MARINE
I Collection de M Henry Fereire )
de la mer ou le cours limpide des eaux canalisées, éléments presque toujours associés au motif principal ; aussi, dans la plupart des peintures des Van Goyen, des Simon de Vlieger, des Ruisdael et d'Albert Cuyp lui-même, qui fut parfois un admirable peintre de marines fluides et dorées, les poétiques aspects du ciel, de la terre et de l'eau s'harmonisent dans un lumineux équilibre. Très souvent même la marine domine le paysage, comme dans les Côtes de la mer (musée de Dresde), certaines vues de la Meuse et la Rade, de Van Goyen; et Jacob Ruisdael se révèle lui aussi comme un puissant mariniste dans bon nombre de ses toiles, et, entre autres, dans la fameuse Tempête sur les digues, du musée du Louvre, où, de son génial pinceau, il a si tragiquement décrit la colère des flots sous la lourde menace du ciel.
Mais c'est dans le groupe mentionné plus haut et duquel aucun nom ne se détache d'ailleurs avec un éclat particulier, qu'il faut chercher les types traditionnels de marinistes hollandais. Ce groupe pourrait se subdiviser lui-même en deux catégories très caractéristiques : celle des peintres des mers tourmentées, dont Ludolf Bakhuysen fut le chef, et celle des mers calmes, qui eut à sa tête Willem van de Velde.
Bakhuysen (1631-1708) étudia dans les ateliers d'Albert van Everdingen et de H. Dubbels, qui, d'ailleurs, ne tarda pas, dans un mouvement de modestie assez rare, à prier son élève de lui donner à son tour des leçons. Son esprit, très vif et d'une grande originalité, s'intéressait surtout aux spectacles de la mer tourmentée, et son âme d'artiste était pleinement satisfaite lorsqu'il lui était permis d'assister à une tempête où tous les éléments faisaient rage et où, dans une barque ballottée par les flots, la fragilité de l'homme contrastait avec la colère de la mer et du ciel. Aussi, l'œuvre de Bakhuysen se compose-t-elle presque en entier de toiles orageuses et sombres, dont l'ensemble forme un curieux contraste avec la mélancolique ou radieuse sérénité de celui des peintures de Van Goyen et de Cuyp.
Ludolf Bakhuysen, « grand peintre, bon écrivain, excellent poète et homme aimable ». comme l'a généreusement qualifié un de ses contemporains, fit quelques rares incursions dans la peinture d'histoire et dans la peinture religieuse; mais, lors même qu'il nous représente le Retour de Guillaume III d'Angleterre à Maasluis, ou bien X Embarquement de J. de Witt, ou bien encore le Christ dans la barque, il demeure le peintre de marines par excellence, et le roi et même le Dieu n'apparaissent que comme des accessoires très secondaires à côté des navires, dont il possède
une connaissance profonde, des manœuvres des marins et de l'agitation
des vagues.
Bakhuysen a beaucoup produit, et Smith n'a pas catalogué moins de cent quatre-vin^t-quatre de ses œuvres. Il laissa quelques élèves, tous fidèles à sa manière agitée; citons Pieter Coopse, plus connu comme dessinateur que comme peintre, et auquel on accorde généralement la paternité du tableau de la Pinacothèque de Munich, attribué à Ludolf Bakhuysen et représentant un Grand Vaisseau entrant à pleines voiles dans le port d'Anvers; Jan Claesz Rietschooft (1652-17 19), qui imita son maître avec assez d'habileté; Abraham Stork (1 650-1708), dont les tableaux nombreux fourmillent de figures assez adroitement dessinées, mais dont la touche molle et lourde dans la peinture des flots et des nuages ne rappelle que trop vaguement le métier vif et sûr du maître.
Willem van de Velde (1633-1707), dont le seul nom évoque toute une suite de toiles claires et brillantes où, sous un ciel lumineux, sur une mer presque toujours calme et limpide, se déploient les voiles et claquent les drapeaux, est le plus justement célèbre de la dynastie des Van de Velde, malgré la grande réputation de son grand-père Isaac, de son père Guillaume, peintre médiocre, mais très habile dessinateur, et de son frère Adrien, paysagiste agréable et remarquable animalier. Willem van de Velde eut pour maîtres son père et S. de Vlieger. Il passa de longues années en Angleterre, avec le titre de peintre officiel de Charles II, puis de Jacques II, célébrant, sans aucun souci patriotique, les victoires des Anglais sur les Hollandais, après avoir d'ailleurs glorifié dans d'autres toiles, pendant son séjour en Hollande, les triomphes maritimes des flottes de Tromp et de Ruyter sur celles de la Grande-Bretagne. Mais il ne s'adonna qu'accidentellement à la culture des compositions historiques, et le meilleur de son art facile et léger réside dans ses toiles de modestes dimensions, où il nous fait assister à des départs ou à des retours de barques de pèche sur des mers lumineuses et sous des ciels ensoleillés. Comme Bakhuysen, dont le talent diffère autant du sien que la nuit du jour, il possède à un suprême degré la science du navire et il est surtout incomparable dans l'expression anatomique des vaisseaux de haut bord, dont il a, à maintes reprises, éternisé la solennelle et défunte architecture. Mais l'aspect général de ses toiles est trop souvent sec et dur. Son œuvre est considérable et Smith porte à trois cent vingt-neuf le chiffre des tableaux de cet artiste, considéré comme le premier peintre de marines de l'École hollandaise.