‹ Grands prosateurs du dix-septième siècle; avec notesChapitre 23 sur 122 · Les personnes faibles ne peuvent être sin- 95 cères · texte numérisé non relu

Les personnes faibles ne peuvent être sin- 95 cères

319. On ne saurait conserver longtemps les sentiments qu'on doit avoir pour ses amis et pour ses bienfaiteurs, si on se laisse la liberté de parler souvent de leurs défauts.

100 386. Il n'y a point de gens qui aient plus souvint tort que ceux qui ne peuvent souffrir d'en11 avoir.

391. La fortune ne paraît jamais si aveugle qu'à ceux à qui elle ne fait pas de bien.

424. Nous nous faisons honneur des défauts ,05 opposés à ceux que nous avons ; quand nous sommes faibles, nous nous vantons d'être opiniâtres.

488. Le calme ou l'agitation de notre humeur ne dépend pas tant de ce qui nous arrive de plus considérable dans la vie, que d'un arrangement commode 1 10 ou désagréable de petites choses qui arrivent tous les jours.

BOSSU ET

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVER- SELLE. TROISIÈME PARTIE: LES EM- PIRES. (1681.)

Les Egyptiens sont les premiers où1 l'on ait su les règles du gouvernement. Cette nation grave et sérieuse connut d'abord la vraie fin de la politique, qui est de rendre la vie commode et les peuples heureux. La température toujours uniforme du pays 5 y faisait les esprits solides et constants.2 Comme la vertu est le fondement de toute la société, ils l'ont soigneusement cultivée. Leur principale vertu a été la reconnaissance. La gloire qu'on leur a donnée d'être les plus reconnaissants de tous les hommes, 10 fait voir qu'ils étaient aussi les plus sociables. Les bienfaits sont le lien de la concorde publique et particulière. Qui reconnaît les grâces aime à en faire ; et en bannissant l'ingratitude, le plaisir de faire du bien demeure si pur, qu'il n'y a plus moyen de n'y 15 être pas sensible. Leurs lois étaient simples, pleines

D'après le tableau original de Rigaud (1659— 1743)

d'équité, et propres à unir entre eux les citoyens. Celui qui, pouvant sauver un homme attaqué, ne le faisait pas, était puni de mort aussi rigoureusement que l'assassin. Que si on ne pouvait secourir le 2° malheureux, il fallait du moins dénoncer l'auteur de la violence ; et il y avait des peines établies contre ceux qui manquaient à ce devoir. Ainsi les citoyens étaient à la garde les uns des autres, et tout le corps de 1 Etat était uni contre les méchants. Il n'était pas permis d'être inutile à l'État : la loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils.3 On ne pouvait ni en avoir deux, ni changer de pro- f fession ; mais aussi toutes | ■ les professions étaient ( j honorées. Il fallait qu'il ' y eût des emplois et des j

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blés, comme il faut qu y ait des yeux dans le prêtre égyptien

corps : leur éclat ne fait 40

pas mépriser les pieds ni les parties les plus basses. Ainsi, parmi les Egyptiens, les prêtres et les soldats avaient des marques d'honneur particulières ; mais tous les métiers, jusqu'aux moindres, étaient en estime, et on ne croyait pas pouvoir sans crime mépriser les 45 citoyens dont les travaux, quels qu'ils fussent, contribuaient au bien public. Par ce moyen, tous les arts venaient à leur perfection : l'honneur qui les nourrit s'y mêlait partout : on faisait mieux ce qu'on

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50 avait toujours vu faire, et à quoi on s'était uniquement exercé dès son enfance.

Mais il y avait une occupation qui devait être commune : c'était l'étude des lois et de la sagesse. L'ignorance de la religion et de la police4 du pays

55 n'était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton qui lui était assigné.6 Il n'en arrivait aucune incommodité dans un pays dont la largeur n'était pas grande ; et dans un si bel ordre les fainéants ne savaient où se cacher.

60 Parmi de si bonnes lois, ce qu'il y avait de meilleur, c'est que tout le monde était nourri dans l'esprit de les observer. Une coutume nouvelle était un prodige en Egypte : tout s'y faisait toujours de même, et l'exactitude qu'on y avait à garder les petites choses

65 maintenait les grandes. Aussi n'y eut-il jamais de peuple qui ait conservé plus longtemps ses usages et ses lois.6 L'ordre des jugements servait7 à entretenir cet esprit. Trente juges étaient tirés des principales villes pour composer la compagnie qui jugeait tout

70 le royaume. On était accoutumé à ne voir dans ces places que les plus honnêtes gens du pays et les plus graves. Le prince leur assignait certains revenus, afin qu'affranchis des embarras domestiques, ils pussent donner tout leur temps à faire observer les lois.

75 Ils ne tiraient8 rien des procès, et on ne s'était pas encore avisé de faire un métier de la justice.0 Pour éviter les surprises, les affaires étaient traitée.^ écrit dans cette assemblée. On y craignait la f;i éloquence, qui éblouit les esprits et émeut les passions.

80 La vérité ne pouvait être expliquée d'une manière trop sèche. Le président du sénat portait un collier d'or et de pierres précieuses, d'où pendait une figure

sans yeux qu'on appelait la Vérité. Quand il la prenait, c'était le signal pour commencer la séance. Il l'appliquait au parti10 qui devait gagner sa cause, et 85 c'était la forme11 de prononcer les sentences. Un des plus beaux artifices des Egyptiens pour conserver leurs anciennes maximes, était de les revêtir de certaines cérémonies qui les imprimaient dans les esprits. Ces cérémonies s'observaient avec réflexion ; et 90 l'humeur sérieuse des Egyptiens ne permettait pas qu'elles tournassent en simples formules. Ceux qui n'avaient point d'affaires et, dont la vie était innocente, pouvaient éviter l'examen de ce sévère tribunal.

Mais il y avait en Egypte une espèce de jugement tout à fait extraordinaire, dont12 personne n'échappait. C'est une consolation en mourant de laisser son nom en estime parmi

les hommes, et de tous les " »-*•*- 105

biens humains c'est le seul que la mort ne nous peut ravir.13 Mais il n'était pas permis en Egypte de louer indifféremment tous les morts : il fallait avoir cet honneur par un jugement public. Aussitôt qu'un homme était mort, on l'amenait en jugement. L'accusateur uo public était écouté. S'il prouvait que la conduite du mort eût été mauvaise, on en14 condamnait la mémoire, et il était privé de sépulture. Le peuple admirait le pouvoir des lois, qui s'étendait jusqu'après la mort; et chacun, touché de l'exemple, craignait 115

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