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perfection de certaines parties, mais aussi par une énergie dramatique tout à fait extraordinaire. Dans cette catégorie rentrent ses combats de cavaliers, de soldats et de paysans et ses attaques de brigands. »
A la liste si longue des tableaux militaires et des tableaux de genre de Wouwerman viennent se joindre quelques peintures religieuses qui n'ajoutent d'ailleurs rien à sa gloire, et dont la nomenclature est assez rapidement dressée. L'une d'elles, la plus importante, la Prédication de saint Jean- Baptiste, appartient à sa première manière et figure au musée de Dresde, qui possède aussi V Annonciation aux Bergers. A citer encore à titre documentaire : la Conversion de saint Hubert, datée de 1660, qui fit panie de la collection du Prince d'Orange ; Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre, et un Calvaire, qui fut peint pour le comte Wassenaer.
Les noms de Henri Verschuuring (1627-1690) et de Pieter van Laar(i6i3- 1674) nous semblent devoir figurer aussi sur la liste de ces peintres du genre batailleur, dont ils ont le pinceau facile et expressif, bien que leur verve imaginatrice s'exerce également dans d'autres genres moins violents, comme dans des paysages montagneux ornés de ruines et animés par des troupeaux, souvenirs idylliques rapportés presque toujours de la Campagne romaine.
Avec Pieter Cornelisz van Slingelandt (1640-1691), Samuel van Hoogstraten (1627-1678) et Eglon van der Neer (1643- 1703), nous reprenons la suite des peintres de scènes de la vie nobiliaire ou bourgeoise, bien que chacun de ces trois charmants artistes, comme tout maître hollandais, ne se spécialise pas d'une manière absolue dans le genre auquel il doit la meilleure part de sa notoriété.
Le faire minutieux de Slingelandt, qui eut pour maître Gérard Dow, s'exerça aussi dans les sujets villageois et populaires, et il y excelle même parfois, comme dans les jolies toiles où il nous montre une femme cousant près de son enfant, et dans la Musique en famille, du musée d'Amsterdam; mais ses peintures de la vie bourgeoise sont nombreuses, et certaines d'entre elles sont traitées avec un soin si particulier, les détails en sont si méticuleusement analysés, le clair-obscur est si habilement rendu, que les plus fins connaisseurs les confondent souvent avec les peintures de son maître, dont il a le métier lisse et froid et aussi le dessin banal.
Notre musée du Louvre possède peut-être la meilleure œuvre de cet
artiste, une Famille hollandaise, où ses réelles qualités de coloriste et d'observateur sont très visibles, tandis que ses habituels défauts s'y atténuent très sensiblement. Voici, d'ailleurs, l'opinion de Waagen sur cette toile intéressante, qui fut achetée douze mille livres par M. d'Angiviller pour le roi Louis XVI : « Ce tableau est le chef-d'œuvre de Slingelandt. J'en admire la composition heureuse, les têtes expressives, le coloris très clair et le soin de l'exécution, qui explique qu'il ait travaillé trois ans à cette toile. »
Samuel van Hoogstraten (16-26-1678) est moins sollicité que Slingelandt par les scènes de la vie populaire. Il va même, avec une préférence très marquée, vers les scènes de la vie élégante, auxquelles il donne volontiers pour décors des perspectives architecturales noyées de clair-obscur et des fonds lumineux de jardin. Son art subit visiblement deux impérieuses influences : celle de Rembrandt, qui fut son premier maître ; puis celle de Pieter de Hooch, qui se manifeste seulement dans les toiles qu'il exécuta à son retour d'Italie et d'Angleterre, vers i655. Voerman a dit de lui : « Ce peintre enferme des personnages dans une perspective intéressante d'un clair-obscur bien entendu. Il se montre ici le prédécesseur immédiat de Nicolas Maes, son compatriote, de Pieter de Hooch, auquel ses tableaux ont été quelquefois attribués, et même de Jan van der Meer ». Cette dernière opinion nous paraît un peu hasardée, et cependant que d'infinie légèreté dans l'atmosphère perlée qui enveloppe la Jeune Malade du musée d'Amsterdam et la fine délicatesse de la touche qui fait de cette toile un petit chef-d'œuvre !
