‹ Grands & petits maîtres hollandaisChapitre 18 sur 47 · HELST ( BARTHELEMY VAN D · texte numérisé non relu

HELST ( BARTHELEMY VAN D

p.Georôes Petit

PORTRAIT DE FEMME Collection de M. le Comte Potocki i

rappellent ceux de Van Dyck, partit pour l'Angleterre, où il séjourna cinq ou six années à peine, pendant lesquelles il peignit les portraits du roi, de la reine et de toute la cour. On le retrouve à Anvers en i635, puis en 1661 à La Haye. Il est encore difficile aujourd'hui de préciser la date de sa mort. Il vécut cependant — et on peut l'affirmer — au delà de 1672, car ce fut à cette date — la preuve écrite existe — ■ qu'il fut déclaré en faillite et que tout ce qu'il possédait fut vendu par autorité de justice.

A côté de ces intéressants anglomanes, dont l'art, exposé à la contagion de diverses influences flamande et française, se teinte déjà d'une maladive couleur de décadence, travaillent encore, sans quitter la vieille terre des ancêtres, quelques probes et vigoureux peintres, quelques puissants « factureurs », sans rien emprunter à l'étranger, aucun élément inspirateur.

Voici, en première ligne, Johannes Cornelisz Verspronck (1597- 1662), qui profita utilement des leçons de Frans Hais, et dont certains portraits rappellent, par la vie de leur expression, ceux du grand maître de Harlem, avec moins de vivacité, de largeur et de souplesse dans la touche, mais plus de pénétration dans le dessin et de serré dans le modelé. On serait tenté de croire que Verspronck séjourna en France, étant donné le nombre considérable de portraits de Français célèbres qui furent gravés d'après ses peintures.

Ses portraits isolés sont nombreux et généralement très estimés. Parmi ses grandes compositions, la plus célèbre est la Réunion des régentes de l'hôpital Sainte-Elisabeth, du musée de Harlem. Cette peinture, dont les réelles beautés intéressent, même après l'éblouissante vision des huit toiles comparatives de Hais, est signée du nom de l'artiste et est datée de 1642.

On retrouve aussi toutes les qualités de force et de précision, sans minutie, de son art très hollandais, dans le magnifique portrait de femme de la collection du baron de Schlichting, qui figura à l'exposition des salles du Jeu de Paume, et dont on peut voir la reproduction dans cet ouvrage.

Hendrick Gerritsz Pot (1 585- 1 65y) a peint de préférence de grandes toiles d'allure décorative, comme la très curieuse Apothéose de Guillaume le Taciturne, du musée de Harlem, et les Officiers de Saint- Adrien allant au tir, qui appartiennent au même musée. Ici les facultés d'invention dominent les qualités du métier. Sa touche fine et spirituelle convient davantage à des sujets de petites dimensions, comme son vivant portrait de Charles Ier, du musée du Louvre.

De la dynastie des De Bray, Salomon, le père (1 587-1664), Jacob (1644),

et Jean, tous deux fils de Salomon, Jean, qui mourut en 1697, est le plus connu. Son œuvre est très inégale. Il a laissé de nombreux portraits, souvent d'une exécution molle et d'un coloris vulgaire. Certains, comme les Portraits dès régents de l'Université de Leyde, sont des œuvres de haute valeur. Parmi les meilleures toiles de cet artiste, dont on confondit trop souvent la signature avec celle de son frère Jacques (erreur d'ailleurs facile à rectifier par de simples rapprochements de dates;, il faut encore mentionner celle qui représente les Cinq régents de l'hospice des Enfants pauvres (musée municipal de Harlem). Ici, comme dans toutes les œuvres de Jean de Bray, l'autorité de la touche, la sûreté du pinceau ne peuvent se comparer à celles de Hais, ni même de Verspronck. Le fond et la composition manquent aussi d'atmosphère, mais l'œuvre demeure néanmoins très intéressante par l'accent de vie des figures, par le jeu expressif des physionomies de ces braves bourgeois, tous de noir vêtus et dont les bonnes figures, graves et souriantes, sous le sombre chapeau aux larges bords, s'encadrent de longs cheveux qui se répandent sur des rabats blancs. Composition austère, mais qui dénote chez l'artiste une pénétrante faculté d'observation.

Le musée de Harlem possède encore, de Jean de Bray, trois autres toiles décoratives : les Quatre régentes de l'hospice des Enfants pauvres, les Trois régents de l'hospice des Lépreux, les Trois régentes de l'hospice des Lépreux, où l'on trouve, dans des proportions moins accentuées, les qualités et les défauts contenus dans les Cinq régents de l'hospice des Enfants pauvres.

