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PORTRAIT D'UN JEUNE HOMME

( Collection de MF. Kleinbercjer |

Nous ne croyons pas que, dans aucune école de peinture, des toiles représentatives d'un ensemble de portraits existent qui puissent être préférées à celles où Hais, avec une étonnante science de composition, une incomparable harmonie de couleurs et une virtuosité de pinceau qui n'exclut pas la plus spirituelle et la plus subtile des expressions physionomiques, a groupé dans un extraordinaire mouvement de vie les Officiers des arquebusiers de Saint-Adrien, à Harlem... Ici l'artiste est en pleine possession de son art. Les influences flamandes ont disparu et il n'est pas encore invinciblement attiré, comme à la fin de sa vie, par une sorte de force mystérieuse, vers une sénile et tremblante imitation de Rembrandt.

Mais l'art personnel de Hais se manifeste aussi très souvent, de triomphante manière, et parfois même sous une forme concentrée, et en dehors de tout effet décoratif, dans un grand nombre de ses portraits, et il serait trop long de dresser à cette place la liste complète des œuvres individuelles où il se révèle comme un des plus grands peintres de la figure humaine, de tous les temps et de toutes les écoles.

Ses tableaux de genre sont relativement rares, et toujours, dans ces sortes de compositions, le personnage, à quelque rang de la société qu'il appartienne, revêt l'aspect vivant d'un portrait. On peut s'en rendre compte d'après ses Scènes de mœurs de la collection Altman, à New-York, d'après ses musiciens, ses jeunes chanteurs, ses joyeux buveurs, ses bouffons, ses folles (voir la fameuse Hille Bobbe du musée de Berlin), ses joueurs de « rommelpott », ses bohémiennes...

Les artistes qui subirent l'influence de son art furent nombreux dans tous les genres, et, parmi les portraitistes, il faut citer en première ligne : J. Cornelisz Verspronck et Jean de Bray; mais il y eut, à proprement parler, fort peu d'élèves fidèlement attachés à ses leçons. Nous en aurons bien vite établi la liste en citant les noms de Van der Vinne, peintre assez médiocre et aujourd'hui oublié ; d'Adrien Brauwer, d'Adrien van Ostade et de Judith Leyster,une des célèbres femmes peintres de l'Ecole hollandaise du xvne siècle, avec Maria van Osterwijck et Rachel Ruysch, déjà nommées.

Quelques historiens de l'École hollandaise ont cru devoir classer aussi Philippe Wouwerman parmi les élèves de Hais. Mais il nous est vraiment difficile, étant donnés l'absence de preuves documentaires et l'art si personnel de Wouverman, de nous rallier à cette opinion, et, en attendant la démonstration définitive, nous nous bornerons à faire tenir au pittoresque peintre de cavalcades une place d'honneur parmi les nombreux artistes qui, sans

bénéficier de L'intimité enseignante du maître de Harlem, la subirent à travers le prestige contagieux de ses oeuvres.

Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet en étudiant, dans la troisième division de ce livre, les peintres de genre.

I 'art de Judith Leyster, inscrite dans la gilde de Saint-Luc en i63o. et mariée en i636 à Jean Miense Molenaer, se rapprocha parfois de très près de celui de Hais, mais sans en avoir toutefois la spirituelle clarté et le somptueux élan. Dans des moments heureux, elle eut un instant aux doigts le pinceau du maître, et alors elle peignit avec un entrain singulier quelques toiles qui purent être confondues avec les œuvres de Frans Hais. Aujourd'hui encore les connaisseurs, de seconde marque, s'y laissent prendre. Son œuvre est très inégale. A côté de peintures d'un métier savoureux et d'une fraîche et brillante harmonie de couleur, on en rencontre d'autres d'une désolante sécheresse d'exécution et d'une tonalité froide et morte, — ses peintures les plus justement réputées sont : la Joueuse de luth, de la collection Six. au musée d'Amsterdam, et la Joyeuse Partie, de la collection du baron de Schlichting, si remarquée à l'exposition des Tuileries.

II n'est pas tout à fait juste de dire que l'influence et la réputation de ces deux grands portraitistes de génie, qui s'appellent Rembrandt et Hais, furent tenues en échec par Bartholomeus van der Helst. bien que de son vivant ce dernier fût très en faveur, et devînt, comme Van Dyck, dans la Flandre et en Angleterre, le peintre attitré des grands personnages officiels et de l'aristocratie néerlandaise. Son art correct, trop souvent dépourvu de perspective aérienne, mais riche en détails précis, plaisait beaucoup à sa clientèle patricienne, et le nombre de ses portraits isolés, représentant des traits de princes, de princesses, d'animaux, de nobles dames, de bourgmestres, etc., est considérable. Comme Frans Hais, et comme d'ailleurs la plupart des peintres de figures des Pays-Bas, depuis Cornelis Teunissen (i 533) jusqu'à Thomas de Keyzer et Govert Flinck, B. van der Helst ne se borna pas à peindre des portraits isolés.

