‹ Grands & petits maîtres hollandaisChapitre 7 sur 47 · SCENES DE PATI · texte numérisé non relu

SCENES DE PATI

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d'hui une place démesurée dans certains grands musées, comme le fameux Taureau de La Haye et d'autres petites toiles des deux dernières années, où se révèlent avec tant de charme les tendances nouvelles du peintre, que déplorer sa fin prématurée, qui priva l'Ecole hollandaise d'un artiste dont la forte personnalité, enfin dégagée de liens trop étroits, allait, sans aucun doute, se manifester avec autant de puissance que d'éclat.

Tout autre est Albert Cuyp, dont l'exécution large et facile contraste si vivement avec le dur métier de Potter. Albert Cuyp eut pour maître son père, Jacob-Gerritz Cuyp, qui a laissé quelques tableaux appréciables, mais il dut bientôt renoncer à donner des leçons à son jeune élève, qui, comme le raconte naïvement Houbraken, « peignait plus proprement que son père ».

Albert Cuyp, dont l'art rayonne avec un si doux éclat à travers les siècles, sans avoir rien perdu de sa radieuse limpidité première, demeure comme un des plus grands peintres, non seulement de l'école des Pays- Bas, mais encore de toutes les écoles. Il ne fut pas seulement un animalier de génie: et s'il sut baigner de lumière d'or, dans le cadre de magnifiques paysages aux vastes perspectives aériennes, les formes droites ou allongées des belles vaches rousses, dont la race semble aujourd'hui perdue dans les Pays-Bas, il traita également, grâce à son universalité de compréhension, le portrait, la marine, la nature morte, avec une remarquable habileté. Sans doute, on est toujours tenté de le classer parmi les peintres animaliers, car il excelle sans conteste en ce genre et nul autre ne sut mieux que lui grouper en pleine lumière, en accusant d'un pinceau aussi large et aussi vivant que sûr, leurs formes et leurs attitudes familières, des chevaux de race ou des troupeaux de bœufs ou de vaches au repos ; mais qui pourrait cependant préférer l'exécution du cheval fringant à celle du cavalier de haute mine, fièrement campé dans son uniforme semi-oriental, ou bien encore celle des grandes vaches nonchalantes, des taureaux aux échines noueuses et aux mufles humides, à celle des bergers qui les gardent en devisant assis dans l'herbe ou debout sur une colline, dans le soleil, leur longue gaule à la main. Ici l'harmonie est complète dans l'invention comme dans le métier. L'homme fait, pour ainsi dire, corps avec la bête dans la majesté lumineuse du décor de nature qui leur convient; et le peintre de figure devient l'égal de l'animalier. Certains portraits de Cuyp, sans parler des vivantes images équestres de son ami Maurice de Nassau, qu'on rencontre dans plusieurs de ses Rende\-vous de chasse, sont de purs

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chefs-d'œuvre de couleur et de vie. Ses couchers de soleil, sans avoir l'ardeur méridionale de ceux de Claude Lorrain, en ont souvent l'enivrante poésie ; et nous connaissons de cet artiste, si complet, des marines aux eaux calmes, aux berges plates ornées de quelques arbres au feuillage léger, qui ont le charme fluide et reposant de celles de Van Goyen, avec plus de chaleur.

Parfois son preste et joyeux pinceau court, rapide, sur des toiles immenses. Alors, naissent spontanément, sous sa rapide caresse, des formes animales, des terrains aux larges plans, de savantes ébauches de végétations, des ciels profonds et légers, des horizons sans fin, dont les limites de la précision sont fixées par un sens décoratif d'une rare intelligence. Certaines toiles de cette catégorie pourraient servir de thèmes à d'admirables tapisseries, telle, par exemple, celle de la collection Kleinberger qui figure au n° 24 du catalogue, sous ce titre : Grand Paysage avec ferme et deux vaches, et qui obtint un succès si justifié à l'Exposition des salles du Jeu de Paume.

Mais, parfois aussi, et ce cas se produit souvent dans son œuvre considérable, il serre son métier avec une rare volonté d'analyse, et alors ce sont des petites toiles, des chefs-d'œuvre exquis, d'un fini précieux, où jamais, dans l'exécution appliquée du détail, ne transparaît la moindre fatigue, ni la moindre sécheresse comme dans beaucoup de peintures de Potter. Dans ses toiles les plus étendues, il cherche toujours à fixer de préférence l'attention sur la tournure générale des êtres et. malgré la vivante perfection de leur structure anatomique, on chercherait vainement, comme dit justement Thoré, à distinguer avec la loupe la plus phénoménale, le grain des naseaux, la ciselure imperceptible des cornes, et les mille accidents des pelages.