Le musée du Louvre possède de ce charmant artiste une toile très caractéristique de son art et où l'on devine sans peine l'influence de Pieter de Hooch, à qui elle fut d'ailleurs attribuée. Elle fit jadis partie du cabinet de Guillaume IV. Elle est intitulée; Jeune Femme se promenant sous un vestibule.
La vie d'Eglon Hendrick van der Neer fut vagabonde et chargée. Ces deux qualificatifs nécessitent une explication biographique, qui servira d'ailleurs à la compréhension de son œuvre. Il parcourut, à la sortie des ateliers de son père, Aart van der Neer, le peintre des clairs de lune, et de J. van Loo, la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Angleterre, l'Espagne, où il obtint le titre de peintre de Charles II. Il se maria trois fois. De sa première femme et de sa deuxième femme, il eut seize enfants, et sa troisième, une veuve, lui en apporta huit... en dot. Déplacements coûteux, charges fort lourdes, qui devaient avoir, comme le fait remarquer fort judicieusement un de ses historiens, une influence malheureuse sur son art. La plupart de ses peintures, en effet, surtout les paysages, tableaux d'histoire, ne sont pas achevées avec
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tout le soin désirable ; mais il a su, dans ses petits tableaux de genre, qui sont d'ailleurs assez rares, dans ses élégantes musiciennes, dans ses évanouissements de jeunes femmes, dans ses conversations galantes, qui s'apparentent à celles de Netscher et de Frans van Mieris, et qui font pressentir les galanteries du xvme siècle, préciser son dessin, harmoniser délicatement ses couleurs et baigner d'une fine lumière ses spirituelles inventions.
La Marchande de poissons (musée du Louvre) de cet intéressant artiste ne donne qu'une idée fort incomplète de ses tendances et de sa manière. C'est, dans l'œuvre de ce peintre de sujets aristocratiques, un essai aussi exceptionnel que le Tobie et l'Ange du Rijks-Museum. Mais on peut apprécier ses qualités véritables dans la Femme jouant du luth, de la collection de M. Jules Porgès. Elles sont résumées sous une forme très précieuse dans cette jolie petite toile d'une si fraîche harmonie et d'une très vivante expression.
La patience consciencieuse et clairvoyante de Smith n'a pu réussir à cataloguer plus d'une centaine d'oeuvres authentiques de Gérard Terburg (1617-1681), et cependant l'importance du nom de cet artiste dans l'histoire de l'art est telle que T. Thoré, qui a fait de lui une étude si approfondie dans ses Musées de Hollande, déclare qu'après Rembrandt on devrait le mettre tout à fait hors ligne, <> seul à son rang, comme les vrais grands hommes ». Voici, d'ailleurs, en quels termes enthousiastes il s'exprime sur ce maître exquis. C'est une sorte de jugement définitif. Je n'en connais pas de meilleur :
« Parmi les petits grands maîtres hollandais, il en est un qui ne s'est jamais encanaillé : c'est Terburg, vrai gentleman comme Cuyp, et de la même génération. Il a sa bonne part d'influence dans l'école de son pays. Metsu est son jeune frère et son égal. Tous deux dans leur genre, qui est analogue, distancent de bien loin leurs rivaux. Mais Terburg a sur Metsu l'avantage d'être initiateur. C'est lui qui a inventé les scènes d'intérieurs élégants, conversations, parties de cartes, galanteries discrètes, réceptions de billets doux, concerts intimes dans un petit salon tendu de soie, où de jeunes ladies, coquettement parées, étalent avec nonchalance leurs robes de satin.
» La robe de satin appartient à Terburg. Il a fourni l'étoffe à Metsu,
9o GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS
à Mieris, même à Wouwerman, pour ses cavalcades seigneuriales, même à Jan Steen, qui ne l'a pas trop froissée dans ses belles malades d'amour.
