PEINTRES DE GENRE
\f lle est presque innombrable la suite des peintres de i genre qui ont imprimé à l'art hollandais un caractère 7J si original. On peut même affirmer que c'est à cette catégorie d'artistes que l'École des Pays-Bas doit, sinon / le meilleur de sa gloire, du moins son universelle notoriété. Le superbe éclat des chefs-d'œuvre de Rembrandt, de Hais et de Jacob Ruisdael n'arrête pas le large et doux rayonnement des toiles de tous ces « petits maîtres » charmants, qui furent de grands maîtres, et dont chacun a, en quelque sorte, une spécialité restreinte, mais excelle dans cette spécialité : Terburg, Metsu, Pieter de Hooch, Van Ostade, Vermeer, Jan Steen, Gérard Dow..., noms illustres, tous représentatifs d'un genre nouveau, qui prend naissance en Hollande et qui s'y développe avec une rapidité et une force extraordinaires. Puis, ces artistes familiers et charmants, théoriciens consommés, observateurs spirituels et pénétrants des maîtres de leur temps, auront à
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leur tour Je fervents imitateurs chez les Vénitiens, les Français et les Anglais du xvme siècle.
M. Henry Havard explique fort bien les causes de cette efflorescence si particulière dans le chapitre qu'il consacre à la peinture de genre, dans son Histoire de Ici peinture hollandaise : « En France, au xvne siècle, aussi bien qu'en Italie, les tableaux sont encore commandés par les papes et les rois, par les princes ou les prélats, ou par des confréries religieuses. Ils sont destines à orner des palais, des églises, des couvents. L'art fait, en ces pays, partie Je la chose publique; de là ses dimensions et aussi ses sujets. Parlant à la foule, il lui faut tenir un langage qui soit compris d'elle, lui montrer des faits déjà connus ou qui puissent, par leur grande allure ou leur cachet sacré, l'intéresser ou l'émouvoir.
» En Hollande, la situation est toute différente. Dans ce pays, protestant de religion, de caractère et de mœurs, il n'y a plus ni palais, ni églises, ni couvents qui puissent valoir des commandes aux peintres ; c'est aux particuliers qu'incombent ce soin et cette charge. Dès lors, il importe que le tableau se proportionne au logis qui doit le contenir, et les scènes qu'il représente doivent s'harmoniser avec les événements familiers qui vont se dérouler journellement autour de lui. Là-bas, l'art relève du domaine public; c'est une chose grandiose, sévère, solennelle. Ici, c'est une chose privée, c'est-à-dire flexible, se pliant à l'agrément de son possesseur, se façonnant à ses goûts, à son savoir, à ses désirs. De là ces sujets si curieusement variés et embrassant toutes les phases de la vie courante, depuis les causeries élégantes, les concerts et les entretiens secrets qui se dénouent dans de galants boudoirs, jusqu'aux orgies populaires, jusqu'aux disputes et aux batailles de cabaret. »
Etablir des catégories dans cette catégorie d'artistes est vraiment une entreprise fort délicate, et cependant nous croyons utile de la tenter, pour la clarté du sujet, pour la facilité de son exposition, mais toujours en nous défendant d'attribuer à notre méthode un caractère absolu.
La peinture de genre dans l'École néerlandaise du x\'ii<" siècle peut se diviser en deux groupes assez nettement caractérisés, bien que, parfois, comme nous le verrons dans le cours de cette revue, certains artistes, et des
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