Albert Cuyp voulut aussi faire participer l'universalité de son art à la glorification historique de son pays, et il ne se borna pas seulement à peindre de jolies petites marines délicates, doucement éclairées par les derniers rayons du soleil et sur lesquelles glissent paresseusement quelques barques de pêcheurs. Il a laissé aussi quelques marines comme moratives d'événements publics, et entre autres (son chef-d'œuvre sans doute en ce genre), la Revue de la flotte hollandaise dans le canal de Dordrecht, par le prince d'Orange.

L'art de ce grand animalier ne fut pas circonscrit dans l'étude du cheval , de la vache et de l'homme. Cet amoureux observateur de la nature

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se plut encore à peindre, toujours dans la lumière de ce soleil radieux qui anime toute son œuvre, et dont son âme d'artiste est comme baignée, des poules, des coqs et divers autres volatiles, oiseaux des polders et des îles, avec un accent de vie et une perfection de détails qui étonnent et qu'on retrouve à peine chez Hondekoeter, mais sans le prestige incomparable de la couleur.

Parmi les peintres animaliers demeurés fidèles au sol et à la nature hollandaise, et dont l'ensemble constitue, il faut bien le dire, un groupe très restreint, il faut faire une place honorable à Adrien van de Velde (i 636- 1672), mort très jeune, comme Paul Potter. Élève de Wynants, il avait appris de son maître l'art de peindre et de composer. Une couleur vive, des expressions animées, des ciels vibrants de lumière, une touche franche et délicate, encore qu'il abuse parfois dans ses feuilles du métier sec et pointu de Potter, telles sont les qualités que l'on remarque dans les œuvres de cet excellent artiste. Avec une fraternelle générosité, il « étoffe » les paysages de Wynants, de Ruisdael et de Hobbema, de Van der Heyde, de Moucheron, tout en se réservant néanmoins assez de loisirs pour affirmer sa complète personnalité dans des œuvres d'où toute part de collaboration est absente et où son art, plus facile et plus gracieux que solide, apparaît surtout dans l'exécution d'animaux d'une anatomie moins forte que ceux de Potter et de Cuyp, mais d'une rare vérité de mouvements et d'attitudes. Le catalogue des œuvres personnelles d'Adrien van de Velde comprend environ quatre cents numéros. Les toiles de ce maître intéressant sont répandues dans les grands musées d'Europe, et, à lui seul, le Louvre en possède six, qui peuvent compter parmi les meilleurs : la Plage de Scheveningue, trois Paysages avec animaux, la Famille du pâtre, un Canal glacé. Il eut pour élèves Dirck van Bergen (1645- 1689) et Pieter van der Leuw (1704), qui cherchèrent à l'imiter, mais sans jamais pouvoir atteindre à la fine légèreté de son exécution primesautière. Parmi les animaliers proprement dits, il faut encore mentionner Albert Klomp (1640), dont l'œuvre, bien que trop souvent lourde et monotone, offre quelque analogie avec celle de Potter, et Abraham Hondius (i638-i6g5), qui peignit de préférence des combats entre animaux féroces et des scènes de chasse, d'une mise en scène trop théâtrale et d'un coloris artificiel.

Une place à part doit être faite, parmi les animaliers de l'Ecole hollandaise du xvne siècle, à Melchior Hondekoeter, né à Utrecht en i636, mort en 1695, qui, après avoir étudié à l'atelier de son oncle, le paysagiste J.-B. Weenix, s'appliqua, avec un réel succès, à peindre les oiseaux, de

préférence les oiseaux de basse-cour, dans des fonds de paysage souvent très réussis. Son adresse dans la reproduction des attitudes et des caractères est surprenante. Sa touche est souple et forte à la fois, son coloris vif, bien que parfois un peu dur. Il a beaucoup produit, et cependant chacune de ses œuvres témoigne d'un labeur très consciencieux. Le musée du Louvre garde de cet intéressant artiste une œuvre considérable : Coq et poules attaqués par des aigles, sujet d'un tragique réel qu'il affectionnait d'ailleurs et où se manifeste avec éclat tout le pittoresque inventif de son imagination.

