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PORTRAIT DE F E M M F

(Collée Lion de M Rejre )

La figure d'un nain grotesque, couvert de riches vêtements, se détache au premier rang, dans le groupement des catholiques.

Longtemps ce tableau célèbre fut attribué à Breughel de Velours qui en a peut-être peint le paysage. Puis il fut catalogué sous le nom de Van Balen jusqu'au jour où, sur les indications de Bùrger, il fut enfin restitué à Adrien van der Venne, dont le critique d'art français avait minutieusement et passionnément étudié l'œuvre si intéressante.

Ici encore, et peut-être avec plus de force que dans les tableaux mentionnés plus haut, le peintre apparaît doué de puissantes qualités de portraitiste, principalement dans les têtes du premier plan, qu'il a étudiées avec un soin tout particulier.

Ce qui se dégage de cette toile superbe, et aussi de tout l'œuvre de Van der Venne, c'est non seulement la force de pénétration du dessin, mais aussi la chaleureuse puissance du coloris. Il est hors de doute que son influence fut considérable sur les peintres de genre de son époque.

Les biographes d'Adrien van der Venne citent tous son profond attachement à la Réforme. Et c'est sans doute pour cette raison que les traits de Maurice d'Orange, dont il paraît visiblement désireux d'éterniser le souvenir, figurent dans la plupart de ses compositions.

L'art de Dirck Hais (i5o,i-i656), frère puîné de Frans Hais, est le pâle reflet de celui de ce dernier, avec, toutefois, de très sensibles rapports, provenant plutôt d'une commune origine d'éducation que de fraternelles affinités. Il a peint parfois, et avec une précieuse habileté, des intérieurs, des animaux et quelques natures mortes; mais il s'adonna de préférence à la représentation de fêtes mondaines, bals, réunions, où s'agitent gaiement de nombreux petits personnages, aux figures rondes et poupines et aux gestes vifs. On ne peut que regretter l'uniformité un peu monotone des traits des visages et des jeux de physionomie. Les toiles « de sociétés » de Dirck Hais sont remplies de très précieuses indications pour l'histoire des modes en Hollande au xvne siècle.

Ce petit maître, dont les toiles sont assez rares, a peint aussi quelques compositions champêtres, quelques fêtes paysannes, mais il était visiblement attiré par la représentation des élégances de son temps, dont Anthony Palamedesz (1601-1673) sera un des plus brillants et des plus gracieux interprètes.

A rencontre de Dirck Hais, Anthony Palamedesz a beaucoup produit, et ses « tableaux de sociétés » ornent la plupart des musées et un grand nombre

de collections privées. Leur ensemble constitue, comme celui des tableaux de Dirck Hais, un véritable trésor documentaire pour les historiens des modes et des élégances de la société hollandaise du xvi;e siècle. Mais A. Palamedesz, aussi soucieux d'observer que de peindre, a su individualiser ses personnages ; aussi, chacune de ses petites compositions a, sous le charme de sa brillante couleur, un aspect réjouissant de vie intellectuelle qui s'oppose triomphalement au mouvement presque automatique des individus et des groupements de Dirck Hais.

La facture d'A. Palamedesz est plus légère, plus mince que celle de Hais le Jeune. Mais il connaît l'art difficile d'envelopper d'une lumière fluide et argentée ses élégantes figures de femmes gracieuses et d'élégants cavaliers marivaudant, le verre en main, comme il convient à de bons Hollandais, même de haute marque, dans des intérieurs aux murs sobrement meublés.

Palamedesz eut un imitateur assez habile chez Pieter Codde (1600-1678), qui, en maintes occasions, se fit aussi l'interprète spirituel et renseigné des élégances de son temps, mais sans atteindre néanmoins, en ce genre, au degré de perfection qu'il obtenait dans ses scènes de corps de garde, sujets qui lui étaient particulièrement familiers. Malgré ses très visibles efforts pour fixer de son pinceau, moins caressant, plus dur que celui de Palamedesz, les attitudes maniérées et les gestes arrondis de ses cavaliers et de ses belles dames aux larges fraises dentelées et aux nuques emperlées. il n'arrive généralement qu'à donner à ses figurants des allures de vulgaires modèles revêtus d'oripeaux de louage. L'esprit du peintre attitré des parties de trictrac dans les tabagies des corps de garde transparaît toujours à travers ces compositions exceptionnelles et conventionnelles.

Anthony Palamedesz eut un frère, Palamèdes Palamedesz (1607-1638), qui se fit un nom dans la peinture de batailles, spécialité nouvelle mise à la mode par Esaïas van de Velde et dont Philippe Wouwerman sera le plus brillant interprète. Comme l'œuvre de ce dernier, celle de Palamèdes le Jeune, bien qu'infiniment moins étendue, est pleine de chocs de cavalerie, au milieu de la fumée des pistolades, de corps à corps, de raids de batteurs d'estrade. Et toutes ces petites toiles tumultueuses, relatant des anecdotes guerrières qui ont pour cadre le Brabant et les bords du Rhin sont fort appréciées par le patriotisme bourgeois hollandais.

