‹ Grands & petits maîtres hollandaisChapitre 6 sur 47 · PAYSAGE AU BORD D UN LAC · texte numérisé non relu

PAYSAGE AU BORD D UN LAC

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dans l'épanouissement argenté de sa lumière diffuse et dans l'azur diaphane de ses horizons infinis. Ici ni prestigieux effets de clair-obscur, ni contrastes romantiques. Jan van der Hagen peint avec un parti pris de simplification rembranesque ; mais, comme J. Ruisdael et comme Hobbema, ces deux grands naturistes, il baigne toujours d'une lumière réelle ses campagnes étendues et riantes. Aucune œuvre n'est mieux désignée pour représenter l'art de ce peintre si intéressant que le beau paysage d'été, d'un métier si léger, d'une touche si aérienne, qui figure dans la section de peinture hollandaise au musée de Bruxelles.

L'École de peinture hollandaise du xvne siècle fut tout particulièrement riche en peintres animaliers, et il devait en être ainsi dans un genre où le principal mérite consiste à reproduire fidèlement la nature. Sans parler des Paul Potter et des Albert Cuyp, la liste est longue des artistes qui se complurent dans l'expression fidèle et vivante des animaux, aussi bien, d'ailleurs, chez les Flamands que chez les artistes des Pays-Bas.

C'était encore une manière d'ajouter un trait nouveau, indispensable d'ailleurs, et si caractéristique, à la physionomie maternelle du pays à qui la paix est enfin rendue, et dont les buissons ombreux et les vertes prairies vont abriter de nouveau la nonchalante et ruminante quiétude des troupeaux et les calmes chevauchées. A peu près seul, Wouwerman, obsédé par le souvenir des luttes passées, décrira, et souvent avec beaucoup d'art, au milieu de la fumée des pistolades et des éclairs des épées, l'agitation des chevaux de bataille ou leurs haltes harassées. Mais presque tous, poursuivant un rêve idyllique, « étofferont » de vivantes études d'animaux paisibles, non seulement leurs vastes et profonds paysages, mais aussi ceux des Wynants, des Ruisdael, des Hobbema, des Van der Heyde, des Moucheron... A l'encontre des animaliers des autres écoles, voire de l'École flamande, Adrien van de Velde, Nicolas Berchem, Lingelbach, A. Corneliz Beeldemacker, Pynacker, Both, Abraham Hondius, Albert Klomp, qui pasticha lourdement Potter, Willem Romeyn, Govert Camphuysen..., ne se borneront pas à une étude poussée de l'animal, devenu motif principal, dans un vague décor d'une invention purement décorative, mais encore voudront-ils que la nature ambiante participe, pour ainsi dire, jusque dans ses moindres détails à la vie des bêtes. Et c'est pour cela que ces peintres si émus et si

consciencieux des êtres et des choses méritent une place spéciale dans ce chapitre du « paysage », dont ils furent, à des titres divers, et que nous examinerons dans le cours de cette rapide évocation, les représentants les plus significatifs.

Jan Steen lui-même, élève de Van Goyen, ne se révèle-t-il pas comme un maître paysagiste dans le Pigeonnier de la collection de Jonge, un petit chef-d'œuvre ? Tellement il est vrai que tous ces artistes, dont la classification prend parfois un caractère par trop arbitraire, pouvaient, presque à leur gré, exceller dans tous les genres, grâce à la perfection de leur technique et à leur amour de la vérité.

Tels portraits de Steen et de Brouwer, ces humoristes de génie, sont des merveilles de gravité physionomique et de pénétration morale; Albert Cuyp, le peintre attitré des ruminants, a laissé aussi d'excellentes images de ses contemporains, parfois d'une rare élégance aristocratique, et nous savons des paysages de dunes, sous des ciels bas et lourds, dus au pinceau d'Adrien van Ostade, ce peintre des joyeuses bambochades, d'une étonnante maîtrise d'exécution et d'une profonde mélancolie...

Chez Paul Potter, à vrai dire, un désaccord trop manifeste existe souvent entre la forte peinture des animaux, dans laquelle se concentrent très visiblement ses facultés d'observation et les plus précieuses qualités de son métier, et l'exécution des détails du décor. A part certaines toiles, comme la Vache qui se mire (musée de la Haye), le petit chef-d'œuvre de la collection d'Arenberg, à Bruxelles, et surtout les Chevaux à la porte d'une chaumière du musée du Louvre, d'une si opulente beauté de tons, d'un dessin si solide, d'une si riche harmonie d'exécution dans sa fine tonalité crépusculaire, l'œuvre de Potter, qui mourut d'ailleurs à peine âgé de vingt-neuf ans, à l'heure où l'ingénuité de son art sec et méticuleux, produit d'un labeur incessant, se transformait avec une ampleur si savante et si savoureuse, offre trop souvent le spectacle d'efforts pénibles, aboutissant à une sécheresse de facture d'un effet désagréable et presque irritant. On admire volontiers la vigueur anatomique de ses taureaux et de ses vaches, mais l'éclat et la dureté métallique de ses feuillages, d'une analyse enfantine, immobiles dans une lumière froide et figée, fatiguent à la longue et nuisent à l'intérêt du motif principal. On devine l'énorme effort de volonté de l'artiste; on s'y intéresse tout d'abord, mais l'œil se lasse vite de la monotonie méticuleuse et pointue du métier.

On ne peut, en présence d'oeuvres trop vantées, et qui tiennent aujour-

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MARINE ( Collection de M- Gordon Bennetf

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