Le musée d'Amsterdam possède de Melchior Hondekoeter huit toiles, entre autres la fameuse Plume flottante, toile prestigieuse, où, dans un paysage aquatique encadré de beaux arbres, il a groupé les oiseaux les plus brillants de la création, depuis le casoar à casque et la grue au diadème d'or, jusqu'au pélican au plumage de neige et au canard diamanté, dont la plume flotte légère sur l'eau agitée par ses courses en zigzags. Cette peinture est considérée comme un des chefs-d'œuvre de Hondekoeter, dont l'œuvre est aussi très richement représenté dans les musées d'Allemagne.

L'Ecole hollandaise put à juste titre revendiquer pour Melchior Hondekoeter une place d'honneur à côté des premiers peintres d'animaux vivants des autres écoles.

Contrairement à Adrien van Utrecht ( 1 5gg - i65 1 ) , à Jean Weenix, peintres attitrés du gibier mort, Melchior Hondekoeter chercha et réussit, d'ailleurs avec une rare virtuosité, à rendre les plus vivantes expressions des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de proie, ses modèles préférés. Aussi pensons-nous que son nom devait figurer à cette place plutôt que sur la liste des spécialistes de la nature morte.

Parfois, comme dans la toile du musée d'Amsterdam, qui représente, dans une claire lumière d'été, sur la terrasse d'un parc, un spirituel groupement de singes, d'aras et d'oiseaux des îles à l'éclatant plumage, il se révèle comme un peintre décoratif de premier ordre, à l'instar d'Alexandre Desportes, mais avec plus de fermeté et de fraîcheur dans la touche.

Les paysagistes dont nous avons jusqu'ici parlé, les Van Goyen, les Wynants, les Salomon Ruysdael, les Jacob Ruisdael, les Pieter Molyn, les Everdingen, les Van der Neer, les Hobbema, les Potter. les Cuyp, les Adrien van de Velde.... pour ne citer que les principaux, s'inspirèrent presque

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exclusivement de la nature hollandaise et, sauf Albert Everdingen qui, dans sa première jeunesse et avant de s'établir définitivement à Amsterdam, côtoya la Norvège et rapporta de son voyage de nombreux croquis d'où naquirent la plupart de ses tableaux de marines rocheuses, tous s'évertuèrent à « faire le portrait » de la terre maternelle. Aux uns, comme Van Goyen, Pieter Molyn, Aart van der Neer, les plaines humides et les ciels lumineux et profonds de la Hollande, proprement dite, de la Zélande et des bords du Zuiderzée ; à Wynants, à Hobbema, à Potter, les environs boisés et les plaines fleuries de Harlem; à Cuyp, les campagnes de Dordrecht ; à Philippe de Koninck, le vert panorama des plaines d'Amsterdam; à Jacob Ruisdael, les collines rocheuses, les cascades et les sites tourmentés du Vaalsberg... L'ensemble de l'œuvre de ces excellents peintres est comme un grand et fidèle miroir où se reflète, avec ses traits les plus caractéristiques, la physionomie générale de la nature hollandaise.

Mais il est un autre groupe très important de paysagistes et de marinistes où figurent des artistes d'une rare séduction et que nous ne pouvons tarder davantage à présenter au lecteur. Ce groupe, ou plutôt cette bande nomade, dépourvue de toute cohésion d'école, est composée de peintres à l'humeur vagabonde, d'individualités aventureuses, pour lesquels les frontières de la petite patrie sont trop étroites et qui, attirés par la splendeur artistique de l'Italie, par la magie de son ciel bleu, par les succès retentissants de Claude Lorrain et de Poussin, marchent vers le soleil, épris de beauté, de gloire et d'amour.

Ces jeunes et enthousiastes chevaliers de l'idéal s'appellent : Adrien Bloemaert, J.-B. Weenix, Jean Both, Poelenburg, Pieter van Laar, Lingelbach, Nicolas Berchem, Karel du Jardin, Bartholomeus Breenbergh, etc.

Adrien Bloemaert était fils et élève du peintre de figures Abraham Bloemaert, peintre maniéré et monotone, mais très fécond et dont les lourdes compositions religieuses ou mythologiques sont dispersées à travers les musées d'Europe. Adrien mourut jeune, tué en duel à Salzbourg, après un séjour de quelques années en Italie, où il exécuta quelques tableaux d'un charmant coloris d'où toute personnalité hollandaise est absente. Ses gravures sont aujourd'hui plus recherchées que ses peintures.