Il fut non seulement l'interprète habile, et avec quel merveilleux souci des accessoires! de la fine Gertrude de Dubbelde, de l'étonnant Gérard Bicker Andriesz f Amsterdam I et du merveilleux portrait de Paul Potter (La Haye1, trois toiles où son mouvement de pinceau, d'habitude si précis et si retenu, se manifeste avec une spirituelle franchise; mais il sut rassembler au>si. sur de vastes surlaces et avec une rare habileté de composition, de nombreux personnages. Son Banquet de la Garde civique, du Rijks-Museum,

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LA JOYEUSE PARTIE (Collection de M le Baron de S cÏLUchtmO )

qui ne comprend pas moins de vingt-six figures, est un chef-d'œuvre, et, parmi les grandes peintures décoratives, il tient une place d'honneur, même à côté de « la compagnie maigre » et des Officiers de la compagnie de Saint- Georges de Frans Hais, mais avec des qualités bien différentes. Tout dans l'art de Helst, principalement dans ses grands tableaux de « réunion » , comme dans le fameux Banquet de la Garde civique, le Jugement du prix de l'arc, les Chefs de la Confrérie de Saint-Sébastien, est d'une construction solide et souvent d'un dessin parfait. Chaque figure est d'une vivante ressemblance. Une harmonie générale du plus saisissant effet existe entre les gestes, les expressions, les attitudes des divers personnages groupés avec art remarquable et presque toujours placés en claire et pleine lumière.

On a prétendu, en parlant de son Banquet de la garde civique, et c'est là d'ailleurs un éloge applicable à la plupart de ses œuvres collectives, qu'on pourrait couper toutes les mains et têtes, les jeter dans un panier, et qu'on ne serait pas embarrassé ensuite pour réunir les têtes et les mains appartenant aux mêmes personnages.

Parmi tant de peintres d'une si haute conscience artistique, Helst peut être donné comme modèle, et, s'il ne sait emprunter à la nature que sa vie extérieure, il exprime avec une sincérité exemplaire tous les détails de sa vision objective.

Helst fut, avec Rembrandt et Hais, mais avec la distance du talent au génie, le plus grand peintre de figures de l'Ecole néerlandaise du xvnc siècle,

Decamps le place sur le même rang que Van Dyck. Sa comparaison nous paraît excessive.

Est-il utile de faire remarquer que Van der Helst fut un admirable peintre de natures mortes? On en a la preuve dans la plupart de ses portraits, mais surtout dans ses grandes toiles corporatives, surchargées d'accessoires, tous traités avec un même souci de la vérité que les figures des personnages.

B. van der Helst naquit à Harlem en i6i3 et mourut à Amsterdam en 1670. Il aurait eu pour maître (mais jusqu'à ce jour rien ne le prouve encore d'une façon absolue) Nicolas Eliasz.

Il serait téméraire d'affirmer que Van der Helst, dont l'histoire est encore assez obscure malgré l'active curiosité des biographes, eut un atelier et forma des élèves. Mais quelques peintres de réelle valeur et qui ont laissé d'excellents portraits, Abraham van der Tempel (1672), Johannes Spilberg (1619-1690), entre autres, font songer, par leur art sobre et contenu, clair et brillant, souvent un peu froid, au grand peintre de la Garde civique, bien

que le premier, singulier phénomène, fût disciple d'un rembranesque maître du clair-obscur, aux colorations chaudes, Govert Flinck, et l'autre de loris van Schooten [i587-i658), qui forma d'excellents élèves et qui fut peut-être lui-même le premier maître de Rembrandt.

D'ailleurs, M. Henry Havard fait remarquer fort justement que : « De ces trois grands peintres, Rembrandt, Van der Helst, Frans Hais, qui, avec une valeur inégale et des mérites différents, figurent au premier plan, un seul fonda une école et forma des élèves qui lui ressemblèrent. Rembrandt, l'inventeur, le poète, le génie rêveur, parvint à infuser ses idées, ses procédés, son idéal, non seulement à ses disciples directs, mais à ses élèves de seconde main; et son influence, battue en brèche par ses adversaires, bruyamment repoussée par ses contemporains, déteignit sur un grand nombre de ses confrères. Van der Helst, l'esprit sage, méthodique, le talent rangé, exact, qui plaisait si fort à son temps et qui représente si bien les qualités maîtresses de sa race, ne fit point d'élèves. Frans Hais, le peintre emporté, débordant, maître absolu de sa main, admirablement servi par son œil, qui devait éblouir son entourage par sa merveilleuse facilité, forma beaucoup d'élèves et n'eut pas un imitateur. »

M. Havard nous paraît avoir un peu trop oublié ici l'existence de Judith Leyster, qui. parfois, pasticha son maître de la plus troublante manière.

A l'ombre des trois grands artistes dont nous venons d'entretenir le lecteur, et dont le groupement forme une sorte de glorieuse trinité dans le ciel de l'art néerlandais, d'autres existent, moins connus, moins célèbres, mais dont les œuvres aujourd'hui dispersées à travers les musées nationaux et les plus riches galeries d'art témoignent à la fois de la fécondité de leur pinceau et de l'éclatante persistance de leur coloris.

Voici Michiel van Mierevelt (i 567-1641), le premier en date parmi ces remarquables peintres de la figure humaine, alors que Anthonis Moor van Dashorst (Antonio Moro) [1 5 12-1577], ce superbe peintre de portraits, italianisait et espagnolisait à la fois son nom et son art à Venise et à la cour de Charles-Quint et de Philippe II.

Rarement artiste obtint, de son vivant, un succès pareil à celui de Mierevelt. Son art se ressentit d'ailleurs de l'abondance des commandes, et, parmi les milliers de portraits qu'il exécuta, trop souvent sans doute avec la collaboration très active de son fils Pieter, dont le talent facile était bien loin d égaler le sien, figurent en grand nombre des œuvres d'une froide et mortelle insignifiance.

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