‹ Grands & petits maîtres hollandaisChapitre 24 sur 47 · L.A CAPTIVE · texte numérisé non relu

L.A CAPTIVE

(Collection de M.Max F'iersheim)

d'Amsterdam, la Marchande de harengs du Rijsk-Museum , l'admirable Vieux Buveur, qui figure au même musée, les Marchandes de volailles du musée de Dresde (une de ses œuvres les plus importantes), et tant d'autres. Notre Louvre, si riche en chefs-d'œuvre de l'École hollandaise du xvnc siècle, possède aussi assez de belles œuvres de Metsu pour donner au visiteur une juste idée de son art et pour lui permettre d'établir un parallèle avec son glorieux compatriote et voisin Gérard Terburg.

Voici, avec son Marché aux herbes, le Militaire recevant une jeune dame et la Leçon de musique (déjà cités), le Chimiste, une Femme hollandaise, une Cuisinière hollandaise, la Femme adultère.

On croit deviner dans l'œuvre de Metsu, qui cherche très visiblement, surtout dans ses tableaux d'intérieurs mondains, à imiter le maître de Zwolle, et dans ses scènes populaires, plus largement traitées, d'un coloris plus éclatant et d'une joyeuse invention, la double influence de Terburg et de Jan Steen, qu'il admirait presque autant et avec lequel il était intimement lié.

Le Cadeau du chasseur et le Déjeuner, du musée d'Amsterdam, ont la verve amusante et le riche coloris des fantaisies populaires de Steen.

Metsu a peint aussi quelques portraits intéressants et d'une vivante expression, entre autres ceux de Y Amiral Tromp, qui figure au Buckingham palace, du prêtre du musée de Rotterdam et du si séduisant portrait de femme de la collection Reyre, qui figura à l'exposition des Tuileries. Il s'essaya aussi, mais avec moins de bonheur, dans la peinture religieuse et biblique. L Enfant prodigue che\ les courtisanes, d'une fantaisie d'invention digne de son ami Steen, et le Christ au jardin des Oliviers, du musée de Munich, n'ajoutent pas le moindre rayon à sa gloire.

On possède encore peu de détails sur la vie de Metsu, et les notes biographiques recueillies par Houbraken sur ce maître si intéressant sont rares. Sa similitude d'âge avec Terburg et Gérard Dow rend suspectes les affirmations des historiens d'art, qui lui donnent ces deux peintres comme maîtres. Il naquit à Leyde en i6i5 et, suivant toutes probabilités, mourut à Amsterdam en 1670.

La dynastie des Mieris fut nombreuse. Mais il ne peut être ici question que de Frans van Mieris, dit le Vieux, encore que la plupart de ses œuvres, si vantées de son vivant, trouvent aujourd'hui peu d'admirateurs. Il étudia à l'atelier de Gérard Dow et il apprit de ce dernier « l'art du fini », qu'il porta à un degré que n'atteignit pas toujours son maître. Son dessin est correct, sa couleur d'une suavité qui touche à la fadeur. L'esprit de Steen, qui fut son

ami, n'anime que très accidentellement ses compositions populaires. Car il put, comme Metsu. quitter parfois les salons et les boudoirs élégants des Dames prenant le thé, de la Jeune Femme jouant de la guitare, de la Dame assise devant un perroquet, de la Dame à sa toilette (cette toile charmante du musée du Louvre^ de la Jeune Darne s'évanouissant, pour pénétrer dans de pauvres intérieurs, dont l'ombre est traversée d'un rayon de soleil et qu'anime une gaieté bruyante. Mais ces incursions dans les milieux populaires ne sont guère favorables à son art méticuleux, qui ne vaut que par le fini précieux du détail. Il faut cependant mentionner, parmi ses œuvres les meilleures. YEtameur examinant un chaudron troué.

Là où il excelle, c'est dans le rendu des étoffes. Ses tapis sont célèbres et ses robes de soie ont souvent le souple et brillant éclat de celles de Terburg et de Metsu: mais, néanmoins, son art a quelque chose de précis et de retenu, et en quelque sorte d'artificiel, qui contraste vivement avec la libre et savante franchise de celui de Terburg. de Metsu et de Steen. Rien d'étonnant à ce que, « pour arrondir les objets ». il se servît, comme son maître Gérard Dow, d'un miroir convexe.

Frans van Mieris naquit à Delft en i635 et mourut à Leyde en 1681. Il eut deux fils, Willem et Jean. Le premier s'adonna, comme son père, à la peinture de genre, faisant alterner dans son œuvre la représentation des élégances, la Dame à la pomme, une Femme tenant une bourse, avec celle des sujets populaires, le Marchand d'écrevisses, le Joueur de vielle, et même avec des peintures religieuses et mythologiques, comme la Madeleine devant le crucifix 'Florence), Ariane et Bacchus (Dresde). Le second s'adonna, de préférence, mais sans nul succès, à la peinture d'histoire et au portrait. Enfin, reste, pour compléter la dynastie, un troisième Mieris, Frans, fils de Willem (1689-1733). Il ne tarda pas à reconnaître l'impuissance de ses efforts artistiques et abandonna l'art pour les sciences et les lettres. Il publia aussi, sur la numismatique, des traités fort appréciés. Ce fut assurément le plus sage des trois.

En résumé, l'art des Mieris, avec ses mièvreries élégantes et son invention maniérée, est très significatif d'un mouvement de décadence qui s'accentuera encore davantage chez Caspar Netscher, pour se précipiter bientôt avec les Gérard de Lairesse et les Adrien van der Werff. ..

