HEYDE ( JAN VAN DER
Imp Georôes Petit
VUE D'UNE VILLE HOLLANDAISE l Collection de M Jules Por |
La nature morte devait inévitablement trouver de fervents et d'habiles interprètes dans l'Ecole de peinture hollandaise, essentiellement objective et bien plus riche en techniciens positifs qu'en peintres-poètes éperdus de spiritualité.
En ce genre, qui vaut surtout par la richesse de la matière et l'ingéniosité de l'arrangement, les qualités essentiellement picturales des maîtres hollandais devaient se manifester avec un éclat particulier. Dans la plupart des toiles des peintres des Pays-Bas, l'accessoire, toujours traité avec une science de métier égale à celle que l'artiste apporte à l'étude du motif principal, tient une place considérable. On peut dire que tous les maîtres hollandais, de Rembrandt à Vermeer, furent d'incomparables peintres de nature morte, aussi grands dans ce genre que les spécialistes exclusifs, dont le groupe est d'ailleurs assez restreint.
En procédant par ordre chronologique, nous trouvons d'abord David de Heem le Vieux (1570-1632), qui, nous disent ses biographes, vécut et mourut à Utrecht, peignant des fleurs, des fruits et des animaux. Il est très facile de confondre ses tableaux avec ceux de son fils. Il fut, en même temps que le créateur d'un genre nouveau en Hollande, le chef véritable de toute une dynastie de peintres de natures mortes : Jean-David de Heem (1600-1674), son fils, qui excella à la fois dans la peinture des fleurs, des fruits, des insectes et des vases d'or et d'argent; Corneille de Heem, fils de Jean-David, qui composa avec peut-être moins d'habileté que son père, mais dont les fleurs, les fruits et les oiseaux sont d'un très riche coloris; puis viennent David de Heem le Jeune, Jean de Heem (i6o3-i65o(?), très inférieurs à leurs aînés.
C'est de la dynastie des de Heem, mais surtout des leçons et des beaux exemples donnés par Jean-David, peintre habile des fruits, des fleurs, des étoffes, des verreries, des vaisselles, des orfèvreries, que naquit la brillante École hollandaise des peintres de natures mortes, qui tous, sauf Jean van Huysum, parfois peintre de paysages et de figures mythologiques, s'adonnèrent exclusivement à la peinture du genre créé par David de Heem le Vieux.
De la dynastie des Huysum, encore plus nombreuse que celle des de Heem, le nom de Jean se détache avec un certain éclat. Il partagea sa
grande vogue, souvent excessive, de peintre de fruits et de rieurs, avec celle d'une femme, élève de Willem van Aelst, Rachel Ruysch (1664-1750) qui. moins habile que son rival dans la science de l'arrangement, sut peindre avec plus de chaleur et de vie les fruits et les fleurs, ses sujets favoris. Elle se refusa presque toujours à représenter dans ses toiles des animaux, malgré les instances de son maître Willem van Aelst, qui peignait indifféremment. et avec une remarquable habileté, les fleurs, les fruits et le gibier mort.
Parmi les nombreux peintres de fleurs de l'Ecole hollandaise, il en est encore dont les noms méritent d'être cités, bien que leur art minutieux et léché, fort goûté de leur temps, ne rencontre aujourd'hui que de rares amateurs : tels Abraham Mignon (1639-1679), Jacobus Walskapelle. lesWithoos (Matheus, Pieter, Frans), qui tous, avec une louable patience, s'évertuèrent à décrire de leur pinceau aigu et froid, les jeux des reptiles et des insectes dans les fleurs. A côté de Rachel Ruysch, la rivale de Jean van Huysum, d'autres femmes se distinguèrent dans la peinture des fleurs, entre autres les deux filles d'Abraham Mignon, Alida Withoos, fille de Matheus Withoos, toutes élèves consciencieuses de leur père, et Maria van Osterwijk (1630-1693), qui étudia avec Jean-David de Heem et souvent l'égala dans la peinture des vases et des fleurs, sans atteindre toutefois à l'habile perfection de ses arrangements.
Voici Jean Weenix, dont nous avons déjà parlé dans un rapide parallèle avec Melchiorde Hondekoeter. Ce dernier fut le peintre de la vie, l'autre peignit presque toujours la mort, mais une mort à l'aspect presque souriant sous les chaudes et brillantes couleurs de paons, de faisans, de perdrix, de cygnes, tombés sous le plomb des chasseurs. Souvent Weenix, qui fut à ses heures un paysagiste de grand talent, donne aux groupements de ses oiseaux, habilement jetés au milieu de vases et de fleurs, des fonds de parc et de campagne lumineux et aérés.
Ce fut en général la peinture de la fleuret du gibier, motifs très propres à de riches expressions coloristes, qui, dans l'Ecole hollandaise du xviie siècle, groupa le plus de spécialistes de la nature morte.
11 en est un toutefois, Abraham van Beyeren, qui, dans presque toute son œuvre, demeure réfractaire à la peinture de la fleur, sinon à celle des objets de table, et s'absorbe presqu'en entier, mais avec quelle force de métier et quelle habileté de composition, dans la peinture des poissons, dont nul mieux que lui, même dans l'Ecole flamande, n'a su rendre la molle et gluante anatomie et les lumineux frissons.
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Avec Willem Kalf (1630-1693) et Willem Heda (i5g4-i68o\ nous pénétrons dans le petit groupe très restreint des peintres des objets inanimés (où d'ailleurs Beyeren excelle parfois), des vrais peintres de la nature morte, des virtuoses des cuivres, des étains, des porcelaines, des coupes en argent ciselé, dont Heda et Kalf furent les maîtres incontestés, le premier avec plus de finesse et d'élégance, le second, avec plus de richesse de pâte et de liberté de pinceau.
L'un et l'autre possédaient, comme tout bon maître hollandais, l'art de baigner d'une lumière chaude et vivante leurs motifs d'étude. Ces deux grands peintres eurent pour pâles imitateurs Pieter Roestraaten (1627- 1698) et Christophe Pierson (i63 1-17 14 ) . Mais leur véritable élève, celui dont l'art complet résume en quelque sorte, et avec quelle splendide harmonie et quel accent personnel! la manière de Beyeren, de Heda et de Kalf, devait apparaître seulement un siècle plus tard, sous les traits de notre grand Nicolas Chardin.
REMBRANDT pnx