Adrien Bloemaert et ses amis, Jean-Baptiste Weenix et Jean Both, peuvent être considérés comme les premiers, par ordre chronologique, du groupe des italianisants.

J.-B. Weenix (1640- 17 19) fut en même temps un habile peintre d'histoire,

de paysages, de figures et de natures mortes. Comme bon nombre de peintres hollandais, nourris aux sources d'enseignements les plus sérieuses, il sut exceller dans des genres très différents. Etant données sa connaissance du dessin, sa science de luministe et la force savoureuse de sa touche, on peut affirmer que J.-B. Weenix fût devenu un des maîtres de l'école hollandaise, si, au lieu de céder aux suggestions chimériques d'Adrien Bloemaert, il se fût contenté de demeurer tout simplement chez lui, dans sa bonne ville d'Amsterdam, et, comme Ruisdael, Hobbema, Cuyp, d'utiliser ses merveilleuses qualités de peintre à reproduire les figures et les sites du pays natal. Mais l'Italie l'attirait avec une force irrésistible, et, pour y vivre plus librement, sous la haute protection du cardinal Pamphile, pour lequel il exécuta de nombreux tableaux, il abandonne même sa jeune femme éplorée, fille de Gillis de Hondekoeter, grand-père de Melchior. Il avait promis que son absence ne durerait que quatre mois. Il revint seulement au bout de cinq années, riche d'argent et d'honneurs, maître absolument de son métier et gardant toujours toutes les qualités des peintres de son pays, la richesse de la couleur la science du, clair-obscur, la force savoureuse de la touche.

Malheureusement, la bizarrerie de sa nature, que le voyage, les aventures, les plaisirs ne firent qu'exalter, se manifeste avec trop peu de discrétion dans certaines de ses toiles, d'où toute unité de composition est absente et dont l'invention touche même parfois à l'extravagance. Il n'est pas rare de découvrir dans un seul tableau de J.-B. Weenix, mêlés un peu au hasard, les éléments de plusieurs tableaux de genres très différents. Etrange talent, en vérité, mais néanmoins talent réel; car la beauté forte du métier, les qualités exceptionnellement brillantes du peintre équilibrent les folles combinaisons du rêveur. Aussi bien dans le portrait que dans le paysage, il a laissé d'indiscutables chefs-d'œuvre, parmi lesquels il faut citer le portrait d'homme, en rouge, du Rijks-Museum, œuvre superbe qui, par l'éclat du coloris, la liberté puissante de la touche, fait songer aux meilleures figures de Frans Hais.

Avant de rejoindre Adrien Bloemaert et J.-B. Weenix en Italie, Jean Both (i6io-i652) visita la France, accompagné de son frère André, animalier très distingué, qui fut, avec Poelenburg, un de ses plus précieux collaborateurs dans « l'étoffage » de ses paysages.

Jean Both peut être considéré comme un des plus puissants paysagistes de l'Ecole hollandaise, et, malgré le souvent injustifié discrédit qui s'attache à son titre d'italianisant, son œuvre, d'une rare majesté de tenue, impres-

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sionne et charme à la fois. Il apprit de son père, Thierry Both, peintre méticuleux et précis, l'art du dessin et d'Abraham Bloemaert, artiste d'un esprit à la fois imaginatif et pondéré, le goût des harmonieuses compositions. Sa touche est toujours spirituelle et son coloris clair et chaud. Comme chez J.-B. Weenix, les maîtresses qualités de la technique hollandaise ont presque toujours résisté aux influences étrangères et, même dans ses paysages italiens les plus synthétiques, les plus artificiellement composés, on retrouve de fraternelles analogies de métier avec ceux de Wynants et de J. Ruisdael.

Jean Both mourut encore jeune, en pleine force de talent et de production, brisé par la douleur que lui causa la fin tragique de son frère André, qui se noya à Venise. Le plus grand nombre de paysages de Jean Both, dont plusieurs atteignent de grandes dimensions, figurent dans les musées et dans les collections d'Angleterre. Le Louvre en possède deux, le musée d'Amsterdam sept. On en trouve aussi à Dresde, à Vienne, à Berlin, à Munich et à Florence. Jean Both laissa quelques élèves, entre autres Henri Verschuuring (1627-1690) et Willem de Heusch, dont l'art n'est que le très pâle reflet de celui de leur maître, bien que parfois ce dernier réussisse, par un assez rare prodige d'habileté, à pasticher Jean Both de manière à troubler les connaisseurs les plus clairvoyants.