» Terburg a beaucoup voyagé et il est le seul artiste de son pays qui, en son temps, ait ainsi couru le monde. 11 a visité l'Italie et il a vu les grands maîtres; il a vu l'Allemagne et il a peint d'après nature son Congrès de Minuter; il a vu l'Espagne, où, dit-on, il ne fut pas insensible à la beauté des femmes, et il a dû connaître, à Madrid, Velasquez; il a peint en France, en Angleterre... Et, malgré tout, il est demeuré pur Hollandais de style et d'exécution. La terrible épreuve de l'Italie ne l'a point perverti; la fréquentation des rois, princes, ambassadeurs, cardinaux, grands personnages de tant de pays, ne lui a point fait perdre le naturel; il n'y a gagné qu'une rare distinction et une grâce exquise pour interpréter la société hollandaise dans ses types des classes supérieures. Aucun des maîtres étrangers ne lui a laissé la moindre empreinte, quoiqu'il se soit assimilé mystérieusement leurs plus fines qualités. S'il a songé parfois à quelqu'un d'entre eux, c'est peut-être à Velasquez, et il en a, dans certains de ses tableaux, les tons verdâtres argentés, d'une nuance si harmonieuse et presque indéfinissable. Smith lui trouve de la ressemblance avec « la manière fascinatrice du Corrège!... » La vérité, c'est que Terburg ne ressemble à personne. C'est là un maître original et de premier ordre... »
L'ensemble de l'existence vagabonde de Gérard Terburg est assez difficile à reconstituer, à travers les recherches souvent contradictoires de ses nombreux historiens. C'est ainsi que Charles Blanc émet, lui, des doutes sur le séjour de notre artiste en Italie, pour cette raison, assez discutable d'ailleurs, qu'il ne reste pas, dans ses peintures, la moindre trace d'un tel voyage. A cela on pourrait répondre que, si l'école italienne n'eut aucun effet sur la manière de peindre de Gérard Terburg, c'est que cet artiste était défendu contre toute influence extérieure par l'originalité profonde de son tempérament national.
Il naquit à Zwolle, près d'Arnheim, et y passa les premières années de sa vie. Son premier maître fut son père, artiste peu connu. Du petit atelier de Zwolle, il alla étudier à Harlem, chez des éducateurs plus habiles. Puis, lorsqu'il se sentit maître de son métier, il se décida à satisfaire son goût des voyages et parcourut successivement l'Allemagne, l'Italie (suivant les uns), l'Espagne, l'Angleterre et la France. Ce fut à Munster, en 1646, lors du congrès réuni en cette ville pour traiter de la pacification générale, que Terburg se révéla dans toute la plénitude de son talent. 11 avait
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trente-huit ans à peine. Il était alors en toute puissance de son art, bien que n'ayant pas encore subi le charme fécond de Velasquez. Les portraits individuels qu'il exécuta des plénipotentiaires réunis dans la capitale de la province de Westphalie sont de petits chefs-d'œuvre de dessin, de couleur et d'expression, et assurément bien supérieurs à ceux qu'il devait fixer plus tard, d'après ces premiers documents iconographiques, dans sa fameuse toile de la National Gallery, à Londres, le Congrès de Munster, dont les physionomies se figent dans la solennité du serment juré sur l'Evangile, toile d'ailleurs justement célèbre, bien qu'elle ne représente pas, à notre avis, le chef-d'œuvre du peintre, plus libre et plus maître de lui dans ses Scènes de galanterie. Elle est peinte sur une plaque de cuivre large de om,58 et haute de om,45. Elle est signée : G. T. Borch f. Monastery a0 1648. Cette œuvre, que Terburg avait estimée lui-même 6.000 florins, appartenait encore, au commencement du siècle dernier, à l'un des parents du maître, receveur des rentes dans la province d'Over-Yssel. Elle passa ensuite dans le cabinet d'un riche collectionneur, M. Van Leyden. A la mort de ce dernier, en 1804, elle fut vendue 16.000 francs. L'acquéreur n'était autre que le prince de Talleyrand, et à l'heure où les souverains signaient le traité de 1814 cette toile ornait encore le salon du célèbre diplomate. De chez le prince de Talleyrand l'œuvre de Terburg passa dans la collection de la duchesse de Berry, et enfin, en 1837, le prince Anatole Demidoff s'en rendait propriétaire pour la somme encore relativement modeste de 45.000 francs. En 1868, nous la retrouvons à Paris, à la vente de la galerie San Donato, où elle est acquise pour la somme de 182.000 francs. Elle figure aujourd'hui en place d'honneur à la National Gallery, à Londres.
