‹ Grands prosateurs du dix-septième siècle; avec notesChapitre 26 sur 122 · PYRAMIDES · texte numérisé non relu

PYRAMIDES

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pas eu le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pas joui de leur sépulci <

Je De parlerais pas de ce beau palais qu'on appelait le Labyrinthe,48 si Hérodote, qui l'a vu, ne nous

365 assurait qu'il était plus surprenant que les pyramides. On l'avait bâti sur le bord du lac de Myris,31 et on lui avait donné une vue proportionnée à sa grandeur. Au reste, ce n'était pas tant un seul palais qu'un magnifique amas de douze palais disposés régulière-

37° ment, et qui communiquaient ensemble. Quinze cents chambres mêlées de terrasses s'arrangeaient autour de douze salles, et ne laissaient point de sortie à ceux qui s'engageaient à les visiter. Il y avait autant de bâtiments par-dessous terre. Ces bâti-

375 ments souterrains étaient destinés à la sépulture des rois, et encore (qui le pourrait dire sans honte et sans déplorer l'aveuglement de l'esprit humain ?) à nourrir les crocodiles sacrés, dont une nation d'ailleurs si sage faisait ses dieux.49

380 Vous vous étonnez de voir tant de magnificence dans les sépulcres de l'Egypte. C'est qu'outre qu'on les érigeait comme des monuments sacrés pour porter aux siècles futurs la mémoire des grands princes, on les regardait encore comme des demeures éternelles.

385 Les maisons étaient appelées des hôtelleries où l'on n'était qu'en passant, et pendant une vie trop courte pour terminer tous nos desseins : mais les maisons véritables étaient les tombeaux, que nous devions habiter durant des siècles infinis.

390 Au reste, ce n'était pas sur les choses inanimées que l'Egypte travaillait le plus. Ses plus nobles travaux et son plus bel art consistait20 à former les hommes. La Grèce en était si persuadée que ses

plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même et Solon,50 ces deux grands 395 législateurs, et les autres qu'il n'est pas besoin de nommer, allèrent apprendre la sagesse en Egypte. Dieu a voulu que Moïse même * fût instruit dans toute la sagesse des Egyptiens :' c'est par là qu'il a commencé ' à être puissant en paroles et en œuvres.' 4°o La vraie sagesse se sert de tout, et Dieu ne veut pas que ceux qu'il inspire négligent les moyens humains qui viennent

aussi de lui à leur jk. / \ / 4°5

manière.51

Ces sages d'Egypte avaient étudié le régime qui fait les esprits solides, les corps -^ — - 410 robustes, les femmes ^«ypfikns s'exerçant à la canne

fécondes et les enfants vigoureux. Par ce moyen, le peuple croissait en nombre et en forces. Le pays était sain naturellement, mais la philosophie leur avait appris que la nature veut être aidée. Il y a 415 un art de former les corps aussi bien que les esprits. Cet art, que notre nonchalance nous a fait perdre, était bien connu des anciens, et l'Egypte l'avait trouvé. Elle employait principalement à ce beau dessein la frugalité et les exercices. Dans un grand 420 champ de bataille qui a été vu par Hérodote,52 les crânes des Perses aisés à percer, et ceux des Egyptiens plus durs que les pierres auxquelles ils étaient mêlés, montraient la mollesse des uns et la robuste constitution qu'une nourriture frugale et de 425 vigoureux exercices donnaient aux autres. La course

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à pied, la course à cheval, la course dans les chariots se pratiquait20 on Egypte avec une adresse admirable ; et il n'y avait point dans tout l'univers de meilleurs 430 hommes de cheval que les Egyptiens. Quand Diodore nous dit qu'ils rejetaient la lutte comme un exercice qui donnait une force dangereuse et peu durable, il a dû l'entendre de la lutte outrée des athlètes, que la Grèce elle-même, qui la couronnait dans ses jeux, 435 avait blâmée comme peu convenable aux personnes

l'bres ; mais, avec une certaine modération, elle était digne des honnêtes53 gens, et Diodore'"4 luimême nous apprend que 1j Mercure25 des Egyptiens en avait inventé les règles au~si bien Il faut entendre de auteur touchant la

CUVRIOT DE GUKRRK ÉGYPTIEN

que l'art de former les corps, même ce que dit encore cet

450 musique. Celle qu'il fait mépriser aux55 Egyptiens, comme capable de ramollir56 les courages, était sans doute cette musique molle et efféminée qui ninspire que les plaisirs et une fausse tendresse ; car, pour cette musique généreuse dont les nobles