Cornelis Poelenburg (1 586-1667), peintre spirituel et minutieux, coloriste délicat, inhabile dessinateur, s'essaye, comme J.-B. Weenix, dans tous les genres, avec une manifeste infériorité d'ailleurs. Il fut paysagiste dans la campagne florentine, portraitiste à Rome, dans le milieu cardinalesque, puis aussi mythologiste et peintre biblique un peu partout. Comme paysagiste, il mérite une petite place dans le groupe des italianisants. Souvent dans ses petits tableaux de nature, bien supérieurs aux grands, il arrive à réaliser de fines transparences de ciels et des fonds clairs et lumineux, sur lesquels se détachent de spirituels mouvements de personnages dont son agile pinceau peuple ses paysages et ceux de bon nombre de ses confrères.

Moins connu que Poelenburg, qui, de retour en Hollande, riche et comblé d'honneurs, fut nommé en 1649 doyen de la confrérie de Saint-Luc, à Utrecht, Pieter van Laar peignit surtout des chasses, des fossés et des bambochades, ce qui lui valut le surnom de Bamboche. Mais il est rare que les scènes si vivantes qu'il représente ne se déroulent pas dans la pleine lumière du soleil, sous un ciel clair; et le souci qu'il met, en véritable enfant

de Harlem, à exécuter d'un trait sûr, large et spirituel, et toujours avec une facilite extraordinaire, les moindres détails de son décor de nature, lui assigne une place dans le groupe spécial dont nous passons rapidement en revue les principaux représentants.

Allemand de naissance, Johannes Lingelbach (i 623-1687) vint fort jeune en Hollande et il séjourna une vingtaine d'années à Amsterdam, avant de se lancer aussi sur les grandes routes ensoleillées de l'Italie, en traversant la France où il passa deux années. Puis il se rendit à Rome et il y demeura de huit à dix ans. En quittant Rome il revint à travers l'Allemagne dans sa patrie. 11 y mourut en 1687. Dans son œuvre considérable et très variée, une place égale est faite au paysage et à la figure qu'il traduit avec autant d'habileté que d'esprit. Très peintre, il a laissé, lorsque le courage lui vint d'échapper à « la convention italienne » alors très à la mode , quelques rares paysages imprévus, d'un dessin sobre et solide, d'une touche puissante et hardie, paysages de dunes ou de campagnes boisées qui Tapparentent à Wynants.

Mais les sujets qu'il traitait de préférence, ou qui du moins figurent les plus nombreux dans son œuvre considérable, sont des ports de mer italiens, vus ou rêvés, encombrés de navires, animés par de nombreux personnages, s'agitant dans une lumière ambrée, plus empruntée aux toiles du Lorrain qu'à la nature. OEuvre gracieuse mais artificielle, et à travers la claire et vive agitation de laquelle on ne perçoit qu'un côté du talent véritable de Lingelbach, dont on ne peut que regretter la fugue italienne.

Nous n'en dirons pas autant de Nicolas Berchem (1620-1683), fils de Pierre-Claes Berchem, médiocre peintre de natures mortes. Il traversa rapidement, avec l'agilité de mouvement qui caractérise son art et toute sa vie, les ateliers de son père, de J. van Goyen, de N. Moeyaert, de P. -F. de Greber, de Jean Wils, son beau-père, de J.-B. Weenix, butinant chez chacun d'eux, avec un goût raffiné et un tact intelligent. Puis brusquement il ouvrit ses ailes (cette expression ne peut vraiment que convenir à cette nature volage) et partit pour l'Italie, d'où, comme presque tous ces brillants aventuriers du pinceau, il devait revenir, dans une crise de nostalgie suprême, s'éteindre riche, glorieux et fêté, au bord des mers grises et froides sous le grand ciel nuageux.

A cet artiste vif et primesautier, à cet habile technicien, pour lequel le métier de la peinture n'avait plus aucun secret, à ce visionnaire sensible et

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L' APPROCHE DE L'ORAGE ( Collection de M le D1 Melville Wassermannl

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