Ce fut à Munster que Terburg se lia avec l'ambassadeur d'Espagne, le comte de Pefiaranda. Liaison qui devait avoir une si heureuse influence sur la destinée du peintre.
Il fit d'ailleurs de son tout-puissant protecteur plusieurs portraits, dont l'un, un merveilleux petit chef-d'œuvre (collection Warneck), figurait à l'Exposition des salles du Jeu de Paume. L'image du fameux tableau de la National Gallery, à Londres, n'en est que la transposition fidèle, mais affaiblie.
Le comte de Pefiaranda, qui bien vite avait su apprécier l'art de Terburg, l'emmena avec lui en Espagne, aussitôt la paix signée, et le présenta à la cour, où ses manières distinguées, son esprit entreprenant aidèrent singulièrement au succès que l'habileté de son pinceau fin et délicat méritait à elle seule.
Philippe IV, dont Velasquez était cependant le peintre ordinaire, voulut bien lui commander son portrait, et bientôt, grands seigneurs et grandes dames assiégèrent l'atelier du maître hollandais pour obtenir de lui « la faveur de leur image ». J'imagine qu'une sérieuse modification se produirait dans la statistique établie par Smith des œuvres de Gérard Terburg, si, à ses tableaux de genre, on ajoutait le chiffre des portraits individuels qu'il exécuta pendant ses divers séjours en Westphalie, en Espagne, en France et en Angleterre.
De Madrid, Terburg se rendit à Londres, puis à Paris, recueillant partout honneur et fortune. Après un assez court séjour en France, il prenait le sage parti de mettre un terme à son existence aventureuse et revenait en Hollande, où il épousait sa nièce et mourait quelques années plus tard, en 1681, à Deventer, dont le prince d'Orange l'avait nommé bourgmestre.
Terburg ne laissa pas d'enfants et c'est un bien pâle reflet de son génie qui éclaire les quelques dessins à la sépia, où sa sœur Gezina a minutieusement cherché à rendre la physionomie familière des intérieurs élégants de son temps.
L'œuvre de Gérard Terburg est d'une magistrale égalité. Nous voulons dire par là qu'il fut peut-être le peintre de genre le plus parfait de l'Ecole hollandaise du xvne siècle, en ce sens qu'on rencontre rarement une faiblesse dans l'ensemble si séduisant de son œuvre. Dessinateur impeccable, il emploie pour cristalliser ses spirituelles et gracieuses inventions la plus précieuse des matières, et la lumière dont il baigne ses compositions est d'une fluidité argentée, d'une essence subtile, qu'on ne retrouve que chez Vermeer.
Dans ces jolies peintures d'intérieurs élégants, « où de temps à autre une affaire de cœur apporte un léger trouble », les véritables chefs-d'œuvre sont nombreux.
Les musées des Pays-Bas ne sont pas les plus riches en tableaux de ce genre. Ils renferment surtout des portraits, presque tous d'un art précieux et d'une vivante expression. C'est, peut-être, au Louvre qu'il conviendrait le mieux d'étudier Terburg sous sa forme la plus parfaite et la plus définitive, dans ces délicieuses compositions intitulées : la Leçon de lecture, la Leçon de musique (une pure merveille , le Concert, Militaire offrant des pièces d'or à une jeune femme.
Le musée du Louvre possède encore de cet artiste une autre peinture appartenant à un genre d'une austérité exceptionnelle et représentant une Assemblée d'ecclésiastiques.