Nous aurons, pensons-nous, dans cette rapide étude des peintres de figures de l'Ecole hollandaise du xvne siècle, mentionné la plupart des maîtres en ce genre en citant encore : Karel du Jardin, grand peintre de figures à ses heures, comme l'atteste le beau portrait de Gérard Reinst, et les Cinq régents de la Maison de correction (musée d'Amsterdam); S. Mesdach, l'auteur du beau portrait de Maria Courten, d'un dessin si volontaire; Jan Olis, peintre en général superficiel : le Portrait de savant, du musée de La Haye, par cet artiste, est cependant un chef-d'œuvre imprévu; Nicolas Eliasz, dont on peut admirer au musée d'Amsterdam, à côté de la gracieuse image de Maria Swarterchout, les Quatre régents de la Maison de correction et un bedeau; Dirck-Dircksz Santvoorts, peintre, qui a laissé de nombreux portraits isolés, et plusieurs grandes toiles collectives, entre autres : les Quatre régents du Spinhuis, les Quatre régents et un domestique de la halle aux serges, à Amsterdam (1643), et les Portraits du bourgmestre

Irop GeoràesPeirt

PORTRAIT D'HOMME

Collection de M F Klember:

Dirck Bas et de sa famille, son œuvre capitale : les têtes des personnages de Santvoorts vivent toujours d'une belle vie individuelle, et on ne peut que regretter le coloris jaune et monotone dont s'enveloppent la plupart de ses compositions; François Verwilt (i 598-1 655), élève trop fidèle de Poelenburg qui, en une heure de très heureuse inspiration, presque unique en sa carrière, peignit ce spirituel et charmant portrait du fils du lieutenant-amiral Van Nés, figurant au Rijks-Museum.

Faut-il aussi nous arrêter aux noms des Terburg et de Metsu, qui, parfois, avec un succès si complet, s'attaquèrent au portrait ? Vermeer, luimême, ne nous a-t-il pas laissé de vivantes effigies de jeunes femmes, comme celles de la collection d'Arenberg à Bruxelles et du musée de La Haye, entre autres?... Et qui oserait mettre en doute les qualités de portraitiste de Jan Steen, après avoir admiré les fortes et gracieuses images, qu'il peignit avec une réelle émotion, de sa femme, Marguerite vanGoyen!... Mais dans le prochain et dernier chapitre de ce livre, où nous traiterons de la peinture de genre chez les Hollandais du xvne siècle, il nous sera facile de démontrer que, parmi les admirables artistes dont nous aurons à entretenir le lecteur, bon nombre d'entre eux exécutèrent de purs chefs-d'œuvre, en dehors même du sujet d'étude qui leur était particulièrement familier.

Une note finale est nécessaire pour justifier complètement le titre de ce chapitre et pour caractériser la peinture d'histoire et la peinture religieuse chez les Hollandais du xvne siècle.

On peut dire qu'elle s'éteignit avec les peintres de la période de transition : les Jean Schorel, les Van Heemskerk, les Hendrick Goltzius, les Cornelis van Harlem, les Abraham Bloemaert, les Pierre Lastman ; à moins qu'on ne s'accorde pour lui trouver des représentants attitrés parmi les rembranesques exécutants de sujets bibliques ou les habiles fournisseurs de toiles corporatives et de portraits d'amiraux.

Toutefois, un certain J. de Mayer (?), sur les origines et sur la carrière artistique duquel on ne peut encore se procurer que de très vagues indications, s'adonne d'une façon presque exclusive à la représentation des grands événements militaires de son époque, et il a laissé quelques peintures d'un beau coloris, mais où l'animation des valeurs est plus intense que celle des personnages, presque toujours figés dans l'éclat de leurs ajustements. C'est la contre-manière de Philippe Wouwerman. Le musée d'Amsterdam possède quelques toiles de cet artiste, en autres la Reddition de la ville de Hulst.

Les visiteurs de l'Exposition des Maîtres hollandais aux salles du Jeu de

Paume purent, d'ailleurs, étudier l'art et la manière de cet artiste dans une Reddition de Breda, d'une belle harmonie de tons, mais qui, il faut bien le dire, ne peut soutenir aucune comparaison avec celle du musée du

Prado...

Depuis quelques années, plusieurs peintures commémoratives, d'un mystérieux anonymat, mais à peu près dépourvues de toute valeur artistique, viennent s'ajouter, dans le musée d'Amsterdam, à l'importante suite des portraits de marins célèbres qui se signalèrent dans la guerre de l'Indépendance.

Puis c'est tout... A moins, toutefois, qu'on ne veuille attribuer une place dans ce genre peu en faveur, chez les peintres de l'Ecole néerlandaise, aux Revues de flottes d'Albert Cuyp, paysagiste, animalier, portraitiste, peintre officiel, etc., aux scènes guerrières d'Esaïas van de Velde, de Karel du Jardin, de Ludolf Bakhuysen, de Lieve Verschuier, de Palamedesz le Jeune, de Jean Asselyn et surtout de Philippe Wouwerman, dont les tumultueuses compositions atteignent parfois au style historique, lorsqu'il abandonne son invention anecdotique pour se faire le fidèle interprète d'une action générale, comme dans Y Assaut de la ville de Koevorden (1672).

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