Ce fut à Heidelberg que Caspar Netscher vit le jour, en 1639. Il devait mourir à La Haye en 1684, après avoir longtemps séjourné en France, où il se maria. 11 y étudia l'art du peintre de cette époque, ainsi que l'atteste

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tout son œuvre, où l'on devine bien plutôt l'influence de Pierre Mignard et de son école que celle de Terburg, à l'atelier duquel il aurait cependant travaillé, dans la ville de Deventer.

On raconte que la mère de ce gracieux artiste, restée veuve avec quatre enfants, fut obligée, à cause des guerres qui désolaient l'Allemagne, de se réfugier dans un château, aux environs de Heidelberg. On assiégea le refuge qu'elle avait choisi, on intercepta les communications, et la pauvre mère vit mourir de misère et de faim deux de ses enfants; deux autres lui restaient. A la faveur de la nuit, elle s'échappa, en les cachant dans son sein, et arriva à Arnheim, après de longs jours de fatigues, dans l'état le plus misérable. Un médecin nommé Tullekens se chargea de l'éducation du petit Caspar, qui n'avait alors que deux ans. On voulut en faire un médecin; mais, le goût de la peinture se développant chez lui, on le mit d'abord chez un peintre d'oiseaux et de gibier nommé Koster, puis chez Gérard Terburg, maître peintre et bourgmestre de Deventer.

Telle est la curieuse histoire qui ouvre le récit de la vie de ce gracieux artiste, qui ne doit qu'au hasard des circonstances d'être classé dans les rangs des peintres de l'Ecole néerlandaise, car, s'il naquit en Allemagne, ce fut certainement en France qu'il apprit l'art de « mignardiser », et il ne paraît avoir retenu des leçons de Terburg que la bonne manière de traiter les étoffes et de casser élégamment les robes de satin.

Netscher ignore l'art du clair-obscur et du modelé. Rien de commun entre le graphisme sec et banal de son dessin et le jeu vivant et hardi des pinceaux de Terburg et de Metsu, auxquels certains écrivains d'art osent l'apparenter.

Netscher est assurément le moins hollandais des peintres des Pays-Bas du xviie siècle. Il n'en a aucune des qualités essentielles. Il possède, il est vrai, un juste sentiment de l'élégance, mais ses moyens sont inférieurs et, sauf dans quelques-uns de ses petits portraits de femmes tout particulièrement étudiés, mais dont l'heureuse expression est le fruit visible d'un trop pénible effort, il ne se dégage de l'ensemble de son œuvre qu'une impression d'art conventionnel et mensonger.

Le Louvre possède de cet artiste deux toiles assez intéressantes : la Leçon de chant et la Leçon de basse viole.

Caspar Netscher eut deux fils : Constantin (1670-1722) et Théodore (1661-1732). Ce dernier séjourna une vingtaine d'années à la cour de France. Il a laissé d'assez nombreux portraits d'un médiocre intérêt. Constantin

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s'adonna au portrait, au genre, à l'histoire et à la mythologie. Quelquesuns de ses petits portraits, où il s'efforce d'imiter la manière de son père, furent très appréciés. Il est assez pauvrement représenté au musée du Louvre par deux toiles : Vénus pleurant Adonis et le Portrait d'une princesse.

Gérard Dow, « ce patient et laborieux imitateur d'une nature immobile », eut trois maîtres de genres très différents, mais dont le triple enseignement se reflète dans tout son œuvre. Ce furent d'abord le graveur Bartholomeo Dolendo et le peintre sur verre Pieter Couwenhoven ; puis Rembrandt. Des premiers, il apprit l'art du détail infini, si minutieux, que ses tableaux doivent être regardés à la loupe pour qu'on puisse admirer l'étonnante précision de son pinceau. Au troisième il emprunte non pas assurément la fougue tragique de son génie et la vigoureuse poésie de sa couleur, mais l'incomparable habileté de son art dans la distribution des ombres et de la lumière.

Si, par le fini excessif et léché de ses petites peintures, leur touche lisse et sans relief, il demeure toujours l'élève de Dolendo et de Couwenhoven, il procède visiblement de Rembrandt lorsqu'il baigne ses minuscules scènes de genre d'une jolie lumière ambrée ou d'une ombre légère, flottante et finement transparente. On pourrait aussi presque dire que c'est à travers le prisme du talent si habile, si mesuré de Gérard Dow, petit maître intermédiaire entre Rembrandt et toute une phalange de peintres de genre de l'Ecole hollandaise, que les Metsu, les Frans Mieris, les Brekelenkam, les Godfried Schalken, les Van Toi entrevirent les grandes lueurs de l'incendie rembranesque, qui, de ses rayons mourants, vient éclairer leurs jolis petits intérieurs bourgeois et recueillis.

La couleur de Gérard Dow est toujours d'une exquise fraîcheur, mais son dessin, d'une désespérante servilité, enlève toute noblesse d'allure à ses fines compositions, remplies cependant presque toutes de spirituelles qualités d'observation. Mais, encore une fois, son pinceau, froid et peureux, ne s'anime jamais dans un large et libre mouvement émancipateur. et, si ce n'était la lumière, vraiment délicieuse de transparence et de couleur, dont s'enveloppe tout son œuvre, ce prototype du peintre de l'art pour l'art, ne se souciant d'aucune idée, Gérard Dow, ne mériterait certes pas d'avoir été appelé par ses contemporains « le Prince de la peinture de petites dimensions ».

11 était fils d'un peintre sur vitraux, naquit à Leyde en i6i3 et

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