Jacob Duck (1 600-1 660) appartient aussi, avec Pieter Codde, Palamèdes le Jeune, Jean Lingelbach (1623-1674), Dirck Stoop (1610-1690), Jean Asselyn, a cette petite phalange de peintres qui s'exerça dans le genre guerrier ou

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militaire, sous l'impulsion d'Esaïas van de Velde. Comme Pieter Codde, et à Tencontre de Palamèdes, d'Asselyn et de Wouwerman, J. Duck, qui a laissé d'exquises petites toiles, d'un esprit d'invention charmant et d'un coloris plein de fraîcheur, choisit ses sujets dans des intérieurs de corps de garde ou dans des brasseries fréquentées par des soldats. Sa préférence va au soldat joueur, amoureux ou buveur. Ses héros répandent plus volontiers le vin du Rhin et de la Moselle sur les nappes blanches des auberges que le sang sur les champs de bataille, et le coup de dé leur est plus sympathique que le coup de sabre : ce sont les pacifistes de la guerre. Mais, avec Philippe Wouwerman (1619-1668 ), tout change.

Sans doute, ce fécond et charmant artiste n'a pas appliqué toutes les ressources de son talent généreux et primesautier à la peinture de la guerre, et ses personnages ne s'égorgent pas toujours au milieu des éclairs des épées et de la fumée des arquebusades.

Il fut souvent, aux heures où ses batailleurs enragés faisaient trêve dans son imagination un moment apaisée, le peintre exquis, presque idyllique, des calmes paysanneries dans des décors de joie et de lumière. Rappelez-vous la Charrette de la moisson, de la galerie Leuchtenberg; la Halte, du musée d'Amsterdam, qui fait songer à Albert Cuyp; la Récolte des foins, un de ses chefs-d'œuvre; le Départ pour la chasse, etc.

Mais, lorsque l'inspiration guerrière l'agite et que, de sa main frémissante, il saisit son belliqueux pinceau, ce n'est pas pour nous faire assister aux lourds marivaudages de ses héros avec des servantes d'auberge, ou à des parties de dés sur la peau d'un tambour.

Sans doute, ses cavaliers se reposent parfois, mais seulement le temps de souffler, de faire boire les bêtes et de nettoyer leurs armes. Puis, au galop !...

Bien que mort avant d'avoir atteint la cinquantaine, Wouwerman a laissé un nombre de toiles qui défie la patience du plus persistant statisticien. On les chiffre par centaines, et la plupart traitent de sujets guerriers. Smith en a catalogué plus de huit cents, et ce chiffre énorme est loin d'être définitif. A lui seul le musée de Dresde est riche de plus de soixante peintures de Wouwerman. Son art du cheval est si parfait, il se complaît si visiblement dans la peinture de cet animal, dans toutes ses attitudes et ses mouvements de repos et d'action, que je le soupçonne fort de n'avoir choisi le combat de cavalerie pour thème habituel qu'afin d'y trouver de continuelles occasions de peindre son modèle favori sous ses aspects les plus variés.

Philippe Wouwerman naquit à Harlem. Son père, Paul-Joosten Wouwerman, fut un peintre d'histoire assez médiocre. Il est aujourd'hui complètement oublié. Il eut trois fils, Philippe, Pierre et Paul, qui s'adonnèrent à la peinture de paysages et d'animaux. Mais, de ces trois artistes, Philippe est de beaucoup le plus célèbre. Complétons ces quelques notes biographiques en disant que Philippe Wouwerman, après avoir étudié pendant quelque temps dans l'atelier de son père, reçut les leçons de J. Wynants. Dans l'étude de son œuvre inégale, mais toujours intéressante sous son aspect de vie, il est facile de reconnaître qu'il sut profiter des conseils du grand maître. Certains paysages de Wouwerman sont de véritables chefsd'œuvre d'exécution et de vérité, et, en admirant la limpide profondeur des horizons, le jeu vivant des nuages, la solidité des terrains et le dessin des arbres, on se surprend à en oublier le spirituel étoffage. L'homme et l'animal deviennent l'accessoire secondaire de ce superbe décor où se révèlent toutes les qualités de l'élève de Wynants, qui, comme son maître, ne quitta jamais, dit-on, son pays natal, dont il a su reproduire tous les aspects, en sacrifiant peut-être un peu quelquefois à son esprit d'invention. Nous avons dit que l'œuvre de Wouwerman est très inégale. Et il ne peut en être autrement, lorsqu'on songe qu'il peignit assurément plus de mille toiles et qu'il vécut quarante-huit ans à peine. Ou bien faut-il en conclure que bon nombre de ses peintures sont dues aux pinceaux de ses frères Pierre et Jean, comme lui très féconds, et imitateurs assez fidèles de son style?

Philippe Wouwerman a trouvé dans son compatriote Campo Weyerman un historien très enthousiaste, parfois d'un dithyrambisme inquiétant; aussi préférons-nous en venir au jugement que donne de l'intéressant artiste le savant Waagen, qui sait rendre justice aux qualités du peintre sans chercher à dissimuler ses défauts : « Ses compositions, dit-il, révèlent invariablement un sentiment délicat du pittoresque. Ses figures et ses animaux sont dessinés avec beaucoup d'art et d'animation, quoique, dans sa seconde et sa troisième manière, les chevaux prennent un caractère assez monotone. L'aspect général de ses œuvres est d'un velouté extraordinaire ; il joint une extrême finesse de touche à une délicatesse et à une énergie rares. Le nombre prodigieux de ses œuvres, produites dans le courant d'une vie assez courte, prouve à la fois son activité et l'agilité de son pinceau. Ses tableaux, comme il est facile de le comprendre, diffèrent beaucoup de valeur; ils fatiguent par la trop fréquente répétition d'événements sans importance. Mais il y en a toujours un grand nombre qui frappent, non seulement par la haute

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