455 accords élèvent l'esprit et le cœur, les Egyptiens n'avaient garde de la mépriser, puisque, selon Diodore même, leur Mercure l'avait inventée, et avait EMISsi inventé le plus grave des instruments de musique.67 Dans la procession solennelle des

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460 Égyptiens, où l'on portait en cérémonie les livres de Trismégiste, on voit marcher à la tête le chantre tenant en main ' un symbole de la musique ' (je ne Bais pas ce que c'est),68 ' et le livre des hymnes sacrés.' Enfin l'Egypte n'oubliait rien pour polir l'esprit,

465 ennoblir le cœur et fortifier le corps. Quatre cent mille soldats qu'elle entretenait étaient ceux de ses citoyens qu'elle exerçait avec plus de soin. Les lois de la milice se conservaient aisément, et comme par elles-mêmes, parce que les pères les apprenaient à

470 leurs enfants : car la profession de la guerre passait de père en fils comme les autres ; et après les familles sacerdotales, celles qu'on estimait les plus illustres étaient, comme parmi nous, les familles destinées aux armes. Je ne veux pas dire pourtant que l'Egypte

475 ait été guerrière. On a beau avoir des troupes réglées et entretenues, on a beau les exercer à l'ombre59 dans les travaux militaires et parmi les images des combats, il n'y a jamais que la guerre et les combats effectifs qui fassent les hommes guerriers. L'Egypte

480 aimait la paix parce qu'elle aimait la justice, et n'avait des soldats que pour sa défense. Contente de son pays, où tout abondait, elle ne songeait point aux conquêtes. Elle s'étendait d'une autre sorte, en envoyant ses colonies1'" par toute la terre, et avec

485 elles la politesse et les lois.

Ceux qui ont bien connu l'humeur de l'Egypte, ont reconnu qu'elle n'était pas belliqueuse : vous en avez vu les raisons. Elle avait vécu en paix environ treize cents ans, quand elle produisit son premier 490 guerrier, qui fut Sésostris.01 Aussi, malgré sa milice si soigneusement entretenue, nous voyons sur la fin

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que les troupes étrangères font toute sa force, qui68 est un des plus grands défauts que puisse avoir un I t it. Mais les choses humaines ne sont point par-

495 faites, et il est malaisé d'avoir ensemble dans la perfection les arts de la paix avec les avantages de la guerre. C'est une assez belle durée d'avoir subsisté e siècles.63 Quelques Ethiopiens ont régné à Thèbes dans cet intervalle, entre autres Sabacon,

500 et, à ce qu'on croit, Tharaca.64 Mais l'Egypte tirait cette utilité de l'excellente constitution de son Etat, que les étrangers qui la conquéraient entraient dans ses mœurs plutôt que d'y introduire les leurs : ainsi changeant de maîtres, elle ne changeait pas de

505 gouvernement. Elle eut peine à souffrir les Perses, dont elle voulut souvent secouer le joug. Mais elle n'était pas assez belliqueuse pour se soutenir par sa propre force contre une si grande puissance ; et les Grecs qui la défendaient, occupés ailleurs, étaient

510 contraints de l'abandonner ; de sorte qu'elle retombait toujours sous ses premiers maîtres, mais toujours opiniâtrement65 attachée à ses anciennes coutumes, et incapable de démentir les maximes de ses premiers rois. Quoiqu'elle en retînt beaucoup de choses

515 sous les Ptolémées,06 le mélange des mœurs grecques et asiatiques y fut si £rand, qu'on n'y reconnut presque plus l'ancienne Egypte.

l BS il RSES, LES < I l ALEXANDRE

Cambyse,1 fils de Cyrus, fut celui qui corrompit les mœurs des Perses.2 Son père, si bien élevé parmi les soins de la guerre, n'en8 prit pas asse.: de donner au

LES PERSES

successeur d'un si grand empire une éducation semblable à la sienne ; et, par le sort ordinaire des choses 5 humaines, trop de grandeur nuisit à la vertu. Darius,4 fils d'Hystaspe, qui d'une vie privée fut élevé sur le tronc, apporta de meilleures dispositions à la souveraine puissance, et fit quelques efforts pour réparer les désordres. Mais la corruption était déjà trop i« universelle : l'abondance avait introduit trop de dérèglement dans les mœurs, et Darius n'avait pas luimême conservé assez de force pour être capable de

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