SYMBOLE DE JUSTICE ET DE LA VÉRITÉ
72 BOSSUBT
de déshonorer sa mémoire et sa famille. Ç)ue si le mort n'était convaincu d'aucune faute, on l'ensevelissait honorablement : on faisait son panérique, mais sans y rien mêler de sa naissance. lia Tonte l'Egypte était noble, et d'ailleurs on n'y goûtait de louanges que celles qu'on s'attirait par sonlmérite.
Chacun sait combien curieusement15 les Égyptiens conservaient les corps morts. Leurs momies se
125 voient encore. Ainsi leur reconnaissance envers leurs parents était immortelle : les enfants, en voyant les corps de leurs ancêtres, se souvenaient de leurs vertus que le public avait reconnues, et s'excitaient à aimer les lois qu'ils leur avaient laissées.16
»3o Pour empêcher les emprunts, d'où naissent la fainéantise, les fraudes et la chicane, l'ordonnance
du roi Asychis17 ne permettait d'emprunter qu'à condition d'engager le corps de son père à celui dont on empruntait. C'était une impiété et une infamie tout ensemble de ne pas retirer assez promptement un 135 gage si précieux; et celui qui mourait sans s'être acquitté de ce devoir était privé de la sépulture.
Le royaume était héréditaire ; mais les rois étaient obligés plus que tous les autres à vivre selon les lois. Ils en avaient de particulières qu'un roi avait digé- 140 rées,18 et qui faisaient une partie des livres sacrés. Ce n'est pas qu'on disputât rien aux rois, ou que personne eût droit de les contraindre ; au contraire, on les respectait comme des dieux : mais c'est qu'une coutume ancienne avait tout réglé, et qu'ils ne s'avisaient 145 pas de vivre autrement que leurs ancêtres. Ainsi ils souffraient sans peine non seulement que la qualité des viandes et la mesure du boire et du manger19 leur fût marquée20 (car c'était une chose ordinaire en Egypte, où tout le monde était sobre, et où l'air du pays 150 inspirait la frugalité), mais encore que toutes leurs heures fussent destinées.21 En s'éveillant au point du jour, lorsque l'esprit est le plus net et les pensées les plus pures, ils lisaient leurs lettres, pour prendre une idée plus droite et plus véritable des affaires qu'ils 155 avaient à décider. Sitôt qu'ils étaient habillés, ils allaient sacrifier au temple. Là, environnés de toute leur cour, et les victimes étant à l'autel, ils assistaient à une prière pleine d'instruction, où le pontife priait les dieux de donner au prince toutes les vertus royales, 160 en sorte qu'il fût religieux envers les dieux, doux envers les hommes, modéré, juste, magnanime, sincère et éloigné du mensonge, libéral, maître de luimême, punissant au-dessous du mérite, et récompen-
BOSSUBT
165 sant au-dessus. Le pontife parlait ensuite des faute 8 que les rois pouvaient commettre; mais il supposait toujours qu'ils n'y tombaient que par surprise ou par ignorance,11 chargeant d'imprécations les ministres qui leur donnaient de mauvais conseils, et leur
170 déguisaient la vérité : telle était la manière d'instruire les inis.23 On croyait que les reproches ne faisaient
KOI EGYPTIEN