surla grâce, exagérait et dénaturait cette doctrine Saint Augustin se bornait à soutenir que l’homme, déchu par h
LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
péché originel, ne saurait sc passer de la grâce , don gratuit que l'homme doit à Jésus-Christ rédempteur; mais il n’allait pas jusqu’à dire (ce qui constitue lViéresie de Jansénius) que l'homme n’est jamais sur, malgré ses vertus et ses prières, d’obtenir la grâce, et que Dieu la distribue seulement à ceux qu’il a prédestinés. Le jansénisme touche par ce point au calvinisme.
Que firent les partisans cle Jansénius, les Sainl-Gyran, les Arnauld et tous les Messieurs de Port-Royal ? ils répondirent qu’ils condamnaient, eux aussi, comme hérétiques, les cinq propositions extraites de Jansénius ; mais ils prétendaient que les docteurs de Sorbonne avaient mal compris ou dénaturé le sens de YAuyusliniis , et que ce livre ne contenait ni les termes, ni l’esprit des cinq propositions! Ainsi, sur la question de droit, ils se soumettaient; sur la question de fait , ils furent irréductibles.
4. La casuistique. — Une autre question vint se joindre à celle-là. Les jansénistes, qui pratiquaient à Port-Royal une religion très sévère, accusaient les jésuites d’être des confesseurs trop faciles, et de se ménager par là Ame grande influence sur les gens du monde. La casuistique est précisément l’étude et la discussion des cas de conscience', et les livres de casuistique, écrits en latin, étaient réservés aux confesseurs qui, pareils à des jurisconsultes aux prises avec les difficultés du droit, cherchaient à déterminer îc plus ou moins de gravité d’un péché. Mais les auteurs de ces livres tombaient souvent en des subtilités qui pouvaient fausser la conscience du prêtre et du pénitent ; on en arrivait à des accommodements , à des restrictions mentales ; et les curés des paroisses de Paris s’assemblèrent pour obtenir du Pape la condamnation de certains casuistes. Nous allons voir Pascal attaquer les abus de la casuistique dans ses Provinciales.
5. Suite de l’histoire de Port-Rayal. — Mais avant d’aborder l’étude de Pascal, terminons l’histoire de Port-Royal. — Le grand Arnauld, expulsé delà Sorbonne en 165G, comme janséniste, écrivit plusieurs ouvrages où il défendait ardemment sa cause ; il fut exilé, et mourut à Bruxelles en 1694. — - En 1661 1 pour mettre fin à la querelle, on voulut faire signer aux religieuses de Port-Ro37al et aux Messieurs , un formulaire par lequel ils reconnaissaient que les cinq propositions étaient dans Jansénius. Tout Port-Royal refusa de signer. 11 fallut, en 1668, que le Pape Clément IX rédigeai un nouveau formulaire auquel Port-Royal voulut bien adhérer ; ce fut alors la paix de VÉglise. Mais dix ans après, les persécutions recorStnencèrent; on persuadait à Louis XIV que Port-Royal était un centre de rébellion contre son autorité. Bref en 1709, les religieuses furent chassées
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de leur couvent des Champs, et la célèbre abbaye fut complètement détruite en 1710.